LIVRE II, CHAPITRE X. l
partie aux productions de la terre, que les hommes doivent être plus rassemblés pour repousser les pirates, et qu'on a d'ailleurs plus de facilité pour délivrer le pays, par les colonies , des habitants dont il est surchargé.
A ces conditions pour instituer un peuple il en faut ajouter une qui ne peut suppléer à nulle autre, mais sans laquelle elles sont toutes inutiles; c'est qu'on jouisse de l'abondance et de la paix ; car lé temps où s'ordonne un état est, comme celui où se forme un bataillon , l'instant où le corps est le moins capable de résistance et le plus facile à détruire. On résisteroit mieux dans un désordre absolu que dans un moment de fermentation , où chacun s'occupe de son rang et non^lu péril. Qu'une guerre , une famine, «ne. sédition survienne en ce temps de crise, l'état est infailliblement renversé.
Ce n'est pas qu'il n'y ait beaucoup de gouvernements établis durant C€|S orages ; mais alors ce sont ces gouvernements mêmes qui détruisent l'état. Les usurpateurs amènent ou choisissent toujours ces t^nps de troubles pour faire passer, à la faveur de l'effroi public, des lois destructives que. le peuple n'adopteroit jamais de sang froid. Le choix du moment de l'institution est un des caractères les plus sûrs par lesquels on peut distinguer l'çeuvre du législateur d'avec celle du tyran.
Quel peuple est donc propre à la législation? Celui qui , se trouvant déjà lié par quelque union d'origine , d'intérêt ou de convention, n'a point encore porté le vrai jpug des lois; celui qui n'a ni coutumes, ni
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supersdtkms bien enracinées; cdoi qui ne craint pas tl'étre accablé par une invasion subite ; qui , sans entrer dans les querelles de ses voisins, peut résister seul « chacun d'eux, ou s aider de Tun pour repousser Tau» tre; celui dont chaque membre peut être ooonii de tous y et où Ton n'est point forcé de charger un homme d'un plus grand fardeau qu'un hoûimene peut porter; celui qui peut se passer des autres peuples, et doiu fout autire peuple peut se passer >; celui qui n'est ni riche ni pauvre, et peut se suffire à lui-même ; enfin celui qui réunit la coosistance d'un ancien peuple avec la docilité d'un p^euple nouveau. Ge qui rend pénible l'ouvrage de la législation est moins ce qu'il faut établir que ce qu'il feut déttwre; et ce qui rend le suoces si rare , c'est l'impossibilité de trouver la siaaplicité de la nature jointe aux besoins de ta société. TouM^ ces conditions , il est vrai , se trouvent difficilement rassemblées : aussi voit-on peu d'états bien constitués. Il est encore en Europe un pays capable de lé^^*tion ; c'est l'Ile de Corse. La valeur et la constance avec laquelle ce brave peuple a stt recouvrer et dé^ fendre sa liberté , mériteroit bien que quelque homme
' Si de deux peuples voisins l'un ne pouvoit se passer de Tauire , ce seroit une situation très dure pour le premier, et très dangereuse pour le second. Toute nation safl;e, en pareil cas, â'efforcera bien TÎte de délivrer ^aatre^de cette dépendance. La vépublique de Thlascala , enclavée dans Teinpire du Mejuque., aima mieax se passer de sel que d*en acheter des Mexicains, et même que d*en accepter gratuitement. Les sages ThJascalans virent le piège caché sous cette libéralité. Ils se conservèrent libres ; et ce petit état , enfermé dans ce grand -empire , Rit enfin Tinâtrumeut de sa ruine.
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^age lui apfnit à la conserver. J^ai quelque pressentiment qu'un jour cette petite île étonnera FËurope.