‹ Extrait du Projet de Paix PerpetuelleChapitre 12 sur 200 · CHAPITRE ÏX · texte numérisé non relu

CHAPITRE ÏX

Ct la plus utile.

Considérons maintétiant la droite fin du gouvernement et les obstacles qui Ten éloignent. Cette fin est sans contrait le plus grand intérêt de Tétatet du roi; ces obstacles sont, outre le défaut de lumières , Fintérét particulier des administrateurs; d^où il suit que, plus ces intérêts particuliers trouvent de gêne et d'opposition , moins ils ^lancent l'intérêt public ; 4if^ sorte que s'ils pouvoient se heurter et sedétruire mutueliement, quelque vifs qu'on les supposât, ils deviei^ droient nuls dans la délibération, et l'intérêt public serait seul écouté. Quel moyen plus sûr peutr^li^ dbnc aVbir d'anéantir tous ces intérêts particuliers que de les opposer .entre eux par la multiplication des^^pinants? Ce qui fait les intérêts particuliers, c'est qu'ils ne s'accordent point; car s'ils s'accordoient, ce ne seroit plus un intérêt parliculier , mais commun. Or , en détruisant tous ces intérêts l'un par l'autre , reste l'intérêt public, qui doit gagner dans la délibéraltei tout ce que perdent les intérêts particuliers, v

Quand un visir opine sans tétnoins devant son aiaftre, qu'est-ce qui gêne alors son isfCérêt personWl? A-t-il besoin de beaucoup d'ëi^rèsse pour en imposa à

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un homme atissi borné que doivent 1 être ordinairement les rois , circonscrits par tout ce qui les environne dans un si petit cercle de lumières? Sur des exposés falsifiés, sur des prétextes spécieux, sur des raisonnements sophistiques , qui Tempéche de déterminer le prince , avec ces grands mots di honneur de la couronne et de bien de F état ^ aux entreprises les plus funestes , quand elles lui sont personnellement avantageuses? Certes , c^est grand hasard si deux intérêts particuliers aussi actifs que celui du visir ef celui du prince laissent quelque influence à Tintérét public dans les délibérations du cabinet.

Je sais bien que les conseillers de Fétat seront des hommes comme les visirs; je ne doute pas qu'ils n'aient souvent, ainsi qu'eux, des intérêts particuUers opposés à ceux de la nation, et qu'ils ne préférassent volontiers les premiers aux autres en opinant. Mais, llans une assemblée dont tous les membres sont clairvoyants et n'ont pas les mêmes intérêts, chacun entreprendroit vainement d'amener les autres à ce qui lui convient exclusivement : sans persuader personne , il ne feroit que se rendre suspect de corruption et d'infidélité. Il aura beau vouloir manquer à son devoir , il n'osera le tenter , ou le tentera vainement au miUeu de tant d'observateurs. Il fera donc de nécessité vertu , en sacrifiait publiquement son intérêt particulier au bien de la patrie ; et , soit réalité , soit hypocrisie , l'effet sera le même en cette occasion pour le bien de la société. C'est qu'alors un intérêt particulier trèâ fort, qui est celui de sa réputation , concourt avec l'intérêt public. Au lieu qu'un visir qui .sait , à la faveur des ténèbres

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du cabinet, dérober à tous les yeux le secret de Tétat , se flatte toujours qu'on né pourra 'distinguer ce qu il fait en appçirence pour l'intérêt public , de ce qu'il fait réellement pour le sien ; et comme , après tout , ce visir ne dépend que de son maître , qu'il trompe aisément , il s'embarrasse fort peu des murmures de tout le reste.

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