‹ Extrait du Projet de Paix PerpetuelleChapitre 2 sur 200 · SAVOIA · texte numérisé non relu

SAVOIA

L'empeneilr des tlomaôn», L'ëmperear de BNissie , * Le roi de France , Le roi d'Espagne, Le roi d'Angleterre,

. Les États-généraux ^ -

. I^e roi de Danemarck ,

LaSuéde,

La Pologne,

Le roi de Portugal ,

Le souvenu de Rome ,

Le roi de Prusse, * .

L'électeur «le Bavière et ses co-associés ,

L'électeur palaidn et ses co-associés , . Les Suisses et leurs co^associés ,

Les électeurs ecclésiastiques et Jeurs associés, . La république de Venise et ses çfo-associés^

LeroideNaples,

Le rdi de Sardaigfne,

Plusieurs souverains moins considérables , tels que la république de Gènes , les ducs de Modène et de Parme , et d autres , étant omis dans cette liste , seront joints aux moins puissants, par forme d'association , et auroiit avec eux un droit de suffrage , semblable au vqtum cwiatun^ des comtes de Femj^ire. Il'eçt iniitile de > rendre ici cette énumération plus précise, parceque, juâqua réexécution du projet, il peut survenir d'un moment à l'autre des*accidents sur lesquels il la laudroit réformer, mais qui ne chan^eroient rien a^i fond du système.

Il ne faut que jeter les yeux sur cette liste pour voir avec la dernière évidence quil n'est pas. possible ni qu'aucune des puissances qui la composent soit en état de résister à toutes les autres unies en corps, ni qu'il s'y forme aucune ligue partielle capable de ^ire tète à la grande confédération.

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Car oomment se feroit cette ligue? sèroit-ce entre les plus puissants? uous avons montré qu'elle ne saurait être durable ; et il esti>ieii aisé maintenant de voir encore qu'elle est incompatible avec le système particulier de chaque grande puissance , et avec lés intérêts inséparables de sa constitution. Seroit^ce entre un grand état et plusieurs petits? mais les autres grands états 9 unis à la Gon^éradon, auront bientôt écrasé la ligue : et l'on doit sentir que la graâde alliance étant toujouits unie et armée, il lui serslfecile, en vertu du quatrième article, de prévenir et d'étouffer d'abord toute alliance partielle et séditieuse qui tendroit à troubler la paix et l'ordre public. Qu'on voie ce qui se passe dans le corps germanique, malgré les abus de sa police et l'extrême inégalité de ses membres : y en a>^t"il un seul , même parmi les plus puissants , qui osât s'exposer au ban d& l'empire en blessant ouvertement sa constitution , à moins qu'il ne crût avoir de,bonne$ raisons de ne point craindre que l'empire voulût agir contre lui tout de bon ?

Ainsi je tiens pour démontré que la diète européenne une fois établie n'aura jamais de rébelKon à craindre, et que, bien qu'il s'y puisse* introduire que), ques flims , ils ne peuvent jamais aller jusqu'en éluder l'objet de l'institution. Reste à voir si c^t ^bjet sera bien rempli par l'institution même.

Pour cela, considérons les motifs qui mettent aux princes les armes à la main« Ces motifs sont, ou de iaire des conquêtes , ou de se' défendre d'un conquérant , ou d'afifoiblir un trop puissant voisin , ou de soutenir ses droits attaqués, ou de vider un différent

qu on n a {m termifi^r à Faimable , ou «ûfin de remplir les engagements é'mk traité; Il ny a ni cause ni pré^ texte de guerre qu oq ne puisse ranger sous quelqu'un de ces six chefs : or , il e&t évident qu aucun des six ne peu) exister daû^ ce nouvel état de choses, r Praanierement, U faut renoncer aux conquêtes , par lunposaibxlité d'en faire , attendu qu'on est sûr d'être arrêté dans^ son chemin par de plus grandes forces ] que celles qu'on peut avoir; de sorte qu'eto- risquant de tout perdre on; est dans l'impuissance de rien g»giater. Un prince ambitieux, qui veut s'agrandir en Europe, fait deux choses: il commence par seforti^ fi^r de bonnes alliances, puis il tâche de prendre sen ennemi au dépourvu. M»s les alliances particulières^ ne serviroient de rien contre une alliance plus forte , et toujours subsistante; et nul prince n ayant plue aucun prétexte d'armer, il ne sauroit le faire sans- être aperçu, prévenu, et puni , par la confédération: tou^jours armée/

