‹ Extrait du Projet de Paix PerpetuelleChapitre 3 sur 200 · Progrès si^nsîbles de T^gnculture i^ de la po · texte numérisé non relu

Progrès si^nsîbles de T^gnculture i^ de la po

4o PROJET

pulation, des rid^esseside Fétat^ et des revenus du prince.

8. Facilité de tous les établissements qui peuvent augmenter la gloire et Tautorité du souverain, les ressources publiques , et le bonheur, des peuples.

Je laisse , comme je Tai déjà dit, au jugement des lecteurs Texamçn de tou& ces ai^ticles, etlacompa* raison de Fétat de paix qui résulte de la confédération , avec Fétat de guerre qui résulte de Fimpolice européenne.

Si nous avons bien raisonné dans Fexposition de ce projet, il est démontré premièrement que Fétablissement de 1^ paix perpétuelle dépend uniquement du consentement des souverains, et n'ofire pointa-lever d autre difficulté que leur résistance; secondement, que cet établissement leur seroit utile de toute manière, et qu'il n'y a nulle comparaison à (aire , même pour eux, entre les inconvénients et les avantages; en troisième lieu, qu'il est raisonnable de supposer que leur volonté s'accorde avec leur intérêt; enfin que cet établissement ,ime fois formé sur le jrfan proposé, seroit solide et Curable, et rempliroi^ parfaitement son objet. Sans doute ce n'est pas à cfire que les souverains- adopteront ce projet (qui peut répondre de la raison d'autrui? ) , mais seulement qu'ils l'adop* teroient s'ils consultoient leurs vrais intérêts : car on doit bien remarquer que nous n'avons point supposé les hommes tels qu'ils devroient être , bons , généreux , désintéressés , e.t aimant le bien public par humanité; mais tels qu'ils sont, injustes, ^^vides, et préférant

DE PAIX PEKÏ^ÉTUELLE. ^l

leur intépêt à tout. La âeule chose cpi'on leur suppose / c est assez de raison pour voir ce qui leur est utile , et assez de courage pour faire leur propre bonheur. Si < malgré tout cela, ce projet demeure sans exiéeution , ce n'est donc pas qu'il soit chimérique; c'est que les hommes sont insensés , et que c'est une sorte de foUe d'être sage au milieu ^es fous. j

SUR

Le projet de la paix perpétuelle , étant par son objet le plus digne d'occuper un homme de bien ,^fut aussi de tous ceux de Tabbé de Saint-Pierre celui qu'il médita le plus long-temps et cpi'il suivit avec le plus d'opiniâtreté; car on a peine à nommer autrement ce zélé. de missionnaire qui ne l'abandonna jamais sur ce point, malgré l'évidente impossibilité du succès, le ridicule qu'il se donnoitde jour en jour, et les dégoûts qu'il eut sans cesse à essuyer. Il semble que cette ame saine , uniquement attentive au bien public , mesuroit les soins qu'elle donnoit aux choses- uniquement sur le degré de leur utilité, sans jamais se laisser rebliter par les obstacles ni songer à l'intérêt personne.

Si jamais vérité morale fut démoi^trée, il me semble que c'est l'utilité générale et particulière de ce projet. Les avantages qui résulteroient de son exécution, et pour chacpie prince, et pour chaque peuple, et pour toute l'Europe, sont immenses , clairs , incontestables; on. ne peut rien de plus solide et de plus exact que les raisonnements par lesquels l'auteur les établit. Réalisez sa république européenne durant un seul jour , c'en est assez pour. la foire durer étemelle-

JUGEMENT SXm LA PAIX MRPÉTUELLE. 4^

ment, tant chacun trouyeroit pai* Fexjiérience son profit paitiçôlier dans le bien, commun. Cependant ces mêmes piincés, qt^i la défendroient de toutes leurs forces si elle éxUtoit^ s'oppôseroient mainteliant de même à son exécution, et TeiUpécheront infailliblement des établir comme ils rempéchëroient de s'éteindre. Ainsi, louvrage de Tabbé de Saint-Kerre sui^ là paix perpétuelle parott d'abord inutile pour la produire et superflu pour la conserver. C'est donc uiîe vaine Spéculation, dira qtiel(^e lecteur impatient. Kon , c est un livre solide et sensé , et il est très impor^ tant qu'il existe.

