CHAPITRE XL
Des divers systèmes de législation.
Si Ton recherche en quoi consiste précisément le plus grand bien de tous, qui doit être la fin de tout système de législation, on trouvera quil se réduit à ces deux objets principaux , la liberté et Yégalité : la liberté, parceque toute dépendance particulière est autant de force ôtée au corps de Tétat ; Tégalité, parceque la liberté ne peut subsister sans elle. . ' J'ai déjà dit ce que c'est que la liberté civile : à l'égard de l'égalité , il ne faut pas entendre par ce mot que les degrés de puissance et de richesse soient absolument les même^; mais que, quant à la puissanc<(, elle soit au^essus de toute violence, et ne s'exerce jamais qu'en vertu du rang et des lois; et, quant à la richesse, que nul citoyen ne soit assez opulent pour an pouvoir acheter un autre , et nul assez pauvre pour être contraint de ise vendre ^ : ce qui suppose , du côté des grands, modération de biens et de crédit, et, du côté des petits, modération d'avarice et de convoitise.
' Vtotilez-vous donc donner à l*état de la consistance , rapprochez les degrés extrêmes autant qu'il est possible ; ne souffrez ni des gens opulents ni des guettt. Ces detiiL états, naturellement in- 'sépalrables, sont égaleknebt funestes au bien commun; de Tun sortent les fauteurs de la tyrannie , et de fautre les tyrans i c'est toujours entre eux que se fait le trafic de la liberté pubïi<]pie ; Vuti l'achète, et l'autre la vend.
l56 DU CONTRAT SOCIAL.
Cette égalité , disent-ils , est une chimère de spéculation qui ne peut exister dans la pratique. Mais si Tabus est inévitable, s'en3uit-il qu'il ne faille pas au moins le régler? C'est précisément parceque la fcnrce des choses tend toujours à détruire Tégalité que la force de la législation doit toujours tendre à la maintenir.
Mais ces objets généraux de toute bonne institution doivent être modifiés en chaque pays par les rapports qui naissent tant de la situation locale que du caractère des habitants , et c'est sur ces rapports qu'il fisiut assigner à chaque peuple un système particulier d'institution , qui soit le meilleur y non peutêtre en lui-même, mais pour l'état auquel il est destiné. Par exemple , le sol est-il ingrat et stérile , ou le pays trop serré pour les habitants , tournez-vous du côté de l'industrie et des arts , dont vous échangerez les productions contre les décorées qui vous manquent. Au contraire , occupez-vous de riches plaines et des coteaux fertiles ; dans un bon terrain , manquez-vous d'habitants , donnez tous vos soins à l'agriculture , qui multiplie les hommes, et chassez les arts, qui n^ feroient qu'achever de dépeupler le pays en attroupant sur quelques points du territoire le peu d'habitants qu'il a ^ Occupez-vous des rivages* étendus et commodes, couvrez la mer de vaisseaux, cultivez le
' Quelque branche de commerce extérieur , dit M. d'Argenson , ne répand guère qu une fausse utilité pour un royaume en général : elle peut enrichir quelques particuliers, même quelques villes; mais la nation entière n*y gagne rien , et le peuple n en est pas ■lieux.