TEARS, IDLE TEARS
Quand tes yeux s'ouvriront sur un beau paysage Si le ravissement te fait verser des pleurs, Ne retiens pas ces pleurs, mon enfant, sois plus sage, Et ne te raille pas de ces vaines douleurs.
Ces larmes sans objet, ces angoisses divines Qui nous prennent devant Tocéan et les cieux, Cette extase sans nom qui court dans nos poitrines Comme un frémissement triste et délicieux.
Tout cela vient du cœur, ô mon enfant chérie. De notre cœur toujours blessé, toujours aimant, Faible cœur qui répugne au travail de la vie, Et que toute beauté trouble trop fortenient.
Sous le masque glacé que nous a mis le monde. L'être inquiet, malade et plaintif, vit toujours. Et c'est assez du choc d'une beauté profonde Pour qu'il palpite et vibre ainsi qu'aux premiers jours.
Les mots qu'il a sentis et qu'il n'a pas su dire. L'âme qu'il avait là, mais que nul n'a su voir. Voilà ce qui le fait sangloter et sourire, — Sans raison, — de désir, d'effroi, de désespoir.
Quand tes yeux s'ouvriront sur un beau paysage, Dis-toi que nous avons ensemble contemplé Plus d'un pays charmant, délicat ou sauvage ; Et que mon souvenir à tes pleurs soit mêlé !
MICHEI^ANGE.1
A F, Brunetière»
Non, malgré ton front triste et ton maigre visage, Sombre Buonarotti, je ne te plaindrai pas.
Titan de TArt, jamais tu n'as senti tes bras Défaillir, ni le cœur te manquer à Touvrage.
Fier et robuste ainsi qu'un homme d'un autre âge. Nuit et jour, tu suffis aux plus rudes combats, Et quatre-vingt-dix ans n'avaient point mis à bas Ton corps aussi puissant que ton cœur fut sauvage.
Ceux-là seuls sont à plaindre, à qui, pour vaincre enfin
La matière rebelle à leur esprit divin.
Ta vigueur et ta foi ne furent pas données,
Eux qui, brisés devant leurs rêves les plus beaux, Sentent pour quelques nuits au travail obstinées La folie et la mort monter à leurs cerveaux.