‹ Extrait du Projet de Paix PerpetuelleChapitre 14 sur 200 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

Conclusion.

Quoique les avantages de la pdysynodie ne soient pa$ sans inconvénients, et que les inconvénients des autres formes d'administration ne soient pas sans avantages , du moins apparents , quiconque fera sans partialité le parallèle des uns et des autres trouvera que la polysynodie n'a point d'inconjrénîents essentiels qu'un bon gouvernement ne puisse aisément supporter; au lieu que tous ceux du Visirat et du demi-visi^at attaquent les fondements mêmes de Ja constitution ; qu'une administration non interrompue peut se perfectionner sans cesse , progrès impossibles dans les intervalles et révolutions du visirat; que4â marche égale et unie d'une polysynodie, comparée avec quelques moments brillants du visirat , est un sophisme grossier qui n'en sauroit imposer au vrai politique , parceque ce sont deux choses fort dif* férentes que l'administration rare et passagère d'uM boii visir, et la formfe générale du visirat, où l'on a toujours de$ siècles de désordre sur quelques années de bonne condnke; qiie la diligence et le secret, les seuls vrais avantages du visirat, beaucoup plus* nécessaires dans les ^mauvais gouvernements que dans les bons , s<»nt de foibles supplémeitts au bon ordre , à la justice, et à la prévoyance, qui préviennent leè maux au lieu de les réparer;, qu'on, peut encore se

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procurer ces suppléni^nts au besoin dans la polysynodie par des commissions extraordinaires, sans que le visirat ait jamais pareille, ressource pour les avantages dont il est privé; que"même l'exemple de T^cien sénat de Rome, et de celui de Venise prouve que des commissions ne sont pas toujours nécessaires dans un conseil pour expédier les plus importantes affaires promptement et secrètement; que le visirat et le demi-visirat avilissant, corrompant, dégradant les ordres inférieurs , exigeroient pourtant des hommes parfaits dans ce premier rang; qu'on ny peut guère monter ou s'y maintenir qu'à force de crimes , ni s'y bien comporter qu'à force de vertus; qu'ainsi toujours en obstacle à lui-même, le gouvernement engendre continuellement les vices qui le dépravent , et, consumant l'état pour se renforcer, périt enfin comme un édifice qu'on voudroit élever sans cesse avec des matériaux tirés de ses fondements.. C'est ici la considération la plus importante, aux yeux de l'homme d'état, et celle à laquelle je vais m'arréter. La meiUeure forme de gouvernement, ou du moins la plus durable, est celle qui fait les hommes tels qu'elle a besoin qu'ils soient. Laissons les lecteurs réfléchir sur cet axiome , ils en feront aisément l'agplication.

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SUR

LA POLYSYNODIE.

De tous les ouvrages de Fabbé de Saint^Pierre, le discours sur la polysynodie est, à mon avis, le plus approfondi, le mieux raisonné, celui où Ton trouve le moins de répétitions , et même le mieux écrit ; éloge dont Iç sage auteur se seroit fort peu soucié, mais qui n est pas indifférent aux lecteurs superficiels. Aussi cet écrit n'étoit-il qu'une ébauche qu'il prétendoit n'avoir pas eu le temps- d'abréger, mais qu'en effet il n'avoit pas eu le temps de gâter pour vouloir tout dire; et Dieu garde un lecteur impatient des abrégés de sa façon !