Commençons par examiner les difficultés de ceux qui ne jugent pas des raisons par la raison, mais seulement par l'événement, et qui n'ont rien à objecter contre -ce projet, sinon qu'il n'a pas' été exécuté. En effet, diront-ils sans doute, si ses avantages sont si réels, pourquoi donc les souverains de l'Europe ne l'ont-ilâ pas adopté? pourquoi négligent-Ils leur propre intérêt , si cet intérêt leur est si biefï démontré? Voit-on qu'ils rejettent d'ailleurs les moyens d'augmenter leurS' revenus et leur puissance? Si celui-ci étoit aussi bon pour cela qu'on le prétend , est-il croyable qu'ils èfi fussent moins empressés qne de tous ceux qui les égarent depuis si long-temps , et qUrlls préférassent tnille ressources trompeuses à un profit évident? . , r

Sans doute cela est croyable; à moins qu'on ne suppose que leur sagesse est égale à leur ambition, et qu'ils voient d'autant mieux leurs avantâgesqu'ils les désirent plus fbrtemeîit; au lieu que c'est la grande

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puiiition des exoèsderamour-propréde recourir toujours à des moyens qui Fabusent, et que Tardeur même des passions est presque toujours ce qui les détourne de leur but. Distinguons donc, en politique ainsi qu'enmorale , Tintérét réel de l'intérêt apparent : le premier se trou veroit dans la paix perpétuelle ; cela est démontré dans le projet: le second se trouve dans Tétat d'indépendance absolue qui soustrait les souverains à Tempire de la loi pour les soumettre à celui de la fortune. Sçmblables^ à un pilote insensé, qui, pour faire montre d'un vain savoir et commander à ses matelots, aimeroit mieux flotter entre des rochers durant la tempête , que d'assujettir son vaisseau par des ancres. .

Toute l'occupation des rois , ou de ceux qu'ils chargent dé leurs fonctions, se rapporté à deux seuls objets; étendre leur domination au-dehors, et la rendre plus absolue au-dedans : toute autre vue , ou^e rapporte à l'une de ces deux , ou ne leur sert que de prétexte; telles sont celles du bien public^ du bonheur des sujets y delsLgloire de la nation^; inèts à' jamais jproscrits du cabinet., et si lourdement employés dans les édits publics ,' qu'ils n'annoncent jamais que des ordres funestes, et que le peuplé gémit d'avance quand ses maîtres lui parlent dé leurs soins paternels. ' Qu'on juge sur ces deux maximes fondamentales , tomment les princes peuvent recevoir une proposition qui choque directement l'une, et qui n'est.guère plus &vorablé à l'autre. Car on sent bien que par la diète européenne le gouvernement de chaque état n'^t pas moins fixé que par ses limites, <)u'on ne

peut garantir les prince» de la révolte des sujets sans garantir en même- temps les sujets de la tyrannie des princes , et qu'autrement Tinstitution ne sauroit subsister. Or, Je demande s'il y- a dans le monde un seul souverain qui, boi^né ainsi pour jamais dans ses pro« jets les plus chéris, supportât sans indignation la seule idée de se voir forcé d'être juste, non seule<^ ment avec les étrangers, mais même avec ses propres sujets. V

Il est facile encore de comprendre que d'un côté la guerre et les conquêtes,, et de l'autre les progrès du despotisme, s'entr'aident mutuellement; qu'on prend à discrétion, dans un peuple d'esclaves, de l'argent et des hommes pour en subjuguer d'autres ;/ que réciproquement la guerre fournit un prétexte aux exactions pécuniaires, et un autre non-moins spécieux d'avoir toujours de grandes armées pour tenir le peuple en respect. Enfin chacun voit assez que les princea conquérants font pour le moins autant la guerre à leurs sujets qu'à leurs ennemis, et que la coudition des vainqueurs n'est pas meilleure que celle dea vaincus. J'ai battu les Romains^ écrivait Annibal aux Gsgrthaginois; envoyez-moi des troupes: J'ai mis t Italie à contribution y' envoyez-moi de targent. Voilà Ce que signifient les Te Z)eum, les feux de joie, et l'alégresse dii peuple aux triomphes de ses miedtres.

