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cf. les CoiwMléi'alions, v- v
PAR D'ALÉMBERT. 9
l'esprit de persécution ddnt tant de chrétiens ont été animés; sur les usurpations temporelles de la puissance ecclésiastique; sur la multiplication excessive des monastères, qui enlève des sujets à l'État sans donner à Dieu des adorateurs; sur quelques opinions qu'on a vainement tenté d*ériger en dogmes; sur nos disputes de religion, toujours violentes et souvent funestes. S'il paraît toucher ailleurs à des questions plus délicates, et (|ui intéressent de plus près la religion chrétienne, ses réflexions, appréciées avec justice, sont en effet très favorables à la Révélation, puisqu'il se borne à montrer combien la raison humaine, abandonnée à elle-même, est peu éclairée sur ces objets. Enfin, parmi les véritables lettres de M. de Montesquieu, l'imprimeur étranger en avait inséré quelques-unes d'une autre main, et il eût fallu du moins, avant que de condamner l'auteur, démêler ce qui lui appartenait en propre*. Sans égard à ces considérations, d'un côté la haine sous le nom de zèle, de l'autre le zèle sans discernement ou sans lumières se soulevèrent et se réunirent contre les Lettres Persanes. Des délateurs, espèce d'hommes dangereuse et lâche, que même dans un gouvernement sage on a quelquefois le malheur d'écouter, alarmèrent par un extrait infidèle la piété du ministère*. M. de Montesquieu, par le conseil
1. En 175i, Montesquieu fit publier, toujours sous la rubrique de Marteau, à Coloj;ne, un Sit])plément au.t l^e tires Persanes. U y njoutn onze lettres, inséra quelques variantes et lit précéder son livre de quelques téflexùms, où il raconte b's supercheries tentées par les libraires, dès 1721, |>our ffrossir son livre de lettres apocryphes : « Les Lellres Persanes eurent d'abord un débit si prodigieux, (pie les libraires mi-
traient : «t Monsieur », disaient-ils, « faites-moi des Lettres Persanes.»
Mais ce que je viens de dire suflit pour faire voir qu'elles ne sont susceptibles d'aucune suite, encore moins d'aucun mélange avec des lettres écrites d'une autre main, tpielque ingénieuses qu'elles puissent ôtre. » II fut imprimé ((Pologne, Marteau) des Lettres Turques en i74i.
2. On a trouvé dans les Pensées de Montes(\w\çtw ç-'a sowxvïçCw \ rent tout en usage pour en avo\r \ *Lorsï\v\viY»îvv\^'&w<i<îfes'îsfts\jtVV.vv'& (les suites. Us a/J.tient tirer par \a \ Persanes V^ws \»fôvi\.-yvx^ ^.x'^NsNVi manche tous ceux qu'ils rencou- \ que V^''^^'^ ^"^ \«5»^^'>^V ^'^ '^'^
ÉLOGE DE MONTESQUIEU
de ses amis soutenu de la voix publique', s*étant présenté pour la place de TAcadéniie française, vacante par la mort de M. de Sacy, le ministre* écrivit à celte compagnie que Sa Majesté ne donnerait jamais son agrément à l'auteur des Lettres Persanes : qu'il n'avait point lu ce livre; mais que des personnes en qui il avait confiance lui en avaient fait connaître le poison et le danger. M. de Montesquieu sentit le coup qu'une pareille accusalion pouvait porter à sa personne, à sa famille, à la tranquillité de sa vie. Il n'attachait pas assez de prix aux honneurs littéraires, ni pour les rechercher avec avidité, ni pour affecter de les dédaigner quand ils se présentaient à lui, ni enfin pour en regarder la simple privation comme un malheur : mais l'exclusion perpétuelle, et surtout les motifs de l'exclusion, lui paraissaient une injure. Il vit le ministre, lui déclara que, par des raisons particulières, il n'avouait point les Lettres Persanes, mais qu'il était encore plus éloigné de désavouer un ouvrage dont il croyait n'avoir point à rougir, et qu'il devait être jugé d'après une lecture, et non sur une délation : le ministre prit enfin le parti par où il aurait dû commencer; il lut le Hvre, aima l'auteur, et apprit à mieux placer sa confiance'. L'Académie française ne fut point privée d'un de ses plus beaux ornements; et la France eut le bonheur do conserver un sujet que la superstition ou la calomnie étaient prêtes à lui faire perdre : car M. de Montesquieu avait déclaré au gouvernement, qu'après l'espèce d'outrage qu'on allait lui faire, il irait chercher, chez les
j'eus oblenu auelque estime de la part du public, celle des gens en place se refroidit; j'essuyai mille dégoûts. »
1. Elu une première fois en 1725, il ne fut pas agrée par le roi.