‹ Extraits de l'esprit des lois et des œuvres diversesChapitre 20 sur 324 · Locke en 1704, Newton en · texte numérisé non relu

Locke en 1704, Newton en

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son propre pays. Il résultait, de ses observations, que TAllemagne était faite pour y voyager, Fltalie pour y séjourner, FAnglelerre pour y penser, et la France pour y vivre.

De retour enfin dans sa patrie, M. de Montesquieu se retira pendant deux ans à sa terre de La Brède. Il y jouit en paix de cette solitude que le spectacle et le tumulte du monde servent à rendre plus agréable* : il vécut avec lui-même, après en être sorti si longtemps ; et, ce qui nous intéresse le plus, il mit la dernière main à son ouvrage sur la cause de la grandeur et de la décadence des Romains, qui parut en 1734;'.

Les Empires, ainsi que les hommes, doivent croître, dépérir et s'éteindre'. Mais cette révolution nécessaire a souvent des causes cachées, que la nuit des temps nous dérobe, et que le mystère ou leur petitesse apparente a même quelquefois voilées aux yeux des contemporains ; rien ne ressemble plus, sur ce point, à l'histoire moderne que l'histoire ancienne. Celle des Romains mérite néanmoins, à cet égard, quelque exception : elle présente une politique raisonnée, un système suivi d'agrandissement, qui ne permet pas d'attribuer la fortune de ce peuple à des ressorts obscurs et subalternes. Les causes de la grandeur romaine se trouvent donc dans l'histoire, et c'est au philosophe à les y découvrir. D'ailleurs, il n'en est pas des systèmes dans cette étude comme dans celle de la physique. Ceux-ci sont presque toujours précipités, parce qu'une observation nouvelle et iniprévut; peut les renverser en un instant; au contraire, quand ou recueilh' avec soin les faits que nous transmet l'histoire ancieinic d'un pays, si on ne rassemble pas toujours tous les nialé-

1. Sur ce sf^jour à La Brède, cf. I 3. Cf. \itv ivv\V.t«i TÎiswssv.vi ^ç^ \a Considérations (notre édition), \ qrandear eV, Olg \tv décadence ^-îww^ Jfi/rof/uc/ion, p. x\i. \ \a Table des molières »\ft\^^vV- ^*^

2. Cf. iMdem, />. xmi. \ \i ^^ ^olY^i tOÀVXvkW, v'^"»^^ viV^>^>>*

M. — Esv. DES Lois. '-

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riaux qu'on peut désirer, on ne saurait du moins espérer d*en avoir un jour davantage. L'étude réfléchie de l'histoire, étude si importante et si difficile, consiste à combiner, de la manière la plus parfaite, ces matériaux défectueux : tel serait le mérite d'un architecte qui, sur des ruines savantes, tracerait de la manière la plus vraisemblable le plan d'un édifice antique, en suppléant, par le génie et par d'heureuses conjectures, à des restes informes et tronqués.

C'est sous ce point de vue qu'il faut envisager l'ouvrage de M. de Montesquieu. Il trouve les causes de la grandeur des Romains dans l'amour de la liberté, du travail et de la patrie, qu'on leur inspirait dès l'enfance ; dans la sévérité de la discipline militaire ; dans ces dissensions intestines, qui donnaient du ressort aux esprits, et qui cessaient tout à coup à la vue de l'ennemi; dans cette constance après le malheur, qui ne désespérait jamais de la république ; dans le principe où ils furent toujours de ne faire jamais la paix qu'après des victoires; dans Thonneur du triomphe, sujet d'émulation pour les généraux ; dans la protection qu'ils accordaient aux peuples révoltés contre leurs rois; dans l'excellente politique de laisser aux vaincus leurs dieux et leurs coutumes; dans celle de n'avoir jamais deux puissants ennemis sur les bras, et de tout souflrir de l'un jusqu'à ce qu'ils eussent anéanti l'autre. Il trouve les causes de leur décadence dans l'agrandissement même de l'Etat, qui changea en guerres civiles les tumultes populaires ; dans les guerres éloignées qui, forçant les citoyens à une trop longue absence, leur faisaient perdre insensiblement l'esprit républicain ; dans le droit de bourgeoisie accordé à tant de nations, et qui ne fit plus du peuple romain qu'une espèce de monstre à plusieurs têtes; dans la corruption introduite par le Juxe de FAsie; dans les proscriptions de Sylla, qui avilirent resprit de la nation, el \a ^vè^^T^Tç^wV. W«^ clavage; dans Ja nécessité où \es ^owv^wv?» ?»^ Ve^ï^^