Il a sa même éviter dans ce discours le reproche si commode aux ignorants qui ne savent mesurer le possible que sur l'existant, ou aux méchants qui ne trouvent bon que ce qui sert à leur méchanceté , lorsqu'on montre aux uns et aux autres que ce qui est pourroitétre mieux. Il a, dis-je, évité cette grande prise que la sottise routinée a presque toujours sur les nouvelles vues de la raison, avec ces mots tranchants de projets en Pair et de rêveries ; car, -quand il écrivoit en faveur de le poly synocjie , il la trouvoit établie dans son pays. Toujours paisible et sensé , il se plaisoità montrer à ses compatriotes les avantages

JUGEMENT SUR LA POLYSYNODIE, 8l

ilu gouvernement auquel ils étoient soumis; il en fàir «oit une comparaison raisonnable et discrète avec ce? lui dont ils venoient d'éprpuver la rigueur. Il louoit le système du prince régnant , il en déduisoit les avan-? tages; il montroit ceux qu'on y pouvoit ajouter; et lès additions même qu il demandoit consistoient moins , selon lui,' dans des changements ^ faire, que dans 1 art de perfectionner ce qui étoit fait. Une paj^tié de ses îmes lui ét(»ent venues sous le règne de Louis XIV; mais il avoit eu la sagesse de les taire jusqu'à ce que Tintérét de Tétat , celui du gouvernement et le sien , lui permissent de les publier.

Il faut convenir cependant que, sous un même nom, il y avoit une extrême différence entre la polysynodie qui existoit et celle que proposoit labbé de Saint-Pierre; et, pour peu qu'on y réfléchisse^ on trouvera que l'administration qu'il citpit en exen;iple lui servoit bien plus de prétexte que de modèle pour celle qu'il avoit imaginée. Il toumoit même avec assez d'adresse en objections contre son propre sys-* tème les défauts à relever dans celui du régent, et, sous le nom de réponses à ses objections, il montroit sans danger et ces défauts et leurs remèdes. Il n'est pas impossible que le régent, quoique souvent loué dans cet écrit par des tours qui ne manquent pas d'à-: dresse, ait pénétré la finesse de cette critique, et qu'il ait abandonné l'abbé de fiaint-Pierre par pique autant que par foiblesse, plus offensé peut-être des défauts qu'on trouvoit dans son ouvrage, que flatté 4as avantages qu'on y faisoit remarquer. Peut-^tPQ Aussi li^i sut-il mauvais gré d'i^fqir, ^n quelque n)a«

JiièFe, dévoilé ses vues secrètes ^«iL'moiiirBnt que «mi étabUssemeutn-étok lieu moins ipie ce qu'il devait être pour-devenir «vftntugeux à letat^ et prendre une «s^ette fixe et durable. En eSfet, on "voit clairement que c'étoii la formel polysynodie établie sous la ré- .l^enGe que rabbé<de Saint-'IHerre aocusoit de pouvxiir trop aisément dégénérer en demi^visirat , et même en vi&irat;d'ét£e susceptible^ aussi bien que Tun .et lan* tre , de corruptioii dans ses membres , «t de concert ^ntre eupc oont]!e rintérét ^jmblic ; de ;n avoir jamais d autre ^sûreté :pQur sa durée que la volonté du monarque régnant; enfin dea'^^tre^prQpreque pour les ^inees lab^rieux^ .et d être, par conséquent, plus ..souvqiit contraire que iavoi^hle au bon ordre et A i expédition des «fibires. C et^ît Tespoir de i^médier ^à ces divers ipoenv^nients qui Tengageoità proposer ^ne autre poly synpdie e^iti^reœient di0erente de oeUe ^li'ilieignoitdefQewoukâr (|ue.peâcfi9Cfeionner«

U ne £aiM: dope pa^^c^ la^eonfcurmité des nomsiisMee .c^i;i£(^n|lF^.8W proj^ avjec^ette ridicule polysynodie dont il^v^>^||Qit autoriser la^kiwief mats quVm appeloitdosrlprs par idarisîon les soixante et dix ministi^s , àt^qm Gat réfoipmée ^u «bout de quelques mois sans avoir lien JÊaàl «qà'>ac^ever de tout imiter: car la majçlère Aq91 ^eeU^ admims^ai^n avoit été établie &it ass^ voirquon^ie s'étoitpas beaucoup soudé quelle allât mi^ux , ^et qu W avoit bien plus songé à rendre le parimnei^ axiéprisable au peuple qu'à donner réel- J«Wflieiit a ses mem^ves lautorité qp on feignoit de ieurroonfier *. C'éloît un piège aux pouvoirs intenné-

