QUE LORSQU UN PEUPLE EST VERTUEUX IL FAUT PEU DE PEINES
Le peuple romain avait de la probité. Cette probité eut tant de force, que souvent le législateur n'eut besoin que de lui montrer le bien pour le lui faire suivre. Il semblait qu'au lieu d'ordonnances il suffisait de lui donner des conseils.
Les peines des lois royales et celles des lois des Douze
nellos; mais tous au contraire conrormaicnt leurs mœurs ù la religion. » 460 av. J.-C.
l.Tile-Live, livre II.] — Chap.
xxxii : Le peuple voulut tuer les consuls pour se délier du serment, de consulum caede ut solverentur saci'fimenlo. En 49-1 av. J.-C.
2. Ce n'est pas tout le peuple de Rome, mais quelques jeunes nobles qui formèrent ce projet do retraite. Scipion les alla trouver et les obligea à jurer, après lui, ni ego fvmpuàlicam populi Bomani
non deseram neque alinm civcm Romanum deserere palinr (Tilc- Live, XXII, Lv).
3. Montesquieu n'a rien dit, dans les Considérations, de jdùs én«'rj,'iquc ni de plus vrai. Il semble même, dans l'Esprit des Lois, se rendre plus compte qu'il ne l'avait fait auparavant, do la port»''n ot de rinlîuencc du sentinn.'nt loligieux,dontil a trop penparir dans SOS précédents \v\v<is. ÇX . Vulw^Awctimi aux Considération»., v* ^^ ^"^ suiv.
Tables furent presque toutes ôtées dans la république, soit par une suite de la loi Valérienne*, soit par une conséquence de la loi Porcie*. On ne remarqua pas que la république en fût plus mal réglée, et il n'en résulta aucune lésion de police.
Cette loi Valérienne, qui défendait aux magistrats toute voie de fait contre un citoyen qui avait appelé au peuple, n'infligeait à celui qui y contreviendrait que la peine d'être réputé méchant'. (Livre VI, chap. xi.)
A Rome, il était permis à un citoyen d'en accuser un autre. Cela était établi selon l'esprit de la république, où chaque citoyen doit avoir pour le bien public un zèle sans bornes, où chaque citoyen est censé tenir tous les droits de la patrie dans ses mains. (Livre VI, chap. vui, fragm.)
1. Elle fut faite par Valerius Piiblicola, bientôt après l'expulsion des rois; elle fut renouvelée deux fois, toujours par des magistrats de la même famille, comme ledit Tite-Live, liv. X. 11 nelait pas question de lui donner plus de force, mais d'en perfectionner les dispositions : diligentius sanctam, dit Tite-Live, ibidem.] — X, ix.
2. Lex Porcia pro terqo civiitm lata. Elle fut faite en '454 de la fondation de Uome.J — Il y eut trois lois Porciennes destinées à protéger le corps des citoyens {U'i'gum civitim, allusion à la destination des virgae des licteurs) :
elles sont de 198, 11)5 et 181 av.
J,-0. La date que donne Montesquieu (300 av. J.-C), est celle de la 3« loi Valérienne. Cf. note 3.
3. Nihil ultra quant impvobe fac- ////// acijecit /Tile-Li ve),] — Voici le
t'^xle de Tite-Live : on verra que
Montesquieu le suit de très m'es :
Soc/em a/iMo[500 av. J.-C.] M. Va
lerius constd de provocatione le- (jem tulii, diligeniius sanctam.
Tertio ea tum post reges exactot lata est^ semper a familia eadem [loi de 50y, par Valerius Publicola ; loi Valeria Horaiia^ de 449] . Causam renovandae saepius haud aliam fuisse reor,quam quodpliu paucorum opes, quam liber ta»
plebisy poterant. Porcia iamen lex sola pro tergo civium lata videlur : quod gravi jwena^ si qnis verberasset necassetve civem Humanum, sanxit. Valeria Ux^ quum eum, qui provocasset^ virgi»
caedi^ securique necari vetuisieL si quis adversus ea fecisset, nihii ultra, quam improbe factum^ adjecit. Ei Tite-Live conclut par ces mots, qui ont inspiré tout ce chapitre de Montesquieu : Id (qui tum pudur hominum erat) visum^credo^ vinculumsatis validum tegis: nunc vix seriu Ha minetur ^uisquam.
