‹ Extrait du Projet de Paix PerpetuelleChapitre 134 sur 200 · CHAPITRE ïîï. Î · texte numérisé non relu

CHAPITRE ïîï. Î

Vous ne sauriez empêcher qu^ils ne vous engloutissent; faites au moins qu'ils ne puissent vous digérer. De quelque façon qu'on s'y prenne , avant qu'on ait donné à la Pologne tout ce qui lui manque pour être en état de résister à ses ennemis, elle en Sera cent fois accablée. I^a vertu de ses citoyens, leur zélé patriotique, la forme particulière que des institutions nationales peuvent donner à leurs âmes , voilà le seul rempart toujours prêt à la défendre , et qu'aucune armée ne sauroit forcer. Si vous faites en sorte qu'un Polonoi$ ne puisse jamais devenir un Russe, je Vous réponds que la Russie ne subjuguera pas la Pologhe.

Ce sont les institutions nationales qui forment le génie, le caractère, les goûts et les mœurs d'un peuple, qui le font être lui et non pas un autre, qui lui inspirent cet ardent amour de la patrie Ëondésûr des habitudes impossibles à déraciner, qui le fontmd'ui^ir d'ennui chez les autres peuples au 9ein des délices dont il est privé dans son pays. Souvenez-vous de ce Spartiate gorgé des voluptés de la cour du^grand roi , à. qui l'on reprochoit de regretter la sauce noire. Ah ! dit-il au satrape en soupirant, je connois tés plaisirs, mais tu ne connois pas les nôtres.

Il n'y a plus aujourd'hui de François , d'Allemands , d'Espagnols, d'Ali^ois même , qupi qu'on en dise; il n'y a que des Européens: Tous ont les mêmes goûts, les mêmes passions, les mêmes mœurs, parceqn'aucûn n'a reçu de'forme nationale par une institution particulière. Tous , dans les n^êmec cîrconstâAces , feront les mêmes choses ;<rtous se diront désintérestés et seront fripons; tous parleront du J[>ien public et ne

penseront qu'à eux-mêmes ; tpus yanteront la médiocrité et voudront être des Crésus; ils n ont d'ambition que pour le luxe ; ils n'ont de passion que celle de For : sûrs d avoir avec lui tout ce qui les tente, tous se vendront au premier qui voudra les payer. Que leur importe à quel maître ils obéissent, de quel état ils suivent Iqb lois? pourvu qu'ils trouvent de largent à voler et des femmeS' à corrompre, ils sont partout dans leur pays. '

Donnez une autre pente aux passions des Polonois , vous donnerez à leurs âmes une physiononye nationale qui les distinguera des autres peuples r. qui les empêchera de se fondre , de se plaire , de s'allier avec eux; tme vigueur qui remplacera Le jeu abusif des vains préceptes , qui leur fera faire par goût et par passion ce qu'on ne &it jamais aâsez bien quand on ne le fait que par devoir ou par intérêt. C'est sur ces ames-là qu'unelégislation bien appropriée aura prifie. Ils obéirpnt aux lois et ne les éluderont pas, parcequ'elles leur conviendront et qu'elles auront l'assentiment interne de leur volonté. Aimant la patrie, ils la serviront par zélé et de tout leur cœur. Avec ce seul • sentiment , la législation , fÛt-elle mauvaise , feroit de bons citoyens; et il n'y a jamais que les bons citoyens qui fassent la force et la prospérité de l'état.

J'expliquerai ci-après le régime d'administration qui, sans presque toucher au fond de vos lois, me parolt propre à porter le patriotisme* et les vertus qui en sont inséparables au plus haut degré d'intensité qu'ils puissent avoir. Mais spit que vous adoptiez, ou non ce régime , ^mmencez toujours par donner aux

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