Quant aux différents entre prince et priboe, psut^ on espérer de sùumeitre *à un tribunal supérieur des hommes qui sr\)sent vanter de ne tenir, leur pouvoir que de leur éj^ée, et qui ne font motion de Dieu même que parcequ'il est au ciel? Les souverains se

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spumettront-ils dans leurs querelles à des voies juridiques y que tQuté la rigueur «des lois ita jamais pu forcer les particuliers dadmetti'e dans les leurs? Un simple gentilhomme offensé, dédaigne de porter ses plaintes au tribunal des maréchaux de France; et yous voulez qu uu rbi porte les sienUes à la diète européenne? Encore y a-t-il cette différence, que Fun pèche contre les lois et expose doublement sa vie, au lieu que l'autre^ n'expose guère que ses sujets; qu'il use, en prenant les anpes-, d'un droit avoué de- tout le genre humain ^ et dont il prétend n'être comptable qu'à Dieu seul. V

Un prince qui met sa cause au hasard de la guerre n'ignore pa$ qu'il court djss risques; mais il^ en est moins frappé que des. avantage qu'il se protnet, parcequ il craint bien mjoins ]a. fortune qu'il n'espère de sa propre sagesse : s'il est puissant, il compte iur ses forces ; s'il est foible, il compte sur ses alliances; quelquefois il lui est utile au-ded£uas de purger de mauvaises bnmeurs, d'affbiblir des sujets indociles, d'essuyer même des révers , et le politique habile sait tirer avantage de ces propres défaites. J'espère qu'où se souviendra que ce n'est pas moi qui raisonne ainsi , mais le sophiste de cour, qui préfèjpe un grand terri*toire et peu de sujets pauvres et soumis, à l'empire inébranlable que donnent au prince la justice et les loi%sur un peuple heureux et florissant.

C'est encore par le même principe qu'il réfute en lui-môme Tairgumént tiré de la suspéhsion du. corn* merce^ de la dépc^ulation, du dérangement des finances ^ etdes pertes réelles que cause une vaine oon^

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quête. C'est un calcul, très fautif que d'évaluer toujours en argent les gains ou les pertes des souverains ; le degré de puissance qu ils ont en vue ne se compte point par les millions qu'on possède. • Le prince fait toujours circuler ses projets; il veut commander pour s'enrichir, 'et s'emichir pour commander; il sacrifierez tour-à-tour l'un et l'autre pour acquérir celui des deux qui lui manque : mais' ce n est qu'afin de parvenir à les posséder enfin tous les deiix ensemble qu'il les poursuit séparément ; car , pour être le maître dès hommes et des choses , il faut qu'il ait à-la«-fois l'em- {rire et l'argent.

Ajoutons enfin, sur les grands avantages qui doivent résulter, pour le commerce , d'une paix générale et perpétuelle , qu'ils sont bien en eux-mêmes certains et incontestables , mais qu'étant communs à tous ils ne seront réels pour pei'sonne , attendu que de tels avantages ne se sentent que par leurs différences , et que pour augmenter sa puissance relative, on ne doit chercher que des biens exclusifs.

Sans cesse abusés par l'apparence des <;hoses , les princes rejetteroient donc cette paix, quand ils pèse^ roîent leurs intérêts eux-mêmes : que^ sera-ce quand ils les f<çroQt peser par leurs ministres , dont les intérêts sont toujours opposés à ceux du peuple , c^ presque toujours à ceux du prince? Les ministres ont besoin -de la guerre pour se rendre nécessaires , pour jeter le prince dans des embarras dont il ne se puisse tirer sans eux , et pour perdre l'état, s'il lefiiut, plutôt que leur place; ils en ont besoin pour yexeir le peuple sous prétexte des èécessités publiques; /ils en ont

besoin . pour placer ieurs. créatarès , gagner sur les marchés, et faire en secret mille odieux monopoles; ils en. ont besoin pour satisfaire leurs passions, et s'expulser mutuellement; ils en ont besoin four s'emparer xhi prince en lé tii^nt de la cour quand il s'y forme contre eux des intrigues dangereuses : ils perdroient toutes ces ressources par la paix perpétuelle. Et le public ne laisse, pas de demander pourquoi , si ce projet est possible , ils ne Tout pas adopté. Il ne voit pas quril n'y a rien d'impossible dans ce projet , sinon qu'il soit adopté pair eux. Que feront-ils donc pour s'y opposer? ce qu'ils ont toujours fait; ils le tourneront en ridicule.