La même raison qui ôte à chaque prince tout e»-. pour de conquêtes lui 6te en même temps toute crainte d'être attaqué; et, non seulemeiit ses états , garantis ^ par toute l'Europe, lui, sont aussi assurés qu'aux cttoyeiis leurs possessions dans un pays bien policé , mais plus, que s'il étoit leur unique et propre défen* seur, dans le même rappcHrt que l'Europe entière est plus ferte que lui seul .

On n'a j^us de psûscxi.de vouloir affbiblir un voisin \ doAton n'a plus rien à eraindre; et l'on n'en est pas mémci tenté, quand on ua nul espoir de réussir.

A l'égard du soutien de ses droits , il &ut d abcord

remi^qiiék* cp'uoe tnfitoité de chicanes et de prétention» obscures ^ embrOuiUées.seroiit tontes anéanties par le troisième aitk^le de la confédération , qni régie définitivement tous les droits, réciproques des souverains alliés sur leur actuelle possession : ainsi toutes les demandes et prétentions piossibles deviendront claires à lavenir, et seront jugées dàiïs la diète, à ihesure qu'elles pourront nalti'è. Ajoutez que si Lent attaque mes droits , je dois les soutenir par la mémie voie : or , on ne peut les attaquer pair les armes , sans t tacourir le ban de la diète; ce n est donc pas non plus par les armes que j 'ai besoin de les défendre. On doit dire la marne chose des injures, des torts , des répa- | rations, et de tous les différents imprévus qui peu^ v^dt s'éleyer^ntre deux souverains; et le même pou- YoirHiui doit défendre leurs dr^tis 4oit aussi rech*esser leurs griefe.

Quant au dernier article, la solution saute aux yeux. On voit d'abord que , n ayant plus d'agressear à craindre, on na plus besoin de traité défénsif, et que, / comme on n en saurait faire de plus solide et de plus / sûr que celui de la grande eonfédéfàtion, tout autre sercHt inutile , illégitime , et par conséquent nul.

Il n'est donc pas possible que la «Confédération, une fois établie, puisse laisser aucune semence de guerre entre les cùnfedér^ , et que Tobjet de là paix perpétuelle ne soît exactement rempli par Texécution du systètoe proposfé'.

U nous reste maintenant à examiner Vautre qiteslion , qni regarde lavantage des parties contractantes ; car on sent bien que vainement ferait^on parler Tinté-

rét public au préjudice de Imtéiiètrjparticulier: Prcmvei" que la paix est en général préCéraUe à la guerre , c^est ne rien dire à celui qui crâiliivoir des raisons de préférer la guerre à la paix ; et lui montrer les moyens d'établir une paix durable , ce n est que 1 exciter à s*y opposer. ' ^

En effet y dira-t-on, vous ôtez aux souverains le , droi( de se fisdre justice à eux-mêmes , c'est-à-dire le précieux droit d'être injustes quand il leur plaît; vous leur Ôte2 le pouvoir de s'agrandir aux dépens de leurs voisins; vous les feites renoncer à ces antiques prétentions qui tirent leur prix de leur obscurité , parcequ'on les étend avec sa fortune , à cet appareil de puissance et de terreur dont ils aiment à effrayer le monde , à cette gloire des conquêtes dont ils tirent leur hoimMar; et, pour tout dire enfin, vous les fbrcez d'être équitables et pacifiques. Quels seront les dédommagements de tant de cruelles privations?