^ Marmdntel , dam le cbap-. 3 4* son tMivirage svr la Bé^^ntc Au

suit LA POLY«r»ODIÉ. «88

dUhres semblable à celui que leur avoit déjàtii^du Henri IV à rassemblée de Rouen, piège dans lequel la vanité les fera toujours donner ^ et ^i les ^hu^ miliera toujours ** L'ordre politique dt Tordre eitil omîy dans les monarchies, des prinéipes si différents 'et des règles si contraires, qu*il est presque impossible d allier les deux administrations^, et qu'en géné^ rai les membres des tribunaux sont peu propres pour •les conseils; soit que l'habitude dés formantes nuise à l'expédition des afibires qui n^ei^ veulent point , soit :qu'il y ait une incompatibilité naturelle entre ce qu^on appelle ^maxime d'état et la j ustioe et les lois.

Au reste , laissant les faits à part , je croirois , quafot à moi , que le prince et le philosophe pouvoient avoir fous deux raison sans s'accorder dans leur système; car autre chose est Tadministration passagère et sousven| orageuse d'une régence, ^et autre chose une ^me de gouvernement durable et constante qui tloit faire partie de la constitution de l'état. C'est ici., -ce me seusble, qu'on retrouve k défaut otdiuaire à

duc (f Orléans , fait coDnoître la con^osîtîon des conseils dont il s'agit, et l'intérêt qui 6t établir cette forme d'administration, intérêt qui n*étoit rien moins que celui de Fétat. Ce qu'en dit ici Roosseoni €St parfaitement confirmé par le récit de rhistorten>.

* Voyez les Mémoires de SuUy, livre Tiii, année iSgS» — Il n étoit pas dans le caractère d*Henri IV de tendre un piège à ses sujets, en cette occasion comme en tonte autre. Sully prouve très bien que le consentement donné par le roi à rétablissement dti Conseil de raison proposé par les notables et tiré dé leur col|M f^ur radministration d'une partie des Iftads j^lUblios^ iftdit<iiD9 suite nécessaire de la parole qu'il avoit donnée de se ^conformiev aux résolutions de cette assemblée, et qn'il ne pouvoit en agir aii^ trement dans la position délicate où il èû tronvoit.

Tabbé de Saint-Pierre , qui est de n appliquer jamàk «assez bien ses vues aux hommes, aux temps, aux circonstances, et d'offrir toujours, comme des facilités pour Texécution d'un projet, des avantages qui lui servent souvent d obstacles. Dans le plan dont il s'agit, il vouloit 4Uodifier un gouvernement que sa iongue durée a rendu déclinant, par des moyens «tout-à-fait étrangers à sa constiiulion présente : il i^oulok lui fendre cette vigueur universelle qui met «pour fiinsi dire toute la personne en action. G'étoit comme, s il eût dit à un vieillard décrépit et goutteux : Marchez, travaillez , servez-vous de vos bras et de vos jambes ; car lexereice est bon à la santé.

En effet, ce n'est xien moins qu'une révolution dont il est question dans lapelysynodie^ «t il ne faut pas croire, parcequ'on voit actuellement ^s conseils dans les cours des pjfiuces, et que ce sont des conseils ^'on propose, qu'il y ait peu de différence «d'un sys- .tème à l'autre. La diiSérence est telle, qu'il faudroit «commencer par détrmre lout«oe qui existe pour donner au gouvernement la forme imaginée par l'abbé de Saint-Pierre; et nul n'ignore combien est dangereux dans un grand état le monxent d'anarchie et de «rise qui précède nécessairement un établissement nouveau. La seule introduction du scrutin devoit faire un renversement épouvantable, et donner plutôt jan.mouvement<;onvul&if et continuel à chaque partie •qu'une nouvelle vigueur au corps. Qu'on juge du dan- |[er d'émouvoir une fois les masses énormes qui composent la monarchie françoîse. Qui pourra retenir l'ébranlement donné, ou prévoir tous les elîcts qu'il peut produire? Quand tous les avantages du nouveau

