LIVRE IV, CHAPITRE IV
d'oeuvre de politique et d''hum9mté sans lequel le patriciat , si contraire à Tesprit de la république , n eût pu subsister. Rome seule a eu Thonneur de donner au mcMidece bel exemple» duquel il ne résulta jamais d'abus, et qui pourtant n^a jamais été suivi.
Cette même forme des curies ayamt subsisté sous les rois jusqu à Seryius , et le régne du dernier Tarquin n étant point compté pour légitime, cela fit distinguer gâiéralement les lois royales par le nont de leges curiatœ.
Sous la république, les curies, toujours bornées aux quatre tribus urbaines, et ne contenant plus que la populace de Rome, ne convoient convenir ni au sénat , qui étoit à la tète des patriciens , ni aux tribuns y qui, quoique plébéiens, étoient à la téte.des citoyen» aisés. Elles tmnbèrent donc dans le discrédit; et leur avilissement fut tel, que leurs trente licteurs assemblés faisoient ce que les comices par curies auroient dû faire.
La division par centuries étcnt si favorable à Taristocratie, qu'on ne voit pas d'abord comment le sénat ne Temportoit pas toujours dans les comices qui por» toient ce nom , et par lesquels étoient élus les consuls , les censeurs , et les autres magistrats curules. En eifet, des cent quatre-vingt-treize centuries qui formoient les six classes de tout le peuple romain , la première classe en comprenant quatre-vingt-dix-huit, et les voix ne se comptant que par centuries, cette seule première classe Femportoit en nombre de voix sur toutes les autres. Quand toutes tes centuries étoient d'accord , on ne continuoit pas mén^e à recueillir les
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siifFrages; ce qu'avoit décidé Je plus petit nombre passoit pour une décision de la. multitude; et Ton peut dire que, dans les comices par centuries , les affaires se régloient à la pluralité des écus bien plu.s qu'à celle des voix.
Mais cette extrême autorité se tempéroit par deux moyens : premièrement, les tribuns pour Fordinaire, et toujours un grand nombre de plébéiens , étant dans la classe des riches, balançoient le crédit des patriciens dans cette première dasse.
Le second moyen consistoit en ceci, qu'au lieu de faire d'abord voter les centuries selon leur ordre, ce qui auroit toujours fait commencer par la première, on en'tiroit une au sort, et celle*là ■ procédoit seule à l'élection; après quoi toutes les centuries, appelées un autre jour selon leur rang , répétoient la même élection , et la confirmoient ordinairement. On ôtoit ainsi l'autorité de l'exemple au rang pour la donner au sort, selo'n le principe de la démocratie.
Il résultoit de cet usage un autre avantage encore, c'est que les citoyens de la campagne avoient le temps , entre les deux élections , de s'informer du mérite du candidat provisionnellement nommé, afin de n£ donner leur voix qu'avec connoissance de cause. Mais , sous prétexte de célérité^ l'oli vint à bout d'abolir cet «sage , et les deux élections se firent le même jour.
Les comices par tribus étoient proprement le con-
' Cette centurie, ainsi tirée au sort, s^appeloitpro^rojfafiva, à cause qu'elle étoit la première à qui Ton demandoit son suffrag^e ; et c'est de là qu est venu le mot de prérogative»