MUSÉE DE PROVINCE
En voyage. —Juillet 1882.
J'étais tout seul dans la grande salle du musée de C. . . à me promener de tableau en tableau, abandonné par le gardien qui est en même temps le concierge de la Faculté.^ Le palais académique de C. . . sert à deux fins, comme le concierge lui-même. Au rez-de-chaussée les baccalauréats tiennent leur session ; au premier étage, c'est la bibliothèque, et au second, c'est le musée. Un silence infini enveloppait cette galerie provinciale par l'après-midi où je la visitais, et toujours je revenais à une peinture, délicieuse entre toutes, due à quelque maître inconnu du quinzième siècle et qui représentait une madone adorée par deux anges dans un fin paysage. Un peu gauche et maniérée, la Vierge ouvre ses yeux bruns avec une douce candeur, inclinant sur la droite sa tête placide que couronnent les bandeaux modestes de ses cheveux roux ; et c'est, répandue sur ce visage reposé, sur ces mains qui tiennent presque avec maladresse l'enfant Sauveur, sur ce corps tout jeune et qu'une draperie verte brodée d'un galon d'or passé dessine chastement, une sérénité aussi lumineuse que la transparente clarté dont le paysage si intime à la fois et si
1 The Facultés (i.e., Law, Medicine, Philosophy, Sciences and Theology) are distributed over the cities of France, without forming universities ; they are ail parts of the Université de France. A strong movement is now on foot (1894) to reëstablish separate universities.