SUR LA FOLYSTNODIE. ' 85

plan, seroient incontestables, quel homme de 8én«^ oseroit entreprendre d abolir les vieilles coutumes, de changer les vieilles maximes, et de donner une autre forme à Tétat que celle o& La successivement amené une durée de treize cents ans? Que le gouVer^ nement actuel soit encore celui d'autrefois, ou que, durant tant de siècles , îl ait changé de nature insensiblement , il est également imprudent d^ toucher. St c'est le même, il faut le respecter; s'il a dégénéré , c'est par Is^- force du temps et des choses , >et la sagesse humaine n y peut rien. H ne suffit pas dé considérer les moyens qu'on v«ut employer, si: l'on ne regarde encore les hommes dont on se veut servir. Or , quand toute une nation ne sait plus s'o<:cuper que de niaiseries, quelle attention peut-elle donner aux grandes choses? et dans un pays oit la musique est devenue une affaire ^'état, que seront les affiaires d'état sinon des chansons? Quand' on voit tout Paris en fermentation pour une place de baladin ou de bel esprit, elles affeires- de l'académie ou de l'opéra faire oublier l'intérêt du prince et là gloire de la nation , que doit-on espérer des af&ires publiques rapprochées d'un tel peuple et transportées de la cour à la ville? Quelle confiance peut-on avoir au scrutin des conseils, quand on voit celui d'une académie au pouvoir des femmes? seront-elles moins çmpressées à placer des ministres que des savants? ou se connoltrônt-elles mieux en politique qu^en élo^ence? Il est bien à craindre que de tels établissements, dans unpayaoii les mœurs sont en dérision , ne se fissent pas tranquillement , ne se maintinssent guère sans troubles , et ne donnassent pas les meilleurs sujets.

66 monuntuT

DaiUauvs^} Mis^fitiU*er daas. ooUe viaiUe qfiAstipii de la vénsdUé de^ <^surges , qu'on ne peut agiter que ck^z à»$ gens mieu^ pourvu» d argeat que de Baérite^ imagiae-tron quelque moyen praticable d aboUr ea Fraam cette véaalité? ou peaseroiton qu'eUe pût 8ubei#te]^ daud une parde^ du gouvernemeot , et le scrutiadausTauiUre; Fuae dans les. tribunaux, Fautre da|i& les. conseils ; et que l^s seules places qui restent à la &vetir serei^it abandonnées aux élections? Il faudvoit avoir des vues bien» courtes et bien faus^s poisr vouloir allier dss oboses si disseaiblables , et foader ua même- système sw de% principe» si ^iSH^ reatft* Mais laissons ces appUcatioasii et considérons lacbia^seea elle-même.

Quelles sont les circonstances dans, lesquelles Vitte^ monarchie héréditmre peut sans révolutions- être teai^ féréef^wé^ formes qui la rapprockent ^ larislo^ cralia? Les <2oi^ intermédiaûres entre le prince et; le peu{;^e pAiiv^tr-ils, doLvent-^ils avoir une juridiction indépendante Tua de rantre? ou^ s'il)s sont précsairw et dépendants du prinpe, peuvent4U jamais entreit conime parties intégrantes dims la constitution de 1 état 9 et u^éme a^oir une influence réelie daa» les af]Ë3Ûires? Questions préliiai|iaireâx|ailfalloit discuter i €$ quiae. sdo^blent pas.&ciles à résoudre : car s'il e^t ^ai qi|e la p^ite naturelle est toujoair& verS: la.oor-^ i*^ptioa et par conséquent vecs le despotisme'^ il: est difi^cil^ de- voir par qîielte^ i^essG^^ceç de pobtiqae le )>ri|)ce, même quand il le votidroii^ pourroit donaei* àcette. pqnte im» diroicmon coiitraifte» qui ne pût é^re d|;iaBgéô par s0^ sac6esi6jseu9S' ni. pai; leur^ oânistre^ L'abbé de Saint«*Pierre ne i^ét^ndllit po^^i à la Vérité $

