‹ Extrait du Projet de Paix PerpetuelleChapitre 4 sur 200 · CHAPITRE L · texte numérisé non relu

CHAPITRE L

Nécessité , dans la monarchie , d'une forme de gouverneraent

subordonnée au prince.

Si ies princes regardoient les fonctions du gouverT nemçnt comme des devoirs indispensables , les plus capables s'en trouyeroient les plus surchargés; leurs travaux, comparés à leurs forces, leur paroitroient toujours excessifs , et on les verroit au'3si ardents à resserrer leurs états ou leurs droits qu'ils sont avides d'étendre les uns et les autres; et le poids de la couronne écraseroit bientôt la plus forte tête qui voudroit sérieusement la porter. Mais, loin d'envisager leur pouvoir par ce qu'il a de pénible et d'obligatoire, ils n'y voient que le plaisir de commander; et , comme le peuple n'est à leurs yeux que l'instrument de leurs fantaisies, plus ils ont de fantaisie&à contenter , plus le besoin d'usurper augmente; et plus ils sont bornés et petits d'entendement, plus ils veulent être grands et piiiss£mts en autorité. *

Cependant le plus absolu despotisme exige encore un travail pour se soutenir : quelques maximes qu'il

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éttiblisse à son avantage , il faut toujours qu^illes couvre d'uu leurre d utilité publique; qu employant la force des peuples contre eux-mêmes, il les empêche de la réunir contre lui; qu'il étouffe continuellement fa voix de la nature,- et le cri de la liberté toujours prêt à sortir de Textréme oppresision. Enfin , quand le peuple ne seroit qu'un vil troupeau sans raison , encore faudroit*il des soins pour le conduire; et lé prince qui ne songe point à rendre heureux ses sujets n'oublie pas, au moins, s'il n'est insensé, de conserver son patrimoine.

QuVt-il donc à faire pour concilier l'indolence avec l'ambition, la puissance avec les plaisirs, et l'empire des dieux avec la vie animale ? Choisir pour soi les vains honneurs, l'oisiveté, et remettre à d'autres les fonctions pénibles du gouvernement , en se réservant tout au plus de chasser ou changer ceux qui s'en acquittent trop mal ou trop bien. Par cette méthode , le dernier des hommes tiendra paisiblement et commodément le sceptre de l'univers ; plongé dans d'insipides voluptés , il promènera, s'il veut , de fête en fête son ignorance et son ennui. Cependant on le traitera de conquérant , d'invincible , de roi des rois , d'empereur auguste , de monarque du monde , et de majesté sacrée. Oublié sur le trône , nul aux yeux de ses voisins , et même à ceux de ses sujets , encensé de tous sans être obéi de personne , foible instrument de la tyrannie des courtisans et de l'esclavage du peuple , on lui dira qu'il régne , et il croira régner. Voilà le tableau général du gouverneinent de toute monarchie trop étendue. Qui veut sou-

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tenir le monde ,>ét n'a pas les épaules d'Hercule , ddit s'attendre d'être écrasé.

Le souverain d'un grand empire n'est guère slvl fond que le ministre de ses ministres , ou le Représentant de ceux qui gouvernent sous lui. Ils sont obéis en son nom; et quand il crcût leur faire exécuter sa volonté ; c'est lui qui, sans le savoir, exécuta la leur. Cela ne saproit être autrement; car comme il ne peut voir que par leurs yeux, il faut nécessairement qu'il le3 laisse agir par ses mains. Forcé d'abandonner à d'autres ce qu'on appelle le détail < , et que j'appellerois , moi , l'essentiel du gouvernement, il se réserve les grandes af- £Bdres , le verbiage des ambassadeurs , les tracasseries de ses favoris , et tout au plusle dioix de ses maîtres; car il en faut avoir malgré soi , sitôt qu'on a tant d'escla* ves. Que lui importe , au iréste , une bonne ou une mauvaise administration? Comment son bonheur serpitil troublé par la misère du peuple , qu'il ne peut voir; par ses plaintes , qu'il ne peut entendre ; et par les désordres publics , cLont il ne saura jamais rien? Il en e^ de la gloire des princes ccnnme des trésors de cet in* sensé, pro|)riétaire en idée de tous les vaisseaux qui

' Ce qui importe aux citoyens, c'est d'être gouvernés justement et paisiblement. Au surplus, que l'état soit grand, puissant et florissant, c'est TafFaire particulière du prince, et les sujets n'y ont aucun intérêt. Le monarque doit^ donc premièrement s'occuper du détail en quoi consiste la liberté civile, ia' sûreté îla peuple, et même la sienne 4 à- bien des égards. Apr^s cela, s'il lui reste du temps à perdre , il peut le donner à toutes ces grandes affaires qui n'intéressent personne, qui ne naissent jamais que des vices du gouvernement, qui par c6nséquent ne sont rien poiu- nn peuple heureux, et sont peu de chose pour un roi sage.

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anivoieiit au port; Topinion de jouir de Iput Vempér choit de rien désirer, et il n étoit pas moins heureux des richesses qpiû nayoit point, que s'il les eût possédées.

Que feroit de mieux le plus juste prince avec les meilleures intentions , sitôt qu il entreprend un travail (jue la nature a mis au-dessus de ses forces? Il est homme, et se charge des fonctions d'iïn Dieu: comment peut-il espérer de les remplir? Le sage , s'il en peut être sur le tr0ne , renonce à Temptre ou le partage; il consulté ses forces; il mesure sur elles les fonctions qu'il veut remplir; et pour être un roi vraiment grand il ne se charge point d un grand royaume. Mais ce que feroit le sage a peu de rapport à ce que * feront les princes. Ce qu'ils feront toujours , cherchons au moins comment ils peuvent le faire le moins mal qu'il soit possible.

Avant que d'entrer en matière , il est boii d'observer que si , par miracle , qudque grande ame peut suffire à la pénible charge de la royauté , l'ordre héréditaire établi dans les successions , et l'extravagante éducation des héritiers du trône , fourniront toujours cent imbéciles pour im vrai roi;' qu'il y aura des minorités, des maladies , des temps de délire et de passions , qui ne laisseront souvent à la tête de l'état qu'un sknulacre de prince. Il feut cependant que les affaires se fassent. Chez tous les peuples qui ont un roi , il est donc absolument nécessaire d'établir une forme de gouvernement qui se puisse passer du roi , et dès qu'il est posé qu'un souverain peut rarement gouverner par luimême, il ne s'agit plus que de savoir comment il peut

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gouverner par autrui : c'est à résoudre cette question qu'est destiné le discours sur la Poly^yA<)dïb. ^

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