GE QUI FAIT LA FORGE DE LA FRANCE
Pour qu'un État soit dans sa force, il faut que sa grandeur soit telle, qu'il y ait un rapport de la vitesse avec laquelle on peut exécuter contre lui quelque entreprise, et la promptitude qu'il peut employer pour la rendre vaine. Gomme celui qui attaque peut d'abord paraître
1 . Les deux pays auxquels Montesquieu s'attacha le plus dans les études de sa vie sont la France et Rome. Trois des derniers livres de V Esprit des Lois (XXVIII, XXX et XXXI, cf. p. iiettô) sont consacrés à l'histoire des lois et de la constitution de la France. Dans le courant de l'ouvrage, bien des faits empruntés à la Chine ou au Japon sont des allusions à son
Gays. On sait d'autre part que ontesquieu avait le vif désir d'écrire une Histoire de France (et peut-être une Histoire de Louis XIV) : « Si je la fais », écritil dans une note pul)liée par M. Bonnefon {Journal des Débats, 12 mars 1895, soir), « il faudra y mettre les principales reparties, y mettre partout les extraits dos pièces, plus ou moins longs selon qu'elles seront plus ou moins int(<rPssantos. An reste, je croyais que Je n'y réussirais pas môias
bien qu'un autre, et mieux surtout que ceux qui, ayant eu part aux affaires, sont devenus parties intéressées. » En outre, toutes les fois que Montesquieu parle de la monarchie, c'est au gouvernement de la France qu'il son^e : la monarchie gothique de la France féodale (cf. p. 226) lui parait le type de cette forme d'Etat, comme Rome de la démocratie, Venise de l'aristocratie, et la Perse du despotisme : bien des fragments que nous donnons ici et qui concernent visiblement la France, sont extraits de théories générales sur la monarchie. Enfm, Montesquieu n'a jamais dissimulé qu'en écrivant VEsprit des LoiSy il avait songé surtout h ses concitoyens, h les rendre meilleurs (cf. p. 4S), à corriger les abus. Mais dans nu<'IIe mesure et avec quelle moaôvîvWvm, ç-'o^V CQ <\vv*oa verra à , \a \iu vie cce\ Vv "î^i^N ^'^^ \j A^v
partout, il faut que celui qui défend puisse se montrer partout aussi ; et par conséquent, que retendue de l'État soit médiocre, afin qu'elle soit proportionnée au degré de vitesse que la nature a donné aux hommes pour se transporter d'un lieu à un autre.
La France et l'Espagne sont précisément de la grandeur requise. Les forces se communiquent si bien, qu'elles se portent d'abord là où l'on veut; les armées s'y joignent, et passent rapidement d'une frontière à l'autre ; et l'on n'y craint aucune des choses qui ont besoin d'un certain temps pour être exécutées *.
En France, par un bonheur admirable, la capitale se trouve plus près des différentes frontières, justement à proportion de leur faiblesse ; et le prince y voit mieux chaque partie de son pays, à mesure qu'elle est plus exposée....
La vraie puissance d'un prince ne consiste pas tant dans la facilité qu'il y a à conquérir, que dans la difficulté qu'il y a à l'attaquer, et, si j'ose parler ainsi, dans l'immutabilité de sa condition. Mais l'agrandissement des États leur fait montrer de nouveaux côtés par où on peut les prendre.
Ainsi, comme les monarques doivent avoir de la sagesse pour augmenter leur puissance, ils ne doivent pas avoir moins de prudence afin de la borner. En faisant cesser les inconvénients de la petitesse, il faut qu'ils aient toujours l'œil sur les inconvénients de la grandeur.
(Livre IX, chap. vi : De la force défensive des États en général, fragment.)
Toute grandeur, toute force, toute puissance est relative. Il faut bien prendre garde qu'en cherchant à augmenter la grandeur réelle, on ne diminue la grandeur relative. Vers le milieu du règne de Louis XIV, la France fut au plus haut point de sa grandeur relative.
(Livre IX, chap. ix, fra^«v,\
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