LIVRE I, CHAPirRE VÎ. liS
chaque contractant , cet acte d association produit un | corps moi'al et collectif , composé d'autant de mem- \ bres que l'assemblée a de ^oix; lequel reçoit de ce ; 9iême acte son unité, son moi commun, sa vie, et sa volonté. Cette personne publique , qui se forme ainsi par Funion de toutes les autres , prenoit autrefois le nom de cité > , et prend maintenant celui de république ou de corps politique ^ lequel est appelé par ses membres état quand il est passif, souverain quand il est actif, puissance en le comparant à ses semblables.
' Le vrai |ens de ce mot s*est presque entièrement effacé chex les modernes : la plupart prennent une ville pour une cité, et un boargeoM pour un citoyen. Us ne savent pas que les maisons font la ville, mais que les citoyens font la cité. Cette même erreur coûta cher autrefois aux Carthaginois. Je n'ai pas lu que le titre de cives ait jamais été donné aOx sujets d'aucun prince, pas même anciennement aux Macédoniens, ni, de nos jours, aux Anglois, quoique plus près de la liberté que tous les autres. Les seuls François pren* ncfnt tous familièrement ce nom de citoyens, parcequ'ils n*en ont aucune véritable idée, comme on peut le voir dans leurs di<;tion«> naires; sans quoi ils tomberoient, en l'usurpant, dans le ciime de Icse-majesté : ce nom, chez eux, exprime une vertu, et non pas wn droit. Quand Bodin a voulu parler de nos citoyens et bourgeois, il.a fait une lourde bévue, en prenant les uns pour les antres*. M. d'Alembert ne s'y est pas trompé, et a bien distin{]^ué, dans son article Genève^ les quatre ordres d'hommes (même cinq, en y comptant les simples étrangers) ** qui sont dans notre ville, et dont deux seulement composeift la république. Nul autre auteur frauçois, que je sache, n'a compris le vrai sens du mot citoyen.
* M. Brizard observe ici avec raison que Bodin écrivoit dans un trmps où le nom de citoyen en France n'écoit pas un vain titre , et qu'il l'avoii soutenu lui-même avec autAit de fermeté que d'éloquence dans les états de Blois en 1 588.
** Même 'six, comme il sera prouvé dans le Tableau de la comUtUtitm de Genève, qui servira d'introduction aux Lettres de la montagnft. V. S
Jl4 DU CONTRAT BOCIÂL.
A regard des associés, ils prennent colleétiTement lé nom de peuple j et s appellent en particulier citoyens^ comme participants à Fantorité souveraine, et sujets , comme soumis aux lois de Tétat. Mais ces termes Se confondent souvent et se prennent lun pour Tautré; il suffit de les savoir distinguer quand ils sont eaii* plpyés dans toute leur précision.