SUR Lil. KQLTSTirODIE. 87

que sa' noitweUe&àniiû état rien à VatatontA royale ; car il donne aux copçeils ladélibésatioa des matières-, et laisse au roi seul la* décision, r ces différents conseils , dit-il^ s«BS empécber le roi de £aiire tout ce qu'il vou" drar^ le préseimeront sow^ent da Toulotr des chose» nuisibles à: sa: gloire et à son boabeur, ils- porC^Pdsi devant lui le flambeau de la yérî^ pour lui' montrer le KieiHeur chemin et le garantir des pièges . Mais cet homme éclairé powrat«^il set payer lui-même de si mauvaises raison»? espéroit-il que les yeux des rois pussentvoir les objets^à tnmrs les lunettes^dês sages? Me sentoi^il pi» qu'il fhlloit nécessairement que la délibération* dess èonmls devînt bientôt' un vain formulaise, ou que Fautorisé royale^ en* fiic altérée? et n!avouiMtnl pas lui^mâme que c etoit inti^uire un gouvernement mixte , où la terme républicaine' s'al» lioit à la monarchique? En effet , des eerps nombreux y dent le choix ne dépendrait pas ents^iement* du pinnce , et qui n auroient par eux-mêmes aueun pou- VCHT y deviendfioicDt bientèt un fardeaU' inutile à Fétat ; sans^mieux finrealler les affaires> ilsne fereieat^qtt'en recardoT Uexpédition par dé^loagiiea fiEMtmalités-y et, pour me servir dé ses:pmpres termes-^ ne seroient que des ccmseils de parade;. Les fa^vorifr-dii priDoe, qui ie sont rarementdu. public, et qui , pav Gonséquent ^«u*roient peu daufluenoe dans des conseils formés au scrutin, décideraient seuls touteS' les affBÔres; le* prince nassisteroit jamais aux conseils sans avoir déjà pris son; parti sur tout €e -qu^on y devrait a^er ^ ou men smtireit jamais sans consulter de nonveai** dans son cabinet avec ses favoris sur les>résdluti(»S'

quon y ourdit prises; enfin ^ il fkùdroit néi^essaifë^ ment que les conseils devinssent méprisables, ridicules , et tout-à-fait inutiles , ou que les rois perdissent de leut pouvoir: alternative à laquelle ceux-ei ne s'ex^ poserdnt certainement pas,- quand même il en devroit résulter le plus grand bien de letat et le leur.-

Voilà f ce me semblé , à peu près les cotés par lesquels Fabbé dé Saint-Pirre eût dû considérer le fond de son système pour en bien établir les principes^ înaisril s'amuse, au lieu de celà^ à résoudre cinquante mauvaises objections qui ne valoient pas la peine d être examinées, ou j qui pis est, à faire lui*méme de mau« Vaises réponses quand les bonnes se présentent naturellement, comme s'il cherchoit à prendre plutôt le tour d'esprit de ses opposants pour les ramener à là raison^ que le langs^e de la raison pour convaincrcf lés sages;

