‹ Extrait du Projet de Paix PerpetuelleChapitre 78 sur 200 · LIVRE m, CHAPITRE VllI · texte numérisé non relu

LIVRE m, CHAPITRE VllI

donne beaucoup de produit pour peu de travail , veu* lent être gouvernés monardiiquement, pour oon* sumar par le luxe du prince Texcès du superflu des sujets; car il vaut mieux que cet excès soit absorbé par le gouvernement que dissipé par les particuliers. Il y a des exceptions , je le sais : mais ces exeeptiouB mêmes confirment la régie , en ce qu'eHes produisent tôt ou tard des révolutions qui ranénent les dioses dans Tordre de la nature.

Distinguons toujours les lois générales des causes particulières qui peuvent en modifierreffet. Quand tout le Midi seroit couvert de répubUques , et tout le Nord d'états despotiques, il n'en seroit pas moins .vrai que , par Féfiet du climat, le despotisme convient aux pays chauds , la barbarie aux pays froids , et la bonne peUtie atix régions intermédiaires. Je vois enccN*e qu'en accordant le principe , on pourra disputer sur TappU* cation : on pourra dire qu'il y a des pays froids très fertiles, et des méridionaux très ingrats. Mais cetie diffieuké n'en est une que pour ceux quji n'exaaninent pas h. chose dans tous ses rapports. Il faut, comme je Tai déjà dit, comj^ter ceux des travaux , des forces, dé la consommation , etc.

Supposons (pie de deux teirains égaux l'un rapporte cfaiq et l'autre dix. Si les habitants du premier consomment quatre et ceul du denier neuf, Feiioès du premier produit s^^ra un cinquième, et celui du second un dixièn^e. Le rapport de ces deux €9ceàs étant donc inverse de celui des produits, le terrain qui*ne produira q^e cinq-donn^raim superflu docMe decdui dii^terrain qui produira Ax. -

igi DU CONTRAT SOCIAL.

Mais il n'est pas question d un produit double , et je ne crois pas que personne ose mettre en général la fertilité des pays froids en égatité même avec celle des pays chauds. Toutefois supposons cette égalité; laissons, si Ton veut, en balance l'Angleterre avec la Sicile , et la Pologne avec TÉgypte : plus au Midi , nous aurons l'Afrique et les Indes , plus au Nord , nous • n aurons plus rien. Pour cette égalité de produit , quelle différence dans la culture! En Sicile il ne faut que gratter la terre; en Angleterre que de soins pour la labourer! Or, là où il faut plus de bras pour donner le même produit, le superflu doit éu^e nécessairement moindre.

Considérez, outre cela, que la même quantité d'hommes consomme beaucoup moins dans les pays chauds. Le climat demande qu'on y soit sobre pour se porter bien : les Européens qui veulent y vivre comme chez eux périssent tous de dyssenterie et d'indigestion. Nous sommes , dit Chardin, des bêtes camas" Hères , des loups , en comparaison des Asiatiques* Quel" ques uns attribuent la sobriété des Persans à ce que leur pays est moins cultiifé; et moi y je crois au contraire que leur pays abonde moins en denrées^ parcequil en faut moins aux habitants. Si leur frugalité y continue-t-il , étoitun effet de la disette du pays , iV njr auroit que les pauvres qui mangeroientpeUj au lieu que c est générale' ment tout le monde; et on mangeroit plus, ou moins en chaque province ^ selon lafrrtilité du pays , au lieu que la même sobriété se trouve par tout le royaume. Ils se louent fort de leur manière de vivre , disant quil nejuut que regarder leur teint pour recênnoitre combien elle est plus

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