CHAPITRE X. 35l
fixeroit la quantité de terre qu'un noble dcût posséder pour être "kdoiis aux diétines, voyant à cela du bien et du mal , et ne connoissant pas assez le pays pour comparer les effets , je n'ose absolument décider cette question. Sans contredit il seroit à désirer qu'un citoyen ayant voix dans un palatinat y possédât quelques terres, mais je n'aimerois pas trop qu'on en fixât la quantité : en comptant les possessions pour beaucoup de choses , faut-il donc tout-à-fait compter les hommes pour rien? Eh quoi! parcequ'un gentilhomme aura peu ou point de terres , cesse-t-il pour cela d'être libre et noble? et sa pauvreté seule est-elle un crime assez grave p^ur lui faire perdre son droit de citoyen?
Au reste,, il ne faut jamais souffrir qu'aucune loi« tombe en désuétude. Fût-elle indjlfférente , fùt-elle mauvaise, il faut l'abroger formellement ou la maintenir en vigueur. Cette maxime , qui est fondamen* taie, obligera de passer en reyue toutes les anciennes lois , d'en abroger beaucoup , et de donner la sanctioa* la plus sévère à celljBs qu'on voudra conserver. On regarde en France comme une maxime d'état de fermer les yeux sur beaucoup de choses : c'est à quoi le despotisme oblige toujours.^ mais, dans un gouvernement hbre , c'est le moyen d'énerver la législation et d'ébranler la constitution. Peu de lois , mais bien digérées, et surtout bien observées. Tous les abus qui ne sont pas défenaus sont encore sans conséquence : mais qui dit une loi dans un état libre dit une chose devant laquelle tout citoyen tremble, et le roi tout le premier. En un mot, souffrez tout plutôt que d'user
352 GOUVERNEMENT DE POLOGtîE.
le ressort des lois ; car , quand une fois ce ressort est
usé, Tétat est perdu sans ressource.