Je ni^aimt>is répondre, avec l'abbé de Saint-Pierre, que Ja véritable gloire des princes consiste à procurer l'utilité publique et le bonheur de leurs sujets; que tous leurs intérêts sont subordonnés à leur réputation, et que la répuU|(|ioa qu'on aqqùîért auprès des. sages se mesure sur lé bien que l'on fait aux honunes; que l'enàt^rise d'une paix perpétuelle , étant la plus gratvlé qui ait jamais été faite, est la plus capable de- couvrir son auteur d'une gloire inunortelle; que Giif|l&même entreprise, étant aussi la plus utile aux peuples , est encore la plus honorable aux souverains , la seule surtout qui ne soit pas souillée de sang, de rapine^, de pleurs-, de malédictions; et qu'enfin le

plus iûr, moyen ide ee distinguer dans la foule dça rois est de.traTatller au bonheur piiblic. Laissons aux harangueurs ces .disccmrs qui, dans les cabinets des ministres y ont couvert de ridicule lauteur et ses projets, mais ne méprisons pas comme euxses raisons; et, <^oi qu'il en soit dés vertus des princes ^ parlons de leurs intérêts. .

Tqutes les puissances de l'Europe opt des droits ou des prétentions les unes contre les autres; ces droits ne sont pas de .nature à pouvoir jamais être parfaitement éclaircis , pàroequ 'il n y a point , pour en juger , deréj^e commune et constante, et qu ils sont souvent fondés sur d^es foits équivoques; ou incertains. Les- «différents quils causent ne- sauroient Ilon^pIus être jamms terminés sans relour , tant .faute d'arbitre compétent, que. parceque chaque prince revient dans l'occasion sans scrupule suivies cessions qui lui hnt été arrachées par force dans de^ traités par les plus puissants, ou après des^ guerres .malheureuses. C'est donc uàe erreur de ne songer qu'à se^ prétentions sur lesjautres , et d'oublier celles dés autres sur nous ; lorsqu'il n'y a d'aucun côté ni plus de justice ni plus d'avantage dans les moyens •de &ire valoir ces prétentions réciproque?. Sitôt que tout dépend de la fortune, la possession actuelle est d'-un prix que la sagesse ne permet pas de risquer contre^le profit à vei^ir , même à chance égale; et tout le monde ;bl|ime un homme à son aise qui , dans l'espoir de doubler- ^n bien, l'ose risquer ep un,fioup de dé. Mais nous* avons fait voir que, dans les projets d'agrandissement, chacun, même dans le système actuel , doit trouver uiïe résis-

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tance supérieure à sçu effort; d où il suit que les plus puîâS(»ot$ a'ayaat aucune raiaoa de jouer, ni les plus foibles aucun espoir de, profit , c'est un bien pour tous de renpncer à ce qu'ils désirent, pour s's^urer ce qu ils possèdent.

Clonsidénms la consoaamatiQn d'bommes , d'ar^nt, de forces.de toute espèce, Tépuisement où la plus heureuse guerre jette un état quelconque , et comparons ce préjudice au>c avantages quil en retire, nous trouverons qu'il perd, jbou vent quand il croit gagner , et que le vainqueur, toujours plus^foible qu'avant la guerre, n'a de consolation que de voir le vmnci;^ plus ailbibli que lui; encore cet av^tage e$t*il moins réel qu'apparent, parceque la supériorité qu'on peut. avoir acquise sur sçp. advefrsaire, on Ta perdue en même temps contre les puissances neutres, cpii*, sans changef d'état,, se fortifient , par rapport à nous , de toujt notçe aÇbiblissement.

