‹ Extrait du Projet de Paix PerpetuelleChapitre 169 sur 200 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

doù viennent leurs vexations^? des amendes pécuniaires qu'ils imposent. Ces amendes arbitraires sont un grand mal déjà par elles-mêmes ; cependant s ils ne les pouvoient exiger qu'en denrées , ce ne seroit presque rien. L'argent extorqué se cache aisément , des magasins ne se cacheroient pas de mçme. Cherchez en tout pays, en tout gouvernement et'par toute terre, vous n'y trouverez pas un grand mal en morale et en politique où ^argent ne soit mêlé.

On me dira que l'égalité des fortunes qui régne en Suisse rend la parcimonie aiséie dans l'administration ; au lieu que tant de puissantes maisons et de grands seigneurs qui sont en Pologne demandent pour leur entretien de grandes dépenses et des finances pour y pourvoir. Point du tout. Ces grands seigneurs sont riches par leurs patrimoines, et leurs dépenses seront moindres quand le luxe cessera d'être en honneur dans l'état, sans qu'elles les distinguent moins des fortunes inférieures qui suivront la même proportion. Payez leurs services par de l'autorité, des honneurs, de grandes places. L'inégalité des rangs est compensée en Pologne par l'avantage de la iioblesse qui rend ceux qui les remplissent plus jaloux des honneurs que du'profit. La république, en graduant et distribuant à propos ces récompenses purement honorifiques , se ménage un trésor qui ne la ruinera pas , et qui lui do^n^ra des héros pour citoyens. Ce trésor des honneurs est i^ne ressource inépuissable chez un peuple qui a de rhonneur; et plût à Dieu que la Pologne eût l'espoir d'épuiser cette ressource ! O heureuse la natfon qui ne

trouvera plus dans son-^ein de distinctions possibles pour la vertu!

Au défaut de n'étr^?.^à dignes d'elle, les récompenses pécuniaires jok;i^ie)it celui de n'être pas assez publiques , de ne parler pas sans cesse aux yeux et aux cœurs, de disparoitre aussitôt qu'elles sont accordées, et de ne laisser aucune trace visible qui excite Fémulation en perpétuant l'honneur qui doit les accompagner. Je voudrois que tous les grades , tous lesemplois , toutes les récompenses honorifiques , se marquassent pard^ signes extérieurs; qu'il ne fût jamais permis à un bomme en place de marcher incognito; que les marques de son rang ou de sa dignité le suivissent partout, afin que le peuple le respectât toujours, et qu'il se respectât toujours lui-même; qu'il pût ainsi toujours dominer l'opulence; qu'up riche qui n'est que riche, sans cesse offusqué par des citoyens titrés et pauvres , ne trouvât ni considération ni agrément dans sa patrie ; qu'il ftlt forcé de la servir pour y briller, d'être intégre par ambition, et d'aspirer malgré sa richesse à des rangs où la seule approbation publique mène , et d'où le blâme peut toujours faire déchoir. Voilà comment on énerve la force des richesses, et comment on fait des hommes qui ne sont point à vendre. J'insiste beaucoup, sur ce point, bien persuadé que vos voisins , et surtout les Russes , n'épargneront rien pour corrompre vos gens en place , et que la grande affaire de votre gouvernement est de travailler à les rendre incorruptibles.

Si l'onnje dit que je veux faire de la Pologne un peuple de capucins, je réponds d'abord que ce n'est

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