‹ Extrait du Projet de Paix PerpetuelleChapitre 122 sur 200 · LIVRE IV, CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

LIVRE IV, CHAPITRE VIII

tout a changé de £Eice, les humbles chrétiens ont changé de langage, et bientôt oû a vu ce prétendu royaume de l'autre monde devenir, sous un chef visible, le plus violent despotisme dans celui-ci.

Cependant, comme il y a toujours eu un prince et des lois civiles , il a résulté de cette double puissance un perpétuel conflit de juridiction qui a rendu toute bonne politie impossible dans les états chrétiens; et Fon'^n a jamais pu venir à bout de. savoir auquel du maître ou du prêtre on étoit obligé d obéir.

Plusieurs peuples cependant, même dans l'Europe ou à son voisinage , ontvoulu conserver ou rétablir Fancien système , mais sans succès ; Fesprit du christianisme a tout gagné. Le culte sacré est toujours resté ou redevenu indépendant du souverain, et sans liaison nécessaire avec le corps de Fétat. Mahomet eut des vues très saines , il lia bien son système poUtique ; et , tant que la forme de son gouvernement subsista sous les califes ses successeurs , ce gouvernement fut exactement tm , et bon en cela. Mais les Arabes, devenus florissants, lettrés , polis , mous et lâches, furent subjugués par des barbares : alors la division entre les deux puissances recommença. Quoiqu'elle soit moins apparente chez les mahométans que chez les chrétiens, elle y est pourtant, surtout dans la secte d'Ali; et il y a des états, tels que la Perse, où elle ne cesse de se faire sentir.

Parmi. nous, les rois d'Angleterre se sont étabUs chefs de l'Église ; autant en ont fait les czars : mais , par ce titre , ils s'en sont moins rendus les maîtres que les ministres ; ils ont moins acquis le droit de la chan-

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ger que le pouvoir de la maintenir : ils n y sont pas législateurs, ils ny sont que*princes. Partout où le ; clergé fait un corps ' , il est jpaaitre et législatew dans sa partie. Il y a donc deux puissances , Aeuxx, \ souverains , ei^ Angleterre et en Russie , tout comme ailleurs.

De tous les auteurs chrétiens , le philosophe Hohhes est le seul qui ait bien vu le npial et le remède , qui ait osé proposier 4e réiinir les deux têtes de Vaigle , et 4e tout ramener à lunité politique , sans laquelle jsimais état ni gouvernement ne ser^ bien constitué. Mais il a dû voir que Tesprit doiqiQateur du christianisme éteit inçon^ps^tible avec son système, et que Fintérét du prêtre seroit toujours plus fort que ceh:|i dp Tetat Ce n e&|t p^s taiit ce qu'il y a 4'horrible et de faux ds^s s^ politique, que ce qu'il y a4e ju^te et de Vfaii qui T^ rendue qdieuse^.

Je proi^ qu en développant sous ce poiut 4e vu? Içst fait^ historiques , on réfuteroit susémeut Içs sentimenta

' n faut bieo remarquer qqe ce ne sont pas tant des assemblées formelles, comme celles de France, qui lient le clergé en un corps, que la communion des églises. La commaiiio|i et Texeommuiiican tiop sçint le pacte social du clergé, pacte iiveo lequel il 9^ra fpu-t jours le maître des peuples çt Hfis rois. Tous les prêtres qui c(»nm^niquent ensemble sont citoyens, fassent*ila des deux boi^ts di| monde. Cette invention est un chef-d'œuvre en politique. H n*y avoit rien* de semblable parmi les prêtres païens : aussi n'onl-ila jamais fait un corps de clergé.

' Voyez, entre (nôtres, dans une lettre de Grotius à soii frère , du II avril i643, ce que ce savant homme approuve et ce qu'il blâme dans le livre de Cive. Il est vrai que, porté à Tindulgence, il paroit pardonner à Fauteur le bien en laveur du ma] : mais tout le mggadç n'^st p^s si clémept,

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