Si tous les rois ne sont pas revenus encore de la £»- Ue d^s conquêtes, il semble au moins que ies plus sages QoaiçEiencent à entrevoir qu'elles coûtent quelqixefQis plus qu eUes ne valent. Sans entrer h cet égard ^dans mille distinctioaai qui nous mèneroient troqp loin , oct peut dire en général qu'un prince qui , pour reculer ses frontières , perd autantde ses anciens sujets qu'il enaciquiertde nouveaux ,.s'a£EoibUt en. s V gra^iidissaQt, parcequavec un plus grand espace à défeAdre il n'a pas plus de défenseurs. Or, ofi m» peut.ignoror que, par la manière doi|t la guerre se fisMit aujourd'hui 5 la n^kidre dépopulation qu'elle prodfiit est celle qui se &it dans les armées : c'est

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bien là la perte apparente et sensible ; mus il s'^n fait en méiAe^ampa dana t<^ùt Tétat ime plus grave et plus irrq)arable que celle des hommes cpii meurent , par ceux qui ne naissent.pas , par Taugmentadon des impôts , parFinterruption du commerce , par la désertion \ des campagnes, par Tabandon de Tagriculture : ce \ mal , qu on n aperçoit point d abord , ^ feit sentir cri^eUemçnt dans la . suite ; et c'est alors qu W est étonné d être si fbible , pour s être rendu si puissuit.

Ce qui rend encore les conquêtes moins intéresaaii^tes , c'est qu'on sait maintenant par quels moyens on peut doubler et tripler sa puissance , non seule-: meut sans étendre so& territoire , mais quelquefois en le resserrant, conun? fit très sagement r^npereur : Adrien *. Oa sait que ce sont les bomlmes seuls qui foat la force des rois ; ?t c'est une proposition qui découle de ce que je viens de diris » <^e de deux états qui noùrris^nt le. même oombre d^babitants, celui qui occupe une moindi^ étendue de terre est réellement le plus puissant. G -est donc par <k bonnes kis , par une sage police, par de grandes vues économiques , qu'un souverain judicieux est sûr d'augmenter ses forces sans rien dconer au hasard. Les véritables conquêtes qu'il fait sur ses voisins sont les établissements pltts utiles qu'il forme dai|s ses états; et tons fa|s sujets dé plus qui lui naissent sont autant d'ennemis qu'il tufit

U ne .fout peÂBt nrlobjecter ici que je prouve trop-, en œ que, si les. choses étoient comme je les repré-

* Adrien abandonna volontairement tous les pays qne 't'rajanj fpn pr^éces^eur, avoit c.oni{ihi8 Qt réunis à Fempire rofnàiii.

3j projet

sente , chacuîi ayant un véritable intérêt de ne pas entrer en guerre, et les intérêts particulier^ s'unis-* sant à l'intérêt commun pour maintenir la paix , cette paix devroit s établir d'elle-même et durer toujours sans aucune confédération. Ce seroit faire Un fort mauvais raisonnement dams la présente constitution; car, quoiqu'il fut beaucoup meilleur pour touâ d'être toujours en paix,, le défaut commun de sûreté à Cet égard fait que chacun, ne pouvant s'assurei^ d'éviter la guerre, tache au moins de la commencer à son avantage quand l'occasion le favorise, et de prévenir vm voisin qui ne manqueroit pas de le prévenir à son tour dans l'occasion contraire ; de sorte que beaucoup de guerres, même ofleiisives, sont d'injustes précautions pour mettre en sûreté son propre bien , plutôt que des moyens d'usurper, celui dés autres. Quelque salutaires que puissent être généralement les maxi^ mes du bien public, il est certain qu'à ne considérer que l'objet qu'on regarde en politique, et souvent même en morale , elles deviennent pernicieuses à «celui qui s'obstine à les pratiquer avec tout le monde quand personne ne les pratique avec lui. , '

Je n'ai rien à dire sur l'appareil des armes , parceque, destitué de foiidements solides, soit de crainte^ soit d'esrpérance , cet appareil est un jeu d'enfants , et que les rois ne doivent point avoir de poupées. Je ne dis rien non plus de la gloire des conquérants, parce* que , s'il y avoit quelques monstfes qui s'affligeassent uniquement pour n'avoir persoime à massacrer , il ne faudroit point leur parler raison, mais leur ôter les moyens d'exercer leur rage meurtrière. La garantie