Il ne faut pas non plus croire avec l'abbé de Saint- Pierrej[}U e ^ même avec 1 a bonne volonté que les princes ni leurs ministres*n'auront jamais, il fût aisé de trouver un moment favorable à l'exécution de ce système; car il faudroit pour cela que la somme des intérêts particuliers ne l'emportât pas sur l'intérêt cpmipun , et que chacun crût voir dans le bien de tous le plus grand bien qu'il peut espérer pour lui-même. Or, çed demandé un concours de sagesse dans tant de têtes , et un concours de riqipports. dàps tant d'intérêts , qu'on ne doit guère espérer d.u hasard l'accord. fortuit de toutes les circonstances nécessaires : Cependant si cet accord n'a pas Ueu , il n'y a que la force qui puisse y suppléer; et alors il n'est. plus question de persuader, mais de contraindre , et il ne fautplu^ écrire des livxes ,

maïs lever des trOûpes.

Âjinsi, quoique le projet fût très sagè,> les moyens de l'exécuter se sentoient de la siinpUcité de l'auteur.

Il s'imaginoit bonnçinent qu'il ne falloit qu assembler un congrès , y proposer ses articles , qu'on les alloit. signer, et que tout seroit fidt, Convenons qu8 , dans tous les projets de cethonrïête homme , il voyoit assez bien FefFet des choses quand elles seroient établies, mais il jugeoit comme un en£a^nt des moyens de les établir.

Je ne^Voudrois, pour prouver que le projet de la république chrétienne n'est pas chimérique, que nommer son premier auteur : car assurément Henri IV n etoit pas fou , ni Sully visionnaire. L abbé de Saint Pierre s autorisoit de ces grands noms pour renouve* 1er leur système. Mais quelle différence dans le temps , dans les circonstances, dans la proposition, dans la manière delà faire, et dans son auteur ! Pour en juger, jetons un co]}p d'œil sur la situation générale des choses au moment choisi par Henri IV pour l'exécution de son projet.

La grandeur de Charles-Quint, qui régnoit sur une partie du monde et fiedsoit trembler l'autre, l'avoitfait aspirer à la monarchie universelle avec de grands moyens de succès et de grands talents pour les^ employer ; son fils , phis riche et moins puissant , suivant sans relâche un projet qu'il n'étoit pas capable d'exécuter, ne laissa pas de donner à l'Europe des inquiétudes continuelles; et la maison d'Autriche avoit pris jin tel ascendant sur les autres puissances, que {lul prince ne régnoit en sûreté s'il n'étoit bien avec elle. Philippe III , moins habile encore que son père , hérita de toutes ses prétentions. L'effroi de la puissance

espagnole tenoit encore l'Europe en respect, et l'Es-

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pagne continuoit à dominer plutôt par l'habitude de commander que par le pouvoir de se faire obéir. En effet, IS réyolte des Pays-Bas , les armements contre TÂngleterre, les guerres civiles de France, avoient épuisé les forces d'Espagne et les trésors des Indes; la maison d'Autriche, partagée en deux branches, nagissoit plus avec le même concert; et, quoique Tem*-, pereur s'efforçât de maintenir ou recouvrer en Allemagne l'autorité de Charles-Quint, il ne faispit qu'aliéner les princes et fomenter des ligues qui ne tardèrent pas d'éclore et faillirent à le détrôner. Ainsi se préparoit de loin la décadence de la maison d'Autriche et le rétablissement de la liberté commune. Cependant nul n'osoit le premier hasarder de secouer le joug , et s'exposer seul à la guerre; l'exemple de Henri IV même, qui s'en étoit tiré si mal , ôtoit^le courage à tous les autres. D'ailleurs , si l'on excepte le duc de Savoie , trop faible et trop subjugué pour rien entreprendre, il n'y avoit pas parmi tant de souverains un seul ho^nme de tête en état de former et soutenir une entreprise; chacun attendoit du temps et des circonstances le moment de briser ses fers. Voilà quel étoit en gros l'état des choses quand Henri forma le plan de la république chrétienne, et se prépara àl'exécvLtfiv. Projet bien grand , bien admirable en lui-même , et dont je ne veux pas ternir l'honneur, mais qui, ajaDt pour raison secrète l'espoir d'abaisser un. ennemi redoutable, recevoitde ce pressant motif ime activité qu'il eût difficilement tirée de la seule utilité commune. %