. Par exemple, après s'être objecte que dans la pcfly^ synodie chacun des conseillers a son plan général , que cette diversité produit nécessairement dès décisions icpxi se contredisent, et des embarras dans le mouvez ment total ; il réjpond à cela qu'il ne peut y avoir d autre plan général que de chercher à perfectionner les régie tnents qui roulent siir toutes lés parties du gouverne^ inent. Le nieilleur plan général n'est-ce pas , dit-il ^ celui qui va le plus droit au plus grand bien de l'état d€ms chaque affaire particulière? D'où il tire cette conclusion très fausse que les divers plans généraux , ni par conséquent les règlements et les affaires qui s'y rapportent; ne peuvent jamais se croiser ou se nuire Inutuellementi

SÛR LA tdlYSYi^ODlî:. 8^

' Ëinr èfl^it, k plùé grand bien de Tétât n'est pad toujours une Clhose si claire, ni qui dépend autant qu'on le croiroit dû plus grand bien de chaque pafrtie ; conime si les itiémes affaires ife pouvoietit pàâ alrôir entré elles iine infinité d olrdjreâ divers et de liaisons plus ou moins fortes qui forment autant de différences dans' les plcms généraux^ Ces plans bien digérée sont totijoufs doubles , et renferment dans un système cîomparé la forme actuelle de Tétat et sa forme perfeetiomiée^ seflon le» vues de Fauteur* Or cette perfection dans un tout aussi composé que le corps politique ne dépend pas seulement de celle de chaque partie^ comtne pour or^ donner un palais il ne suffit pas d'en bien disposer chaque pièce, mais il faut de plus considérer les rsqp-ports du tout ^ les liaisons les plus convenables ^ Tordre le plus commode , la plus fecile communication ,* le plus parfait ensemble, et la symétrie la plus régulière^ Ces objets généraux sont si importants , que l'hdûle archi» tecte sacrifie au mieux du tout mille avantages paltitculiers qu'il auroit pu conserver dans une ordonnimce tnoins parfaite et moins simple< De même , le politique ne regarde en particulier ni les finances ^ ni la guerre ^ ni le commerce ( mais il rapporte toutes ces parties à iin objet commun ; et des proportions qui leur conviennent le mieux résultent les plans généraux dont les ditnensions peuvent varier de mille manières, selon les idées et les vues de ceux qui les ont formés; soit en cherchant la plus grande perfection du tout, soit en cherchant la plus facile exécution ^ saiis qu il soit aisé quelquefois de démêler celui de ces plans qui mérite la préférence» Or c'est de ces plans qu on peut dire que, si chaque conseil et chaque conseiller a le si#i;i ,

il n'y anm que CMiCradiGtioiis dams les i^Eaii'edeinpi^eio barra» dans, le mouvemeoit commun ; mais le plan g^ néffaly au lieu d'être eelui d'un hoame ou d'u& autre, ne doit être et n est en efiBalf daÎM la palysynodie que Cffliû dugonveraement ; et o'est à ce ^csmd modèle que se rapportent nécesssûrement les délibérations ccmumunes de- chaque conseil , et le travail particulier d» chaque membre, H estcectain même qu on pareil plao se méditent se conserve mieux- dans*, le dépôt d'un eon*seii' que dans Ja tète d'unminisire etmêmedJun prince; car chaque visir a son plan qui n'est jamais^odLui de son devancier^ et'duicpie demi^-vinraussirlesienquin'est ni celui de. son devancier ni celui de. son cfdlégne: aussi voit^on générafement les républiques changer tBoinsj de systèmes que les monardiies;. D'oà* je con-^ chas avec l'abbé de Sainte-Pierre , mai» par d'autres raisons^ que lapolysynodieest plus faivorablerque 1» visiifit et le demi^visicat à Uunîté dtt pianrgénéi^.

 l'égard de ht forme particulière àg sa:poly9ynodîe> etdasdétails^danslesquris it entre pour laidétermioer, tout cela est très bien vu et fort bon séparément pour prévenir les inconvénientsauxquets diaque chose dc»t remédier: mais, quandonenviendroct'àl'exBcntio&,. je ne'sais s'il régneroitasse» d'harmonie dmis le touti ensemble; car il parolt que l'établissement .des^ grades s'accorde mal avec celui^le ki^eirculation , et le scrotân. plumai encore avec l'un et l'autre. D'ailleors, siFéta^ blissement est dangereuxÀiaire , il est à craindre que;, mémeaprès l'étaMissement^fait ^cesdifférentsnessorta ne-eausent^milleendiarrasiet mille dérangements daBS« le» jeu delu nsaehine^ qfpaad il-s'agivaxle la foîne maorchar.