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de Taiticle troisièixie ayant prévenu toutes solides raisons de guerrç , on nfe sauroit aviDir de motif de Tallumer contré autrui qui ne puisse en/fôùtnir autant à autrui contre nous^méioes ; et c'est gagnçr beaucoup que de s'affranchir d'un risque où chacun est seul contre tous. . , •

Quant à la dépendance où chacun sera du tribunal commun, il est tr^s chdr quelle ne diminuera rien des droits de la souveraineté;. mais les affermira, au . contraire , et les r^idra plus assurés par l'article troi- j 1 sièmè , en garantissait à chacun , non seulement ses états contre toute invasion étrangère, mais encore son autorité. contre toute rébellion de ses sujets. Ainsi le9 princes n'en seront pas moins absolus, et leur couronne en sera plus assurée; de sorte qu^en se soumettant au jugement de la diète dans leurs démélé$ degal à égal, et s'ôtant le dangereux pouvoir de ^'emparer du bien d'autrùi, ils ne font que s'assurer ^e leurs véritables droits, et renoncer à ceux qu'ils n'ont pas. D'ailleurs il y a bien< de la diiSéf ence entre dépendi^e d'autrùi ou ^eulement d'un cprps dont on est membre et dont chacun est chef à son tour ; cat* , en ce dernier cas, on ne fait qu'assurer, sa hberté par les garajtits qu'on. lui donne; elle s'aliéneroit dans les mains d'un mattre^ mais elle s'affermit dahs Celles des associjés.Ceçi se confirme par l'exemple du corps germanique ; car, bien que la souveraineté de ses mem-^ bres soit altérée àbien des égards par sa constitution, et qu'ils soient par conséquent dans un cas moins Êivorable que ne seroient ceux du corps européen, il

n'y en a pourtant pas un seul, quelque jalouxi qu'il V, 3

soit dé SOU autorité, qui voulût , quand il le' pourroit , s'assurer une indépendanee absolue en àe détachant de lempise.

Remarquez de plus qUe le corps germanique ayant un chef permanent, Fautorité de ce chef doit néces* sairemenMendre sans cesse à l'usurpation; ce qui ne peut arriver de même dans la diète européenne, où la présidence doit être alternative et sans égard à Imé* galité de puissance.

A toutes ces considérations il s'en joint une autre Inen plus importante encore pour des gens aussi avides d'argent que le sont toujours les princes ; c'est une grande facilité de plus d'en avoir beam^oup par tous les avantages qui résulteront pour leurs peuples et pour eux d'une paix continuelle , et par l'excessive dépense cpi'épargne là réforme de l'état militaire , de ces multitudes de^forteresses et de cette énonne quantité de troupes qui absorbe leurs revenus, et devient cfaa^ que joiu- plus à charge à leurs peuples et à eux-mêmesj Je sais qu'A Ué convient pas à tous les soiiversdns de supprimer tontes leurs troupes , et de n'avoir aucune force publique en main pbur étouffer une ^eute inopinéc) ou repousser une invasion subite K Je dais encore qu'il Y aura un contingent à fournir à la confédération, tant pour la garde des frontières de l'Europe que pour l'entretien dé l'armée confédérative destinée à soi^tenir au besoin les décrets de la diète. Mais toutes ces dépenses. feites , et l'extraordinaire des guerres à

' Il se préseate encore ici d'autres objections; mais, comme Fauteur du Projet ne se les est pas faites , je les ai rejetées dans r«xanien/

jamais supprimé y il resteroit encore plus de la moitié de la dépense ihilitaire' ordinaire à répartir entre le soulagement des sujets et les cofires du prince; de sorte que le peiiple paieroit beaucoup moins; que le prince 9 beaucoup plus riche, seroit eu état d-exdter le commerce , Fagrioulture ; les arts , de faire des étà- r blissements utiles qui augmenteroient encore la ri-/ chesse du peuple et là sienne ; et que Tétat seroit avec cela dans une sûreté beaucoup plus parfaire que celle qu'il peut tirer de ses armées et de tout cet appareil de guerre qui ne cesse de Fépuiser au sein de la paix.

