CHAPITRE XV
téréts , et quelquedesir de l&s suivre ; car en tout temps^ et surtout dans la triste situation où les malheurs de la Pologne vont la laisser , il n'y auroit rien pour elle de plus funeste que d'avmr un traitre à la tête dti gotivernement.
Quant à la manière d'entamer Tœuvre dont il s'agit , je ne puis goûter toutes les subtilités qu'on Vous pro* pose pour surprendre et tromper en quelque sorte la nation sur les changements à £siire à ses lois. Je serois d'avis 'seulement, en montrant votre plan dans toute son étendue 9 de n'en point commencer bmsquement l'exécution par remplir la république de mécontents , de laisser en place la plupart de ceux qui y sont , de ne ciMifêrer les emplois selon la nouvelle réforme qu'à mesure qu'ils viendroient à vaquer. N'ébranlez jamais trop brusquement la machine. Je ne doute point qu'un bon plan une fois adopté ne change même l'esprit de éeux qui auront eu part au gouvernement sous un autre» Ne pouvant Créer tout d'mi coup de nouveaux citoyens, il &ut commencer par tirer parti de ceux <{ui existent; et ofirir une route noiivelle à leur ambition, c'est le mayen de les disposer à la suivre.
Que si , malgré le courage et la constance des coiK fiîdérés et malgré la justice de leur cause , la fortune et toutes les puissances lea abandonnent, et livreâila patrie à ses oppresseurs.... Mais je n'ai pas l'honneur d être Polonois , et, dans une situation pareiUe à celle où vous êtes, il n'est permis de donner son avis que par son ex^mpl«.
Je viens de remplir selon la mesure de mes forces ,
4o8 GOUVERNEMENT DE POLOGNE,
et plût à Dieu que ce fût avec autant de succès que d'ardeur, la tâche que M. le comte Wielhoreki m'a imposée. Peut-être tout ceci n'est-il qu'un tas de chimères; mais voilà mes idées. Ce n'est pas ma faute si elles ressemblent si peu à celles des autres hommes , et il n'a pas dépendu de moi d'organiser ma tète d'une autre façon. J'avoue même que ^ quelque singularité qu'on leur trouve, je n'y vois rien , quant à moi , que de bien adapté au cœur humain, de bon, de praticable, surtout en Pologne, m'étant appliqué <Stns mes vues à suivre l'esprit de cette république , et à n'y proposer que le moins de changements que j'ai pu pom^ en corriger les déCaïuts. Il me semble qu'un gouvernement monté sur de pareils ressorts doit marcher à son vrai but aussi directement , aussi sûrement , aussi longtemps qu'il est possible ; n'ignorant pas au surplus que tous les ouvrages des hommes sont imparfaits, passagers, et périssables comme eux.
J'ai omis à dessein beaucoup d'articles très impor^ tants sur lesquels je ne me sentois pas les lumières suffisantes pour en bien juger. Je laisse ce soin à des hommes plus éclairés et plus sages que moi ; et je mets fin à ce long fatras en faisant à M. le comte;Wiêlhorski mes excuses de l'en avoir occupé si long-temps. Quoique je pense autrement que ;les autres hommes, je ne me flatte pas d'être plus sage qu'eux , ni qu'il trouve dans mfs rêveries rien qui puisse être réelleinent utile à sa patrie ; mais mes vœux pour sa prospérité sont trop vrais, trop purs, trop désintéressés , pour que l'orgueil d'y contribuer puisse ajouter à mon zélé.