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8. La Russie; Lettre LI : « Le prince qui règne à présent a voulu tout changer.... Il s'attache à faire fleurir les arts, et ne néglige rien pour porter dans l'Euroiie et l'Asie la gloire de sa nation, oubliée
ÉLOGE DE MONTESQUIEU
sente le germe de ces idées lumineuses, développées depuis par l'auteur dans son grand ouvrage*.
Ces différents sujets, privés aujourd'hui des grâces de la nouveauté qu'ils avaient dans la naissance des Lettres Persanes^ y conserveront toujours le mérite du caractère original qu'on a su leur donner : mérite d'autant plus réel, qu'il vient ici du génie seul de l'écrivain, et non du voile étranger dont il s'est couvert ; car Usbek a pris, durant son séjour en France, non seulement une connaissance si parfaite de nos mœurs, mais une si forte teinture de nos manières, que son style fait souvent oublier son pays. Ce léger défaut de vraisemblance peut n'être pas sans dessein et sans adresse : en relevant nos ridicules et nos vices, il a voulu sans doute aussi rendre justice à nos avantages. Il a senti toute la faveur d'un éloge direct; et il s'en est plus finement acquitté, en prenant si souvent notre ton pour médire plus agréablement de nous*.
Malgré le succès de cet ouvrage, M. de Montesquieu ne s'en était point déclaré ouvertement l'auteur. Peut-être croyait-il échapper plus aisément par ce moyen à la satire Hltéraire, qui épargne plus volontiers les écrits anonymes, parce que c'est toujours la personne, et non l'ouvrage, qui est le but de ses traits. Peut-être craignaitil d'être attaqué sur le prétendu contraste des Lettres Persanes avec l'austérité de sa place : espèce de reproche, disait-il, que les critiques ne manquent jamais, parce qu'il ne demande aucun effort d'esprit '. Mais son secret était découvert, et déjà le public le montrait à l'Académie française. L'événement fit voir combien le silence de M. de Montesquieu avait été sage. Usbek s'exprime quelquefiois assez librement, non sur le fond du christianisme, mais sur des matières que trop de personnes affectent de confondre avec le christianisme même; su»
i. V Esprit des Jjoi s. C/. ici, p. 278.
^. Cf. J7/t/ro(/ticfion de Monlvsçujou ; Jci, p. 2b6.