SUR LA rOLTSYJSaODIE. 91

La drculatiom de la présidence enpailicalier seroit . un excellent moyen pour exnpéckerla palysynodie do dégénérer bientôt en^visirat , si cette ^circulation pou<» voiit durer, et qu'elle ne fût pas arrêtée par la volonté du prince en faveur du premier des présidents qui aura Fart toujours recherché de lui plaire. C'est^è-dire que la polysynodiedurera jusqu'à eeque le roi trouve . un visir à son gré; mais,. sous le visirat même, on xta pas un visir plus tôt que cela. Foible remède , que celui dont la verla s'éteint à lapproche du mal qu'il devroifc guérir.

N'est'^ce pas encore un mauvais expédient de nou« donner la nécessité d'obtenir les suffrages une seconde fois cotaïae un frein pour empêcher les présidents d'abuser db leur crédit la première? ne 6era*t41 pai^ plus court et plus sûr d'en abuser au point de n'avoir pkis que fiadre de suffrages? etnotre auteur lui-même naccorde*t-il pas au prince le. droit de prolonger au» besmn les présidents^ à sa volonté, cest-à*<lire d'en &îre de véritable visirs ? Comment n'a^t-il pas aperçu mille fois dans le cours -de sa vie et de ses écrits combien c'est nue vaine occupation de rechercher des formes durables pour un état de choses qui dépend ton* jours de la volonté d'un seul homme ? '

Ces difficultés n'ont pas échappé à l'abbé de Saint» Pierre; mais peut-être lui convendit-il mieux de les dissimuler que de les résoiidre. Quand il parle d&çes Contradictions et- qu'il feintde les concilier , c'est par ditô moyens sLabaurdesetdes raisons si' peu raisonnables , qu'on voit bien qu'il est embarrassé, ou qulil noprocède pas. d« bonne foL S€roit«il eroyaUe qu'il eût

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ims en avant si boi*s de propos et compté parmi ces UK>yen» r<amour de la patrie, le bien public, le désir de la vraie gloire y et d'autres chimère» évanouies de* ]7ttis long)-temps ^ ou dont il ne reste plus de traces que dans quelque» petite» républiques? Penseroit-il sérieusement que rien de tout cela pût réellement in<* fluet dans la forme d'un gouvernement monarchique? et, après avoir cité les Grecs, les Romains^ et même quelques modernes qui avoient des âmes anciennes f n avoue-t-il pas lui-même qu il seroit ridicule de fonder la constitution de Fétat sur des maximes éteintes? Que fait-il donc pour suppléera ces moyens étrangers dont ilreconnoît Finsuffisance? U lève une difficulté. par une autre, établit un système sur un système , et fonde sa polysynodie sûf sa république européenne. Cette république ^ dit-il ^ étant garante de Texécution des capi tulations impériales pour l'Allemagne , des capitula^ tk>ns parlementaires pour l'Angleterre , de»pacta conventa pour la Pologne , ne pourroit-elle pas l'être aussi des capitulations royales signées au sacre des rois pour la forme du gouvernement, lorsque cette forme seroit passée en loi fondamentale? et, après tout, garantir le$ rois de tomber dans la tyrannie de»Kérons, n'estce pas les garantir eux et leur postérité de leur ruine totale?

On peut , dit'il encore ^ faire passer le règlement de la polysynodie en forme de loi fondamentale dans le» états-'généraux du royaume , la faire jurer au sacre de» rois , et lui donner ainsi la même autorité qu'à la loi salique.

