‹ Extraits de l'esprit des lois et des œuvres diversesChapitre 226 sur 324 · Ariens, méthodistes, quakers, wesleyens, presbytériens · texte numérisé non relu

Ariens, méthodistes, quakers, wesleyens, presbytériens

C'est surtout à partir de 1738 que le sentiment religieux se réveilla on Ançlolorre, en particulier sous

LE PEUPLE ANGLAIS. 217

Il ne serait pas impossible qu'il y eût dans cette nation des gens qni n'auraient point de religion, et qui ne voudraient pas cependant souffrir qu'on les obligeât à changer celle qu'ils auraient, s'ils en avaient une : car ils sentiraient d'abord que la vie et les biens ne sont pas plus à eux que leur manière de penser, et que qui peut ravir l'un peut encore mieux ôter l'autre.

Si parmi les différentes religions, il y en avait une à rétablissement de laquelle on eût tenté de parvenir par la voie de l'esclavage, elle y serait odieuse ; parce que, comme nous jugeons des choses par les liaisons et les accessoires que nous y mettons, celle-ci ne se présenterait jamais à l'esprit avec l'idée de liberté.

Les lois contre ceux qui professeraient cette religion ne seraient point sanguinaires : car la liberté n'imagine point ces sortes de peines ; mais elles seraient si réprimantes, qu'elles feraient tout le mal qui peut se faire de sang-froid*.

n pourrait arriver de mille manières' que le clergé aurait si peu de crédit que les autres citoyens en auraient davantage. Ainsi, au lieu de se séparer, il aimerait mieux supporter les mêmes charges que les laïques, et ne faire à cet égard qu'un même corps : mais comme il chercherait toujours à s'attirer le respect du peuple, il se distinguerait par une vie plus retirée, une conduite plus réservée, et des mœurs plus pures.

Ce clergé ne pouvant protéger la religion, ni être protégé par elle, sans force pour contraindre, chercherait à persuader : on verrait sortir de sa plume de très bons ouvrages, pour prouver la révélation et la providence du grand Être'.

1. Lois contre le papisme. Elles 2. Et surtout à cause de l'inlrofrappaient les catholiques de duction de la Réforme. J'imagino toutes sortes d'incapacités politi- que Montesquieu ?iYev\s\ç.WwvVvv-NN ques et civiles ; les biens des pa- pour ne p\và (V\v<i s^ n\v\\«-, \»^w%.<i^ . pistes étaient soumis à des taxes 3. ¥or\. vroiûç^wfe 'A\\vvà\'^\,^>'^ spéciales, \ écrits Uiéo\oç;\c\ues àas v^^O^^^^»^^-

Il pourrait arriver qu'on éluderait ses assemblées et qu'on ne voudrait pas lui permettre de corriger ses abus même; et que, par un délire de la liberté, on aimerait mieux laisser sa réforme imparfaite que de souffrir qu'il fût réformateur*.

Les dignités, faisant partie de la constitution fondamentale, seraient plus fixes qu'ailleurs; mais d'un autre côté, les grands, dans ce pays de liberté, s'approcheraient plus du peuple : les rangs seraient donc plus séparés, et les personnes plus confondues*.

Ceux qui gouvernent ayant une puissance qui se remonte pour ainsi dire, et se refait tous les jours, auraient plus d'égard pour ceux qui leur sont utiles que pour ceux qui les divertissent : ainsi on y verrait peu de courtisans, de flatteurs, de complaisants, enfln de toutes ces sortes de gens qui font payer aux grands le vide même de leur esprit*.

On n'y estimerait guère les hommes par des talents ou des attributs frivoles, mais par des qualités réelles ; et de ce genre il n'y en a que deux : les richesses et le mérite personnel*.

tiques anglais et surtout, sans doute, à ceux du recteur Jean Norris (mort en 17H : Ijcttres sur l'amour de Dieu, Traité de la raison et de la foi), et de Clarke (mort en 1729 : Traité de l'existence de Dieu et de la Religion naturelle et révélée ; cf. p. 51).

« Un étranger qui visiterait en ce moment le pays », dit Taine (III, p. 287), « ne verrait dans cette religion qu'une vapeur suirocante de raisonnements, de controverses et de sermons. »

1. « Le clergé, bien loin de constituer dans le Parlement anglais, comme dans les Etats (Généraux de France, un Ordre à part, se trouva confondu avec les autres Ordres] il arriva même f on vent qu'offusqué de celle confusion, Use Uni à l'écart des dé-

libérations parlementaires, préférant régler dans ses propres assemblées les questions de. subsides. » (Monod apud Green, p. sxv.) La Déclaration des Droits, en 1681), portait que l'érection de toute cour ecclésiastique étail contraire aux lois.

2. « A Londres, liberté et égalité. La liberté de Londres est la liberté des honnêtes gens. » Notes sur r Angleterre.

3. Idéalisé. Montesquieu oublie ce (ju'il a dit de la corruption anglaise (p. 153, n. 2) : mais s'il y avait plus de vénalité, il y avait moins de ILigornerie.

4. .Montesquieu était plus dur en 1730 : < Les actions extraordinaïves en France, c'est pour dépenser Ac V w%exv\. \ vcÀ.^ c «esN. v»it eu acc\wèr\v. »

LE PEUPLE ANGLAIS

11 y aurait un luxe solide, fondé, non pas sur le raffinement de la vanité, mais sur celui des besoins réels ; et Ton ne chercherait guère dans les choses que les plaisirs que la nature y a mis*.

On y jouirait d'un grand superflu, et cependant les choses frivoles y seraient proscrites : ainsi, plusieurs ayant plus de bien que d'occasions de dépense, l'emploieraient d'une manière bizarre ; et dans cette nation il y aurait plus d'esprit que de goût*.

Comme on serait toujours occupé de ses intérêts, on n'aurait point cette politesse qui est fondée sur l'oisiveté ' ; et réellement on n'en aurait pas le temps.

L'époque de la politesse des Romains* est la même que celle de l'établissement du pouvoir arbitraire. Le gouvernement absolu produit l'oisiveté, et l'oisiveté fait naître la politesse.

Plus il y a de gens dans une nation qui ont besoin d'avoir des ménagements entre eux et de ne pas déplaire, plus il y a de politesse. Mais c'est plus la politesse des mœurs que celle des manières qui doit nous distinguer des peuples barbares "*.

Dans une nation où tout homme, à sa manière, prendrait part à l'administration de l'État, les femmes ne devraient guère vivre avec les hommes. Elles seraient donc modestes, c'est-à-dire timides; cette timidité ferait leur vertu 6 : tandis que les hommes, sans galanterie, se

1. « Notre vice », disait un Anglais (Taine, IV, p. 4o<)), « c'est la passion cxafférée de toutes les choses bonnes et commodes :

nous avons trop de besoins, nous dépensons trop. »

Page 1