Yèrent de souffrir des maîtres, lorsque leur liberté leur fut devenue à charge ; dans Tobligation où ils furent de changer de maximes en changeant de gou?ernement ; dans cette suite de monstres qui régnèrent, presque sans interruption, depuis Tibère jusqu*à Nerva, et depuis Commode jusqu'à Constantin; enûn, dans la translation et le partage de TEmpire, qui périt d*abord en Occident par la puissance des Bairbares, et qui, après avoir langui plusieurs siècles en Orient sous des empereurs imbéciles ou féroces, s*anéantit insensiblement, comme ces fleuves qui disparaissent dans des sables.

Un assez petit volume a suffi à M. de Montesquieu pour développer un tableau si intéressant et si vaste. Comme Fauteur ne s'appesantit point sur les détails et ne saisit que les branches fécondes de son sujet, il a su renfermer en très peu d'espace un grand nombre d'objets distinctement aperçus et rapidement présentés, sans fatigue pour le lecteur. En laissant beaucoup voir, il laisse encore plus à penser' : et il aurait pu intituler son livre. Histoire romaine à l'usage des hommes d'Etat et des philosophes.

Quelque réputation que M. de Montesquieu se fût acquise par ce dernier voyage et par ceux qui l'avaient précédé, il n'avait fait que se frayer le chemin à une plus grande entreprise, à celle qui doit immortaliser son nom et le rendre respectable aux siècles futurs. Il en avait dès longtemps formé le dessein ; il en médita pendant vingt ans l'exécution*; ou, pour parler plus exactement, toute sa yie en avait été la méditation continuelle'. D'abord il

1 .Réminiscence de Montesquieu ; cf. Esprit des Lois^ ici, p. 92.

3. Cf. ce que dit M. Bninctière, Questions de crifiaue, p. 96 : Sous

différents noms, tUoDiesquieu, en réalité, n'a jamais écrit qu'un

seul ouvrage; elles huit ou dix volumes de ses œuvres sont huit ou dix Considéralvons sv« Vis mêmes maUfetes ♦*, tV. '^.'^^\R^^'V- (XVm- «it*clc,v. ^^^*• * ^^ ^^^^^ livre (V Esprit des U«^ ^^V ^Tti.

un livre qu'une exi^V^tic,^ ♦ . ^«^^

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s'était fait en quelque façon étranger dans son propre pays, afin de le mieux connaître*. 11 avait ensuite parcouru toute l'Europe, et profondément étudié les différents peuples qui l'habitent. L'Ile fameuse, qui se glorifie tant de ses lois et qui en profite si mal*, avait été pour lui, dans ce long voyage, ce que l'ile de Crète fut autrefois pour Lycurgue, une école où il avait su s'instruire sans tout approuver. Enfin il avait, si on peut parler ainsi, interrogé et jugé les nations et les hommes célèbres qui n'existent plus aujourd'hui que dans les annales du monde ^. Ce fut ainsi qu'il s'éleva par degrés au plus beau titre qu'un sage puisse mériter, celui de législateur des nations.

S'il était animé par l'importance de la matière, il était effrayé en môme temps par son étendue : il l'abandonna et y revint à plusieurs reprises. 11 sentit plus d'une fois, comme il l'avoue lui-même, tomber les mains paternelles*. Encouragé enfin par ses amis, il ramassa toutes ses forces et donna V Esprit des Lois^.

est très vrai et on pourra voir, par les notes de ce volume, avec quelle complaisance il revient sur certains suiets (la dépopulation, la vertu cFiez les républiques, les Tartares, le suicide, etc.) dans ses trois grands ouvrages, et encore y revient-il dans ses moindres opuscules.

1. C'est là une manière fort ingénieuse de rattacher le ; Lettres Persanes à la préparation de ÏEsjfril (les Lois.

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