DE L*EXGELLENGE DES LOIS DANS LA MONARCHIE FRANÇAISE
Les monarcliies que nous connaissons n*ont pas, comme celle dont nous venons de parler', la liberté pour leur objet direct; elles ne tendent qu*à la gloire des citoyens, de l'État et du prince. Mais de cette gloire il résulte un esprit de liberté qui, dans ces États, peut faire d'aussi grandes choses, et peut-être contribuer autant au bonheur que la Uberté même.
(Livre XI, chap. vu, fragm.)
Voici comment se forma le premier plan des monarchies que nous connaissons. Les nations germaniques qu\ conquirent l'Empire romain étaient, comme l'on sait, très Hbres. On n'a qu'à voir là-dessus Tacite sur les Mœurs des Germains, Les conquérants se répandirent dans le pays ; ils habitaient les campagnes, et peu les villes'. Quaiid ils étaient en Germanie, toute la nation pouvait s'assembler. Lorsqu'ils furent dispersés dans la conquête, ils ne le purent plus. Il fallait pourtant que la nation délibérât sur ses affaires, comme elle avait fait avant la conquête : elle le fit par des représentants*. Voilà l'origine du gouvernement gothique parmi nous. Il fut d'abord mêlé de l'aristocratie et de la monarchie. Il avait cet inconvénient que le bas peuple y était esclave : c'était un bon gouvernement qui avait en soi la capacité de devenir meilleur. La coutume vint d'accorder des lettres d'atfranchissement;
1. Tout ceci pont servir de n^nonso ù ceux qui prôlendent que Montesquieu a proposa à la France l'Angleterre comme modèle.
2. L'Angleterre; ce passago fait suite à celui que nous avons imprimé nage 193.
ô. Cela n'est pokit certain.
/. MontesquU'ii regarde les asseinblées dos /■V.i/icSjCliez les Mévo-
yingiensj comme des asscniblées \ \>réscuV.aW^«^
repr<^sentatives, et pour ainsi dire le prototype des Etats Gém^raux.
Kl IxMucoiiu justju'au milieu de ce j*ièrle ont (lit et pensé comme hii.
Il laul lire la réfutation que Fustel deCoulangesa faite de cette théorie {la Monarchie franqne^ (h. 111) : il n'y eut pas, sous les Mérovingiens, d'ass«»mblées du \K'\\\Ao ^tîlwc ^ \\\ ^«Jaérales ni l'e-
et bientôt la liberté civile du peuple, les prérogatives de la noblesse et du clergé, la puissance des rois, se trouvèrent dans un tel concert, que je ne crois pas qu'il y ait eu sur la terre de gouvernement si bien tempéré que le fut celui de chaque partie de TEurope dans le temps qu'il y subsista*. Et il est admirable que la corruption du gouvernement d'un peuple conquérant ait formé la meilleure espèce de gouvernement que les hommes aient pu imaginer. (Livre XI, chap. vui, fragm.)