CHAPITRE IX
lonois doivent sentir vivement les maux que leur a fait souffrir ce malheureux droit. S'ils aliment Tordre et la paix , ils n'ont aucun moyen d'établir ehez eux Tun et l'autre tant qu'ils y laisseront subsister ce droit , bon dans la formation du corps politique, ou quand il a toute sa perfection; mais absurde et ftifteste tant qu'il reste des changements à faire; et il est impossible qu'il n'en reste pas toujours, surtout dans un grand état entouré de voisins puissants et ambitieux.
Le liberum veto seroit moins déraisonnable s'il tomboit uniquement sur les points^ fondamentaux de la constitution^: mais qu'il ait lieu généralement dans toutes Les délibérations des diètes , c'est ce qui ne peut s'admettre en aucune façon. C'est un vice dans la constitution polonoise que la législation et l'adminis*tration n'y soient pas assez distinguées, et que la diète exerçant le pouvoii^ législatif y mêle des parties d'administration, fasse indifféremment des actes de souveraineté et de gouvernement, souvent méine des actes mixtes par lesquels ses membres sont magistrats et législateurs tout à-la-fois.
Les changements proposés tendent à mieux distinguer ces deux pouvoirs, et par là même à mHuf marquer les bornes du liberum veto; car je A«r,crois pas qu'il soit jamais tombé dans l'esprit de personne de l'étendre aux matières de pure administration, ce qui seroit anéantir l'autorité civile et tout le gouvernement.
Par le droit naturel des sociétés , i'unanimité a été requ&e pour la formation du corps politique et pour les lois fondamentales^'qui tiëntien V'à son existettee ,
avantage, pourvu qu'on eût rendu ce droit dangereux à exercer y et qu'on y eût attaché de grandes conséquences pour celui qui s'en seroit prévalu ; car il est, j ose le dire, extravagant que celui qui rompt ainsi l'activité de la diète, et laisse l'état sans ressource, s'en aille jouir chez lui tranquillement et impunément de la désolation publique qu'il a causée.
Si donc, dans une résolution presque unanime, un seul opposant conservoit le droit de l'annuler, je voudrois qu'il répondit de son opposition sur sa tête , non seulement à ses constituants dans la diétine pcâ^comitiale, mais ensuite à toute la nation dont il a fait le malheur. Je voudrois qu'il fût ordonné par la 1^ que six mois après son opposition il seroit jugé solennellement par un tribunal extraordinaire établi pour cela seul, composé de tout ce que la nation a de plus sage , de plus illustre , et de plus respecté , et qui ne pourroit le renvoyer simplement absous, mais seroit obligé de le condamner à mort sans aucune grâce , ou de lui décerner une récompense et des honneurs publics pour toute sa vie , sans pouvoir jamais prendre aucun milieu entre ces deux alternatives.
Des établisseipents de cette es|féce, si favorables à Ténergie du courage et à l'amour de la liberté , sont trop^oignés de l'esprit moderne pour qu'on puisse espél'lfr.^^quils soient adoptés ni goûtés; mais ils n'étoient pas^inconnus aux anciens; et c'est par là que leurs instituteurs sçivoient élever les âmes et les enflammer au besoin d'un zélé vraiment héroïque. On a vu , dans des républiques où régnoient des lois plus dures encore , de généreux citoyens se dévouera