Voyons maintenant queb moyen» ce grand homme

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avoit employés à préparer une si haute entréprise. Je compterois volontiers pour le premier d'en avoir bien vu toutes les difficultés ; de telle sorte qu ayant formé ce projet dès son enfance, il le médita toute sayie, et réserva Texécution pour sa vieillesse : conduite qui prouve premièrement ce désir ardent et. soutenu qui seul , dans les choses difficiles , peut vaincre les grands obstacles; et, de plus , cette sagesjse patiente et réfléchie qui s aplanit les routes de longue main à force de prévoyance et de préparation. Car il y a bien de la différence pntre les entreprises nécessaires dans les* quelles la prudence même veut qu on donne quelque chose au hasard , et celles que le succès seul peut justifier, parcequ ayant pu se passer de les fiiire on na dû les tenter qu'à coup sûr. Le profond secret qu il garda toute^ sa vie, juscju au. moment de Texécutian , étoit encore aussi essentiel que difficile dans une si grande affaire, où le concours de tant de gens étoit nécessaire , et que tant de gens avoient intérêt de traverser. Il paroit que, quoiqu'il eût mis la plus grande partie de l'Europe dans son parti, et qu'il fût Ugué avec les plus puissants .potentats , il n'eut jamais qu'un seul confident qui connût toute l'étenâue de son plan; et^ par un bonheur que le ciel n'accorda quau meilleur des rois, ce confident fut un ministre intégre. Mais sans que rien transpirât de ses grands desseins , tout marchoiit en silence vers leur exécu* tion. Deux fois Sully étoit allé à Londres ; la partie étoit liée avec le roi Jacques , et le roi de Suéde étoit engagé de son côté : la ligue étoit conclue avec les protestants d'Allemagne : on étoit même sûr des prin-

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ces d'Italie , et tou» concouroient au grand but sans pouvoir dire quel il étoit , comme les ouvriers qui travaillent séparém«nt ànx pièces d'une nouvelle machine dont ils ignorent la forme et Tusage. Qu^est-ce donc qui favorisoit ce mouvement général? Étoh-ce la- paix perpétuelle, que nul ne prévoyoit et dont peu se seroient souciés? Étoit-ce Fintérét public, qui n'est jamais celui de personne? L'abbé de $$dnt-Pierre eût pu l'espérer. Mais réellement chacun ne travailloit que dans la vue de son intérêt particulier, que Henri avoit eu le secrçt de leur montrer à tous sous une iaqe très attrayante. Le roi d'Angleterre avoit à se délivrer des continuelles conspirations des catholiques de son royaume , toutes fomentées par l'Espagne. Il trouvoit de plus un grand avantage à l'afFrancMssement des Proviùces-Unies , qui lui coûtoient beaucoup à soutenir , et le mettoient chaque jour à la veille d^une guerre qu'il redoutoit, ou à. laquelle il aimoit mieux contribuer une fois avec tous les autires, afin de. s'en délivrer pour toujours. Le roi de Suéde vouloit s'assurer de la Poméranie et mettre un pied dans l'Allemagne. L'électeur palatin , alors protestant et chef de la confession d'Ausbourg, avoit des vues sur la Bohême et entroit dans toutes celles du roi d'Angleterre. Les princes d'Allemagne avoient à réprimer les usurpations de la maison d'Autriche. Le duc de Savoie obtenoit Milan et la couronne de Lombardie^ qu'il desiroit avec ardeur. Le pape même, fatigué de la tyrannie espagnole , étoit de la partie au moyen du royaume de Naples qu'on lui avoit promis. Les HoUandois, mieux payés que tous les autres, ga-

