LIVRE IV, CHAPITRE \IU. âSg
apposés de B^yle et de Warburton , dont l'un prétei|d que nulle religions iMiMitile au corps politique , et dont Vautre soutient, au contraire, que le cluîstianisme en est le plus ferme appui. On prouveroit au prepiiisr que jamais état ne fut fondé que la religion ne lui. seryU de bfisi^ ; et au secopd , que la loi chrétienne est au fqnd plus nuisible qu utile à la forte constitution del et^t. Pour acfae^r de m» f^ire entendre , il ne faut que donner un pçu plus de précision aux idçes trop vagues de religion relatives à mon sujet.
La religion , considérée par rapport à la^ociété , qui est ou générale ou particulière, peut aussi se diviser en deu^ espèces; savoir, la religion de Tbomme, et celle du citoyen, La première , sans teipples , sans autels, aans rites , l>omée au culte purement intérieur du Dieu suprême et aux devoirs éteri^els de la morale , e$t la pure ef simple religion de FÉvangile , le vrai théisme , et ce qu on peut appeler le 4roit divin i^atu- , rel, L'çmtre , inscrite dws un seul p^y s , lui donne se^ dieu^, ses patrons propres et tutélaires. Elle a ^es dogmes, ses rites , son culte extérieur prescrit par des lois : hors la seule nation qui la suit, tout est pour elle infidèle, étranger, barbare; elle n étend les devoirs et les droits de Thomme qi;' aussi loin que ses autels. «Telles furent toutes les religions deg premiers peuples , auxquelles on peut donner le nom de droit divin civil pu positif.
Il y ^ une troisième sorte de feligion plus bizarre, qui, donnant aux hommes deux législations, deux chefs , deux patries , les soumet à des devoirs contradictoires , et les empêche de pouvoir être à-Ia^fois dé-
26o DU CONTRAT SOCIAL.
vots et citoyens. Telle est la religion des Lamas , telle est celle des Japonois , tel est le christianisme romain. On peut appeler celui-ci la religion du prêtre. Il en résulte une sorte de droit mixte et insociable qui n a point de nom.
A considérer politiquement ces trois sortes de reli* gions, elles ont toutes leurs défauts. La troisième est si évidemment mauvaise, que c'est perdre le temps de s'amuser à le démontrer. Tout ce qui rompt Funité sociale ne vaiit rien ; toutes les institutions qui mettent riiomme en contradiction avec lui-même ne valent rien.
La seconde est bonne en ce qu'elle réunit le culte divin et Famour de6 lois , et que , fedsant de la patrie Tobjet de Tadoration des citoyens , elle leur apprend que servir Fétat, c'est en servir le dieu tutélaire. C'est une espèce de théocratie, dans laquelle on ne doit point avoir d'autre pontife que le prince , ni d'autres «prêtres que les magistrats. -iUprs mourir pour son pays , c'est aller au martyre ; violer les lois , c'est être impie; et soumettre un coupable à l'exécration publique, c'est le dévouer au courroux des dieux : Sacer esto.
Mais elle est mauvaise en ce qu'étant fondée sur l'erreur et sur l^mensonge , elle trompe les hommes, * les rend crédules , superstitieux, et noie le vi'ai culte de la divinité dans un vain cérémonial. Elle est mauvàise encore quand , devenant exclusive et tyrannique , elle rend un peuple sanguinaire et intolérant; en sorte qu'il ne respire que meurtre et massacre , et croit faire une action sainte en tuant quiconque n'admet pas ses