DE LA CONQUÊTE DES FRANCS
Il n'est pas vrai que les Francs, entrant dans la Gaule, aient occupé toutes les terres du pays pour en faire des
1. Le gouvernement de saint Louis à été l'apogée du gouvernement gothique, le monnentoù il y eu parfait équilibre entre la royauté, la noblesse, le clergé et ce que Montesquieu aonellc la liberté civile du peuple. Mais il n'y avait pas d'assemblée de représentants.
2. Le plus grand débat auquel ait donné lieu l'histoire de France est la question de l'établissement des Francs en Gaule sous Clovis.
Pour les uns il y a eu conquête violente et brutale d'un pays par les vainqueurs venus de la Germanie(et on appelle germanistes ceux qui soutiennent cette thèse). Pour les autres (et ce sont les romanistes) les Francs n'ont rien imposé à la Gaule que des chefs ou même que leur roi : ils ont res-
r)orté la civilisation latine, les ois romaines, la propriété des terres et la liberté des personnes.
Co débat iMssionnait les érudits du temps de Montesquieu ; il les passionne aujourd'hui encore. Au xvui* siôrle comme de nos jours, /t'5 polémiques co/j(enij)oraincs
influaient, malheureusement, sur les théories des savants. Le comte de Boulainvilliers, passionné pour les privilèges des nobles, croyait à des conquérants germains, d'où la noblesse française était descendue. £t l'abbé Dubos niait cette conauête et l'existence d'une noblesse héréditaire : il se faisait, d'une façon rétrospective, le chanipion dû Tiers Etat. De nos jours, Thierry, Guizot ont cru à la conquête, Fustel de Coulanges a repris les théories de Dubos.
Montesquieu parait avoir hésité.
Dans les Lettres Persanes, CI, il dit très nettement : « Les Français sont les conquérants ». Dans les Considérations (p. 209, édit. de i734), il regarde la conquête fran-
aue comme la cause de « cette ifl"érence accablante entre une nation noble et une nation roturière »; il se représente les llarbares comme « rendant tant de citoyens esclaves de la glèbe »
et «' se réservant la lvV^<^\Vv' ^V.
l'exercice Aes avwves * ., ^v \*isVvQn mains comme «J" àes\!\w^% v^^" ^^^ loi de \a sevwVwOjû \s. caàVvnw w-^
fiefs. Quelques gens ont pensé ainsi, parce qu'ils ont vu, sur la fin de la seconde race, presque toutes les terres devenues des fiefs, des arrière-fiefs, ou des dépendances de Tun ou de l'autre : mais cela a eu des causes particulières qu'on expliquera dans la suite....
(Livre XXX, chap. v, fragment.)
On ne trouve, dans les lois saliques et ripuaires, aucune trace d'un tel partage de terres. Ils avaient conquis; ils prirent ce qu'ils voulurent, et ne firent de règlements qu'entre eux*.
(Livre XXX, chap. vn, fragment.)
n n'y a qu'à ouvrir les lois saliques et ripuaires pour voir que les Romains ne vivaient pas plus dans la servitude chex les Francs que chez les autres conquérants de la Gaule.
M. le comte de Boulainvilliers* a manqué le point capital de son système ; il n'a point prouvé que les Francs aient fait un règlement général qui mît les Romains dans une espèce de servitude....
M. le comte de Boulainvilliers et M. l'abhé Dubos ont fait chacun un système, dont l'un semble être une conjuration contre le tiers-état, et l'autre une conjuration
champs. » Mais, quelque mal qu'il dise au livre de Dubos (paru en 175i), Monles(|uiou en dut subir l'influence. Dans ['Esprit des Lois, il est beaucoup moins affirmatif et tend à diminuer les effets de la conquête. Cette conquête, il y croit, et c'est pour cela qu'il combat Dubos avec acharnement {p. 229) : mais il nie qu'elle ait été suivie d'une dëpossession pénérale des propriétaires (p. 228), il nie que les Romains aient été réduits en esclavage (p. 256) : après /û conquête, il y a eu des Romains libres, propriétaires, et noWes
singulièrement de Fustel de Coulanges.
i. U a pu y avoir, il y a eu certainement des exactions particulières, des confiscations et des vols, mais aucune loi générale conférant la propriété du sol aux Germains, aucune « grande usurpation des terres des Romains par les Barbares» (livre XXX, ch. vm).
ce. Fustel de Coulanges, rAUen^ p. 129 : « On ne trouve jamais, ni dans les actes, ni dans les formules, qu'il y ait la moindre différence entre la propriété dei GeTn\^'\w«> e\. ceUe des Romains. •
libres, propriétaires, et nomes \ Genu^xw?» e\. ceUe des Roi même. Et, en tout cela, Montes- \ ^. Histoire de^anôea , çuieu a raison^ et \\ se rapprocVie \ ncmenl de France, XA'^^^Vfft. \
contre la noblesse. Lorsque le Soleil donna à Phaéton son char à conduire, il lui dit : a Si vous montez trop haut, vous brûlerez la demeure céleste ; si vous descendez trop bas, vous réduirez en cendres la terre. N'allez point trop à droite, vous tomberiez dans la constellation du Serpent; n^allez point trop à gauche, vous iriez dans celle de l'Autel : tenez- vous entre les deux*. »
(Livre XXX, chap. x, fragment.)