‹ Extrait du Projet de Paix PerpetuelleChapitre 116 sur 200 · LIVRE IV, CHAPITBE VK · texte numérisé non relu

LIVRE IV, CHAPITBE VK

Mais il n y a que les plus grands dangers qui puissent balancer celui d altérer Tordre public, et Ion ne doit jamais arrêter le pouvoir sacré des lois que quand il s'agit du salut de la patrie.. Dans ces cas rares et manifestes , on pourvoit à la sûreté publique par un acte particulier qui en remet la charge au plus digne. Cette commission peut se donner de deux manières, selon Tespéce du danger.

Si , pour y remédier , il suffit d augmenter l'activité du gouvernement, on le concentre dans un ou deux de ses membres : ainsi ce n'est pas l'autorité des lois qu'on altère, mais seulement la forme de leur administration. Que si le péril est tel que l'appareil des lois soit un obstacle à s'en garantir, alors on nomme un chef suprême , qui fasse taire toutes les lois et suspende un moment l'autorité souveraine. En pareil cas la volonté générale n'est pas douteuse , et il est évident que la première intention du peuple est que l'état ne périsse pas. De cette manière la suspension de l'autorité législative ne l'abolit point : le magistrat qui la fait taire ne peut la faire parler ; il la domine sanspouvoir la représenter. Il peut tout &ire , excepté des lois.

Le premier moyen s'employoit par le sénat romain quand il chargeoit les- consuls par une formule consacrée de pourvoir au sqjut de la république. Le second avoit lieu quand un des deux consuls nommoit un dictateur * ; usage dont Albe avoit donné l'exemple à Rome.

^ Cette DomiDattonr se faisoit de huit et en secret , comme si Ton SToit en honte de mettre nn homme au-dçssas des lois.

Paas les commencements de la république, on eut très couvent recours à la dictature, parceque letat n s^voit pas encore une assiette assez fixe pour pouvoir sesoiitenir p^r la seule force de sa constitution.

Les mœurs rendant alors superflues bien des pré* cautiona qui eussent été nécessaires dans un autre temps , on ne craignoit ni qu'un dictateur abusât de son autorité, ni qu'il tentât de la garder au-delà du terme. Usembloit, au contraire, qu un si grand pouvoir fût à charge à celui qui en étoit revêtu , tjant il se hâtoit de s'en défaire, comme si c'eût été un poste trqp pénible et trop périlleux de tenir la placé des lois:

Au3si 4i'est:ce pas le danger de Fabus , mais celui de l'avilissement qui me fait blâmer l'usage indiscret de cette suprême magistrature dans leè premiers temps ; car tandis qu'on la prodiguoit à des élections , à des dédicaces, à des choses de pure formalité, il étoit à craindre qu'elle ne devînt moins redoutable au besoin , et qu'on ne s'accoutumât à regarder comme un vain titre celui qu'on n'employoit qu'à de vaines

cérémonies.

* Vers la fin de la république , les Romains , devenus plus circonspects , ménagèrent, la dictature avec aussi peu de raison qu'ils l'avoient prodiguée autrefois. Il étoit aisé de voir que leur crainte étoit mal fondée; que la foiblesse de la capitale faisoit alors sa sûr^ contre les magistrats qu'elle Avoit dans son sein ; qu'un dictateur pouvoit, en certain cas, défendre la liberté publique sans jamais y pouvoir attenter ; et que les fers de Rome ne seroient point forgés dans Rome même, mais dans ses armées. Le peu de résistance

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