On dira peut-être que leB payé frontières de FEuV rope seroient alors dans- une position plus désavanta* geuse, etpourroient avoir égialemént des guerres à soutenifjou avec le Turc, ou avec les corsaires â!Ar fiique , ou avec les Tartares.

Acelajeréponds, i<> que ces pays sont dans le même i cas aujourd'hui , et que p»* conséquent ce ne seroitf pas pour eux un désavantage positif à citer, mais seulement un avantage de moins et un inconvénient iné* vitable auquel leur situatioh les expose; %^ que , délivriés de toute inquiétude du cette de TEurope , ils se| roient beaucoup plus en état de résister au-dehors j 3^ (][ue la suppression de toutes les forteretoesde Fin*^ teneur de l'Europe et des frais nécessaires à leur en^ tretien mettroit la confédération en état d'en établir , un grand nombre sur les frontières sans être à charge aux confédérés ; 4® que ces forteresses , consU^uit^s , entretenues et gardées à frais commune /setoiènt autant de sûreté et de moyens d'épargne pour les puis*

sances feontièj*es dont elles garantiroiçnt les ét^ts ;

5° que les troupes de la confédération , distribuées «ur v, lès confins de l'Europe , seroient touJT>urs prêtes à repousser l'agresseur ; 6° qu'enfin un corps aussi redoutable que la république européenne ôteroit aux étrangers l'envie d'attaquer aucun de ses membres, comme le corps germanique , infiniment moins puissant, ne laisse pas de l'être assez pour se faire respecter de ses voisins et protéger utilement tous les princes qui le composent. . ,. ^

On pourra dire encore que les Européens n'ayaàt plus de guerres entre eux, l'art militaire tomberoitinsensiblement dans l'oubli ; que les troupes perdroient leur courages t leur discipline ; qu'il n'y aurbit plus ni généraux, ni soldats, et que l'Europe. resterpit à. la merci du premier venu. ' ^

Je réponds qu'il arrivera de deux choses l'une; ou les voisins de l'Europe l'attaqueront et lui feront la \ guerre , ou ils redoutieront la confédération et la lais- \ seront en paix.

Dans leprenûer cas, voilà les- occasions de cultiver le génie et lés talents militaires , d'aguerrir et former des troupes; les armées de la confédération seront. à tet égard l'école de l'Europe; on ira sur la frontière appr^idre la guerre ; dans le sein de l'Europe on jouira de la paix , et l'on réunira par ce moyen les avantag.e9 de l'une et de l'autre. Crdit-on qu'il doit toujours nécessaire de se battre chez soi pour devenir guerrier? et les Français sont-ils moins braves parceque les provinces dé Touraine et d'Anjou ne sont pas en guerre f une contre l'autre?

Dans le second cas, on ne pourra plus s'aguerrir, il

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est vrai; mais <m nen aura plas besoin; car à €fioi bon s'exercer à la guerre pcmr ne la £aire à personne? Lequel yaut mieux de cultiver un art funeste ou de le rendre inutile? S'il y avoit un secret pour jouir d'une santé inaltérable y y aurôit-il du bon sens à le rejeter ]30ur ne pas ôter aux médecins Toccasion d'acquérir de l'expérience? Il reste à voir dans ce parallèle lequel des deux arts est plus salutaire en soi, et mérite mieux d'être conservé*. , -

Qu'on ne lious menace pas d'une invasion subite; on sait bien que l'Europe n'en a point à craindre , et que ce premier venu ne viendra jamais. Ce. n'est plus le temps de ces irruptions de barbares -qui sembloient tonnés des nues. Depuis que nous parcourons d'un oeil curieux toute la surface de la terre , il ne peut plus rien venir jusqu'à nous qui ne soit prévu de très loin. II n'y a nulle puissance au monde qui soit maintenant en état de menacer TEurope entière; et si- jamais il en ,^ vient une , ou l'on aura lé temps, d^ se préparer, ou j l'on sera du moins plus en état dirlui résister, étant unis en un corps^, que quand il faudra terminer tout d'un coup de longs différents et se réunir à la hâte.