gnoieht Tassurance de. leur liberté. Enfin, outre tMn<* térêt commun d'abaisser une puissance orgueilleuse qui vouloit dominer pjartout, chacun en avoit un particulier , très vif, très sensible , et qui n étoit point balancé par la créante de substituer un tyran à laùtre , puisqu'il étoit convenu que les conquêtes seroient partagées entre tous les alliés, excepté'la France et TAngléterre, qui ne pouvoient rien garder pour elles. C'en étoit a^ez pour calmer les plus inquiets sur Falnbition de Henri IV. Mais ce sage prince n'ignoroit pas qu'en ne se réservant rien par ce traité , il y gagnoit pourtant plu^^ qu'aucun autre; car, sans rien ajouter à son patrimoine,, il lui suffisoit de diviser celui du seul plus puissant que lui , pour devenir le plus puissant lu^même ; et l'on voit très clairement qu'en pre^ nsmt toutes les précautions qi^i pouvoient assurer le succès de l'entreprise, il ne négligeoit pas celles qui dévoient lui donner la primauté dans le ^orps qu'il vouloit instituer.

De plus , ses apprêts ne se bornpient point à former au-dehbrs des ligues' redoutables, ni à contracter alliance avec ses voisins et ceux de son ennemi. En intéressant tant de peuples à l'abaissement du premier potentat de l'Europe , il n'oublioit pas de se mettre en état par lui-même de le devenir à son tour. Il employa quinze ans de pai'x à faire deé préparatifs dignes de l'entreprise qu'il médîtoit. Il remplit d'argent ses coffres , ses arsenaux d'arttllene , d'armes , de munitions ; il ménagea de loin des ressources pour les besoins im^prévus : mais il fit plus que tout cela sans doute en gouvernant sagement ses peuples, en déracinant in-^

sensiUement toutes les semencies de divisions , et en mettant un si bon ordre à ses finances , qu elles pus» sent fournir à tout sans £3uler ses sujets; de sorte que , tranquille au^^dans et redoutable au-*dehors, il se vit en état d'armer et d'entretenir sôixapte mille hommes et vingt vaisseaux de guerre ^ de quitter son royaume sans y laisser la moindre source de désordre , et de £stire la guerre durant six aas sans toucher à ses revenus ordinaires ni mettre un sou de nouvelles impositions.

A tant de préparatifs, ajoutez , pour la conduite de Tentreprise , le même zélé et la même prudence qui lavoient formée, tant de la pai^t de son ministre que de la sienne; enfih, à la. tête des ei^péditions militaires , un capitaine tel que lui , tandis que son adversaire n'en aymt plus à lui opposer : et vous jugerez si rien 4e ce qui peut annoncer un heureux succès manquoit à Tespoir 4^ sien. Sans avoir pénétré ses vues, TEu* rope attentive à ses immenses préparatifs en . attendait Teffet avec une sorte de frayeur. Un léger »prétexte alloit commencer cette grande révolution; une guerre , qui devoitétre la dernière, préparoit une paix immortelle , quand un événement dont Fhorrible mystère doit augmenter l'eflroi vint bannir à jamais le dernier espoir du monde, hë mêmé^^oup qid trancha les jours de ce bon roi replongea TEucc^ dans de* temelles guerres qu'elle ne doitpiùis espérer de voir finir. Quoi qu'il en soit, voilà les moyens que Henri IV avdit rassemblés pour former le même établissement que l'abbé de Saint-Pierre prétendoit fisiire avec un livre.

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Qu'on ne dise donc point que si son système n'a pas été adopté , c'est qu'il n'étoit pas bon ; qu'on dise au contraire qu'il étoit trop bon pour être adopté; car le mal et les abus , dont tant de gens profitent , s'introduisent d'eux-mêmes. Mais ce qui est utile au public ne s'iiitroduit guère que par la force , attendu que les intérêts particuliers y Siont presque toujours opposés. Sans doute la paix perpétuelle est à présent un projet bien ai>surde; mais qu'on nous rende un Henri IV et un Sully , la paix perpétuelle redeviendra un projet raisonnable : ou pli^tôt admirons un si beau plan , mais consolons-nQU3 4e ne pas le voir exécuter; car cela ne peut se faire que par des moyens violents et redouted>ks à l'humanité.

On ne voit point de ligues fédératives s'établir autrement que par des révolutions : et , sur se principe , qui de nous oseroit dire si cette ligue européenne est à désirer ou à craindre? Elle feix)it peut-être |Jus de mal tout d'un coup qu elle n'en préviendroit pour des siècles.

POLYSYNODIE

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