La pliime Uxmbede» ms^s , quandon voitun homme

«fJR LA POLYStNODîE. ^3

«èaséproposèrsériemsementdesemblablesexpédleats.

INe quittons point cette matière sans jeter un eùup «d'œil général sur les trois formes de ministère comparées dans oetouvrage.

he vîsirat est la dernière ressource d^un état défaillant ; c'est un palliatif cpielquefois nécessaire qui peut ■lui rendre pour un temps une -certaine Tigueur apparente : mais il y a dans cette forme d'administration €ine multiplication de forces tout-à-faiit superflue <i»ns un gouvernement sain. Le monarque et le visir sont 4leux machines exactement semblables , doni; Tune devient inutile sitôt que lautre est en mouvement : icar *en effet , selon le mot de Gretius , qm negit r^x est Ainsi letat supporte un double poids qui ne produit qu'un «effet ^simple. Ajoutez à cela qu'une grande partie de la force du visirat, étant employée à rendre le visir nécessaire et à le maintenir en place , est inutile 4>u nuisible à l'état. Aussi l'abbé de Saint-Pierre appelle-t-il avec raison le visirat une forme de gouvernement grossière y barbare , pernicieuse aux peuples , dangereuse pour les rois , fimesteaux maisons noyales ; et l'on peut Jiipe qu'il n'y a. point de gouvernement plus déplorable au monde que celui où le peuple estrédiuità désirer un visir. Quant au demi-visirat, il estasvadEitageux sous un roi qui sait gouverner et réunir dans 3es mains toutes les jénes de l'état; mais, sous un priuae foible x>u peu lahmeux, cette administration est mauvaise, embarrassée, sans systràtie €t sans vues, faute de liaison entre les parties ^et d'accord entre les ministres, surtout si quelqu'un d'entre eux, plus adroit bu plus méchxftit que les autres , tend en secret au visirat.

94 JUGEABSNT SUB LA POLYSimODIE.

ààûvs tont^e passe eniiilrigues de cour , 1 etatdemeitfe en langueur; et, paur trouver la mson de toutce qui se &itsous un semblable gouvernement, il ne fautpias demander à quoi cela sert, mais à qucH cela nuit*

Pour la polysynodie de Tabbé de Saint-^Pierre, je ne saurois voir qu elle puisse étue utile ni praticable dans aucune véritable «monarchie, mais seulement dans une sorte de gouvernement mixte, où le chef ne soit que le président des conseils , n ait que la puissance «nécutive , et ne puisse rien par lui-même: encoce ne sauroîs^je croipe qu'une pareSle administration pètdui«rioaf;-tcBaips8aa[i»abiBs; earteaintéréts des sociétés partielles ne sont pas moins «épaiw de ceux de letat , ni moins pemicieuic à la république •que ceux des particuliers; at ils ont même cetincon» vénient de plus , qu ou se fait gloire de soutenir à quelque .piîx qne ce soit les droits ou les prétentions du corps dont on est membre, et que ce qu'il y a de malhonnête à se préférer aux autres, s'évanouissant kla faveur d une société nombreuse dont«mleit parde, à force d'être bon sénateur on <levient efi£n mauvais citoyen. C «st ce qui rend laristoeratie la pire des souverainetés ■ ; c'est ce qui rendrok peut<é^« la polysynodie le pire de tous les ^ministères.

* Je parierois que raille gens troiiveront «ncore ici une contrudictioD avec le (Contrat so<:iàl*. 'Cela prouve qu'il y a encore plus de leoleai» qui devroîeiii apprendre 4 tire, -que 4%itteort qui dev TToieat -apprandre à ^rc conséqveata.

* Voyes Cùntnu S9cial, livre w, ^ck^p, 4», «1 la oMe «a chiip. t<», «iir la H^pttUiqua rojnaia*.

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