Nous venons de voir que tous les prétendus incon^ vénients de l'état de confédération bien pesés se réduisent à rien. Nous demandons maintenant si quelqu'un dans le mionde en oseroit dire autant de ceux qui résultent de la manière actilslle de vider les différents entre' prince et prince par le droit du plus fort, c'està-dire de l'état d'impolice et de guerre qu'engendre nécessairement Tindépendance absolue et mutuelle de tous les souverains dans la société imparfaite qui réguQ

38 !»ROJET

èn^eeùx dans TEurope* Pour qu'on soit mieuxen é|at de peser ces inconvéments^ j'en vais résumer en peu de mots le sommaire que je laiâse examiner au lecteur.

I . Nul droit assuré c(ue. celui du plus fort. 2. Chan* geinents continuels et inévitables de relations entre les peuples, qui empêchent aucun d'eux de pouvoir fixer en ses mains la force dont il jouit. 3. Point de sûreté parfaite, auési long-temps que les voisins ne sont pas. soumis ou anéantis. 4* IxQ^possibilité générale de les anéantir, attendu qu'en subjuguant les premiers on en trouve d'autres. 5. Précautions et frais immenses pour se tenir sur ses gardes. 6: Défaut de force et de défense dans les minorités et dans les révoltes ; car quand l'état se partage , qui peut soutenir up des partis contre l'aufre? 7. Défaut de sûreté dans les engage* ments mutuels. S. Jamais de justice à espérer d'autrui sans dçs frais et des pertes immenses , qui ne l'obtiennent pas toujours, et dont l'objet disputé ne dédommage qijie rarement. 9. Risque inévitable de ses étatis et quelquefois de sa vie dans la poursuite de ses droits. 10. Nécessité de prendre part malgré soi aux querelles de ses voisins, et d avoir la guerre quand on la voudroit le moinsi 1 1 . Interruption du commerce et des ressources publiques au moment qu'elles sont le plus nécessaires. la. Danger continuel de la partd'un voisin puissant si l'on est foit^le, et d'une ligue si l'on est fort. i3. -Enfin inutilité de la sagesse où préside la fortune; désolation continuelle des peuples; affoiblissement de l'état dans les succès et dans les revers;

impodsibilité itotale d etdbjir jaxoais.uo bon gouverner ment, de compter sur son propre bien, et de rendre heureux m soi ni. les autres.

J^écapitulons de mé«^e les ^v wtages de Tarbitrage européen pour les princes confédérés*

I , Sûreté entière^ que leurs différents présents et futurs seront toujours terminés saos aucune guerre; sûreté incon^araUement plus utile pour eux que ne seroit, pour les particuliers , celle de n avoir jamais de procès.

a.. Sujets de contestations ptés ou réduits è très peu de chose par ranéantisement.di^ toutes prétentions ; antérieures y. qui compensera les renonciations et af* ! fermira les possessions.

3. Sûreté entière et perpétuelle, et de la personne \ du prince, et de sa famille, et de ses états, et de Fqi^ ! dre de succession fixé par lieslpis de chaque pays, tant contre Tambitton des prétendants iisyustes et ambitieux , que contre les révoltes. des sujets rebelles^.

4* Sûreté parfaite de l'exécution de tous 4es enga- ; gements réciproques entre prince et .pripqe ,. par ,1a 1 l^arantie de la république européenne. .

5. Liberté et sûreté parfieûte et perpét^eUe iàjL'^S^rd du €(munerce,.tant detat à ét|it, qiie.de.cb^qtie étftjt dans les régions éloignées.

6 . Suppression totale et.perpétiielle de leur dépense * militaire e:^trao!rdin0ire par t^rre .et p^r mer f^u temps de guerre y et considémble, diminution deleur dépende iHxUnaire en temps de paix.

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