‹ Extrait du Projet de Paix PerpetuelleChapitre 170 sur 200 · CHAPITRE XI. 35g · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI. 35g

là qu'ua argument à la françoise, et que plaisanter n est pas raisonner. Je réponds encore qu il ne fant pas outrer mes maximes au-delà de mes intentions et de la raison ; que mon dessein n est pas de supprimer la circulation des espèces , mais seulement de la ralentir, et de prouver surtout combien il importe qu'un bon système économique pe soit pas un système de finance et d'argent. Lycurgue , pour déraciner la cupidité dans Sparte , n anéantit pas la monnoie , mais il en fit une de fer. Pour moi , je n'entends proscrire ni largenlrtii Tor/mais les rendre moins nécessaires, et foire que celui qui n en a pas soit pauvre sans être gueux. Au fond , l'argent n'est pas la richesse, il n'en est que le signe ; ce n'est pas le signe qu'il faut multiplier, mais la chose représentée. J'ai vu 5 malgré les fables des voyageurs , que les Anglois , au milieu de tout leur or, n'étoient pas en détail moins nécessiteux que les autres peuples < Et que m'importe , après tout d'avoir cent guinées au lieu de dix , si ces cent guinées ne me rapportent pas une subsistance plus aisée? La richesse pécunisûre n'est que relative : et, selon des rapports qui peuvent dsanger par mille causes , on peut se trouver successivement riche et pauvre avec la même somme, mais non pas avec des biens en na^ ture; car, comme immédiatement utiles à l'homme, ils ont toujoiirs leur valeur absolue qui ne dépend point d'une c^ration de commerce. J'accorderai que le peuple anglois est plus riche que le» autres peuples : mais il ne s'ensuit pas qu'un bourgeois de Londres vive plus à son aise qu'un bourgeois dç^^Paris. De peuple à peuple , celui qui a plus d'argent a de l'avantage ; mais cela

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ne.fmt rien au sort .des particuliers, et ce n est pas là quegit.la prospérité d une nation.

Favorisiez; Lagriqulture et les arts utiles, noà |>as en enrichissant les cultivateurs , ce qui ne seroit que les exciter à quitter leur état, mais en le leur rendant honorable et agréable. Établissez les manufactures de première nécessité; multipliez sans cesse vos blés et vos hommes, sans vous mettre en souci du reste. Le superflu du produit de vos terres, qui, par les monopoles multipliés, va manquer au reste de TEiirope, ^vous apportera nécessairement plus dWgent que^^^ous n'en aurez besoin. Au-delà de ce produit nécessaire et sûr, vous serez pauvres tant que vous voudrefe^ en avoir ; sitôt que vous saurez vous en passer , vouç serez riches. Voilà Tesprit que je voudrois faire régner dans votre système économique ; peu songer à Tétranger , peu vous soucier du commerce, mais multiplier ohez vous autant qu'il est possible et la denrée et les consommateurs. L'effet infaillible et naturel d'un gouver-* nement libre et juste est la population. Plus donc vous perfectionnerez votre gouvernement, plus vous mul^ tiplierez votre peuple sans même y songer. Vous n'au-: rez ainsi ni mendiants ni millionnaires. Le luxe et Tindigence disparoîtront ensemble insensiblement; et les citoyens , guéris des goûts frivoles que donne l'opur lence , et des vices attachés à la misère , mettront leurs soins et leur gloire à bien servir la patrie, et trouveront leur bonheur dans leurs devoirs.

Je voudrois qu'on imposât toujours les bras des hommes plus qu^ leurs bourses; que les chemins , les ponts, les édifices publics , le service du prince et de

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