‹ Extrait du Projet de Paix PerpetuelleChapitre 196 sur 200 · LETTRE III · texte numérisé non relu

LETTRE III

AU Hi^S.

Motiers->Trayer8 , le 9 4 uiars 1765.

Je voi^y ttimisteur, c{«i^ vous ignorte âan» <|ael gottffipe de nouveaux malheurs je me trouve englouti Depui» veire pétmltième lettre ott ne m'a pas hubeé repr^ldpe haleîM ut>ifi$ttHit. J'ai reçu votre premier envoi sans pouvoir presque y jeter lea yeux» Qaant à eelrn de Perpignan , }e n ei^ aï pas ouï parler. Cent fois j'ai voulu vott&écrire; œaisTagitatioacoBtititftdle, toutes leSi souffrances du corps et dô Tesprit, faoca^ Ueioênt demes propres afl^es , ne m'i^w pa# pQrmi^ de songer aux vôtres, rattendëis ua HMwnetit d'iniier^ valle; il ne vient point ^ il ne viendra poiM; et, dans l'instant même où je vous réponds, je sui», analgré m^n état , dans le risque de ne pouvoir intr ma lettre

Il est inutile , monsieur, que vous compMz siurk travai} que j avois entrepriis : il m'eût été trop, doux de m'occuper d'une si glorieuse tâche , cette coBicdaH tion m'est ôtée. Mon ame épuisée d'ennuis n'est plus en état de penser; mon cœur est le même encore, mais je n^ai plus de tête; ma faculté intelligente est éteinte ; je ne suis plus capable de suivre un objet avec quelque attention, et d'ailleurs que voudriezvous que fit un malheureux fugitif qui , malgré la protection du roi de Prusse, souverain du pays, mal-

gré la protection de milord maréchal , qui en est gouverneur , mais malheureusement trop éloignés lun et Fautre, y boit les affronts comme Teau; et, ne pouvant plus vivre avec honneur dans cet asile, est forcé d'aller errant en chercher un autre sans^ savoir plus où le trouver?...

^ Si &it pourtant, monsieur, j'en sais un digne de moi et dont je ne me crois pas indigne; c'est parmi vous, braves Corses, qui savez être libres, qui savez être justes, et qui ftltes trop malheureux pour n'être pas compatissants. Voyez, monsieur, ce qui se peut faire : parlez-en à M. Paoli. Je demande à pouvoir louer dans quelque canton solitaire une petite maison pour y finir mes jours en paix. J'ai ma gouvernante qui depuis vingt ans me soigne dans mes infirmités continuelles : c'est une fille de quarante-cinq aos , Françoise, catholique, honnête et sage, et qui sç résout de venir, s'il le faut, au bout de l'univers partager mes misères et me fermer les yeux. Je tiendrai mon petit ménage avec elle , et je tâcherai de ne point rendre les soins de l'hospitalité incommodes à mes voisins.

Mais, monsieur, je dois vous tout dire; il faut que cette hospitalité soit gratuite, non quant à la subsistance, je ne serai là-dessus à charge à personne , mais quant au droit d'asile qu'il faut qu'on m'accorde sans intérêt : car, sitôt que je serai parmi vous , n'attendez rien de moi sur le projet qui vous Mcijipe. Je le répète , je suis désormais hors d'état d'y songer; et quand je ne le serois pas, je m'en abstiendrois par cela même que je vivroi% au milieu de vous ; car j'eu3

et j'aurai toujours pour maxime inviolable «de porter le plus profond respect au gouvernement souâ lequel je vis , sans me mêler de vouloir jamais le censiu*er et critiquer y ou réformer en aucune manière. J'ai même ici une raison de plus » et pour moi d'une très grande force. Sur le peu que j'ai parcouru de vos mémoires ^ je vois que mes idées diffèrent prodigieusement de celles de votre nation. Il ne seroit pas possible que le plan que je proposerois ne fit beaucoup de mécontents, et peut-être vous-même tout le premier. Qr, monsieur > je suis rassasié de disputes et de querelles. Je ne veux plus voir ni faire de mécontents autour de moi, à quelque prix que ce puisse être. Je soupire après la tranquillité la plus profonde , et mes derniers vœux sont d'être aimé de tout ce qui m'entoure , et de mourir en paix. Ma résolution là-dessus est inébranlable. D'ailleurs mes maux continuels m'absorbent, et augmentent mon indolence. Mes propres affaires, exigent de mon temps plus que je n'y en peux donner. Mon esprit usé n'est plus capable d aucune autre application. Que si peut-être la douceur d'une vie calme prolonge mes jours assez pour me ménager des loisirs , et que vous me jugiez capable d'écrire votre histoire y j'entreprendrai volontiers ce travail honorable, qm satisfera mon cœur sans trop fatiguer ma tête; et je serois fort flatté de laisser à la postérité ce monumient de mou séjour parmi vous. Mais ne me demandez rien-de ^plus : comme je ne veux pas vous tromper , je me reprocherois d'acheter votre protection aii prix d'une vaine attente.

Dans cette idée qui m'est Venue j'ai plus ccmsulté

mon cœur que mes forces ; car , dans. Fétat où je suis , il est peu apparent que je soutienne un si long voyage , d'ailleurs très embarrassant, surtout avec ma gouvernante et mon petit bagage. Cependant, pour peu que vous m'encouragiez, je le tenter^ii, cela ^t certain, dussé-je lester et périr en route : mais il me Êiut au moins une assurance morale d'être en repos pour le reste de ma vie , car c en est lajit , monsieur , je ne peux plus courir. Malgré mon état critique et précaire , j attehdrai dans co pays votre réponse avant de prendre aucim parti; mais je vous prie de différer le moins possible , car , malgré toute ma patience , je puis n'être pas le maître des événements. Je vous embrasse et vous salue, monsieur , de tout mon cœur.

P. S. J'oubliois de vous dire , quant à vos préti^s , qu'ils seront bien difficiles s'ils ne sont contents de moi. Je ne dispute jamais sur rien, je ne parle jamais de religion, j'aiine naturellement même autant votre clergé que je hais le nôtre. J ai beaucoup d'amis parmi le clergé de France , et j'ai toujours très bien vécu avec eux. Mais , quoi qu'il arrive , je ne veux point changer de religion , et je souhaite qu'on ne m'en parle jamais , d'autant plus que cela seroit inutile.

Pour ne pas perdre de temps, en cas d'affirmation, il £eiudroit m'indiquer quelqu'un à Livourne à qui je pusse demander des instructions pom* le passage.

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