‹ Extrait du Projet de Paix PerpetuelleChapitre 50 sur 200 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

Dn peuple.

• Comme , avant d'élever un grand édifice, l'architecte observe et sonde le sol pour voir s'il en peut soutenir le poids, le sage instituteur ne commence pas par rédiger de bonnes lois en elles-mêmes, mais il examine auparavant si le peuple auquel il les destine est propre à les supporter. Cfest pour cela que Platon re£iisa de donner des lois aux Arcadiens et aux Cyréniens, sachant que ces deux peuples étoient riches et ne pouvoient soufirir l'égalité : c'est pour cela qu'on vit en Crète de bonnes lois et de méchants hommes , parce-

* Célèbre théologien anglois mort en 1 779, principalement eonnn par un traité intitulé, La divine mission de Moïse y 3 vol. ▼. 10

l46 DU CONTRAT SOCIAL.

que Minos n aToit disdpHné qu^an peuple chargé de vices.

Mille nations ost brillé snr la terre , qnî n anroient jamais pu soufirir de bonnes lois; et celles même qui lauroient pu i^'ont eu, dans toute leur durée, qu un * temps fort court pour cela. La plupart des peuples, ainsi que des hommes, ne sont dociles que dans leur jeunesse; ils deviennent incorrigibles en vieillissant. Quand une fois les coutumes sont établies et les préjugés enracinés, c'est une entreprise dangereuse et vaine de vouloir les réformer; lé peuple ne peut pas même soufifrir qu'on touche à ses maux pour les détruire, semblable à ces malades stupides et sans courage qui frémissent à laspect du médecin.

Ce n'est pas que, comme quelques maladies bouleversent la tète des hommes et leur ôtent le souvenir du passé , il ne se trouve quelquefois dans la durée des états des époques violentes où les révolutions font sur les peuples ce que certaines crises font sur les individus , où rhorreur du passé tient lieu d'oubli , et où l'état, embrasé par les guerres civiles, rienalt pour ainsi dire de sa ceindre , et reprend la vigueur de la jeunesse en sortant des bras de la mort. Telle fut Sparte au temps de Lycurgue , telle fut Borne après les Tarquins , et telles ont été parmi nous la Hollande et la Suisse après l'expulsion des tyrans.

Mais ces évén^nents sont rares ; ce sont des exceptions dont ta raison se trouve toujours dans la consd^ tution particulière de l'état excepté. Elles ne sauroient même avoir lieu deux fois pour le même peuple; car il peut se rendre libre tant qu'il n'est que barbaj^, mais

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