LE PEUPLE ROMAIN
* Tableau de la constitution romaine ^
I. — DU GOUVERNEMENT DES ROIS DE ROME, ET COMMENT LES POUVOIRS Y FURENT DISTRIBUES
Le gouvernement des rois de Rome avait quelque rapport à celui des rois des temps héroïques chez les Grecs*. Il tomba, comme les autres, par son vice général, quoique, en lui-même et dans sa nature particulière, il fût très bon.
Pour faire connaître ce gouvernement, je distinguerai celui des cinq premiers rois, celui de Servius Tullius, et celui de Tarquin.
La couronne ' était élective, et sous les cinq premiers rois, le sénat eut la plus grande part à l'élection.
Après la mort du roi, le sénat examinait si Ton garderait la forme du gouvernement qui était établie. S'il jugeait à propos de la garder, il nommait un magistrat*,
1. Dans ce chapitre et les suivants (tirés du livre XI, giir ta liberté poUtique)^ Montesquieu essaie de montrer comment <Uaient distribués à Rome, aux difTtVentes époques, les pouvoirs législatif, exécutif, judiciaire; cf. p. 91. Il venait de le montrer pour l'Angleterre (ici, p. 195). 11 aurait voulu faire ce môme travail pour tous les ^gouvernements modérés; il explique pourquoi il n'a pu le faire, p. 9i.
2. « Ils étaient rois, prêtres, juçes », dit Montesquieu de ces rois grecs (XI, xi).
3- Expression abusive. Les rois de Rome ne portaient pas de couronne et sans doute aussi pas de diadème.
4. Denys d'Haï icarnasse, liv. II, p. 120; et liv. IV, p. 242 et 2i3.] — tl,LVii; IV, Lxxvi.Cl'est le magistrat appelé interrex (cf. Consid., p. 87, n. 3). L'interroi était dépositaire des auspices, et lui seul avait qualité pour les transmettre. L'élection du roi avait lieu devant les chefs de famille assemblés sous les auspices de l'interroi. « Il déi)end de l'interroi de faire aussi large qu'il le veut la part du suffrage, et de s'assurer (iiie le roi nommé par lui, sous la garantie des auspices qu'il détient, est bien le candidat du peuple. 11 i)eut ae proposer ?lU1I. ç,\vc\«îk ^'Mï*:vîî«\v«^ qu'un se\\\ TioTO. ^V Vvv^ cv\viN««^ amsi VouVfi Vv\ifevV^^ W vr^^^^^ couUavre, \^v^%fc^ '^^^^^^ '^^^'"'^ "^
arriva quelquefois), que d'une révolte générale. Il respecta les traditions anciennes, et tous les monuments de la gloire ou de la vanilé des peuples. Les rois de Perse avaient détruit les temples des Grecs, des Babyloniens et des Égyptiens : il les rétablit*; peu de nations se soumirent à lui, sur les autels desquelles il ne fit des sacrifices. 11 semblait qu'il n'eût conquis que pour être le monarcpie particulier de chaque nation, et le premier citoyen de chaque ville. Les Romains conquirent tout pour tout détruire* : il voulut tout conquérir pour tout conserver; et quelque pays qu'il parcourût, ses premières idées, ses pi^ miers desseins furent toujours de faire quelque chose qui pût en augmenter la prospérité et la puissance. Il en trouva les premiers moyens dans la grandeur de son génie: les seconds, dans sa frugalité et son économie particulière', les troisièmes, dans son immense prodigalité pour les grandes choses. Sa main se fermait pour les dépenses privées : elle s'ouvrait pour les dépenses publiques. Fallait-il régler sa maison? c'était un Macédonien; fallaitil payer les dettes dos soldats, faire part de sa conquête aux Grecs, faire la fortune de chaque homme de son armée? il était Alexandre.
11 fit deux mauvaises actions : il brûla Persépolis, et tua Clitus. Il les rendit célèbres par son repentir : de sorle qu'on oublia ses actions criminelles, pour se souvenir (le son respect pour la vertu ; de sorte qu'elles furent considérées plutôt comme des malheurs que comme des choses qui lui fussent propres ; de sorte que la postérité trouve la beauté de son âme presque à côté de ses emportements et de ses faiblesses; de sorte qu'il fallut le plaindre, et qu'il n'était plus possible de le haïr.