LES DEUX NOBLESSES
En France, cet état de la robe qui. se trouve entre la grande noblesse et le peuple; qui, sans avoir le brillant de celle-là, en a tous les privilèges; cet état qui laisse les parliculiers dans la médiocrité*, tandis que le corps dépositaire des lois* est dans la gloire; cet état encore dans lequel on n'a de moyen de se distinguer que par la suffisance' et parla vertu; profession honorable, mais qui en laisse toujours voir une plus distinguée : — cette
/. Srnioment romme influence; \ a\\ - Aossws dv\ nu^diocre. r/ir, comme /brtiine, les mem-\ "i. W V;vT\<sm<soLV\ tX.'^.l^ bres (Iii Parlement éUieat blea \ ^. La n^X^ut v^t<»ya»^^.
noblesse toute guerrière, qui pense qu'en quelque degré de richesses que Ton soit il faut faire sa fortune, mais qu*il est honteux d'augmenter son bien, si on ne commence par le dissiper; cette partie de la nation, qui sert toujours avec le capital de son bien ; qui, quand elle est ruinée, donne sa place à une autre qui servira avec son capital encore ; qui va à la guerre pour que personne n'ose dire qu'elle n'y a pas été; qui, quand elle ne peut espérer les richesses, espère les honneurs, et lorsqu'elle ne les obtient pas, se console parce qu'elle a acquis de l'honneur : — toutes ces choses ont nécessairement contribué à la grandeur de ce royaume". Et si, depuis deux ou trois siècles, il a augmenté sans cessesapjuissaiice, il faut attribuer cela à la hnnfiS Ha «tpc^ inic^nAn pas à la fortune, qui n'a pas ces sortes de constance.
(Livre XX, chap. xxii, fragm.)
DE l'éducation dans LES MONARCHIES >
Ce n'est point dans les maisons publiques où l'on instruit l'enfance, que l'on reçoit dans les monarchies la principale éducation : c'est lorsque l'on entre dans le monde que l'éducation, en quelque façon, commence. Là est l'école de ce que l'on appelle honneur^ ce maître universel qui doit partout nous conduire.
C'est là que Ton voit et que l'on entend toujours dire trois choses, qu'il faut mettre dans les vertus une certaine noblesse ; dans les niœursy une certaine franchise ; dans les manières, une certaine politesse.
Les vertus qu'on nous y montre sont toujours moins ce que l'on doit aux autres que ce que l'on se doit à soi-même : elles ne sont pas tant ce qui nous appelle
1. l/existence de ces deux n(>-\\amoTvîxOîv\fe^T^vw<;,'!\s^\^'^-^-'^\« blesses clanU dans l'esprit de Mon- \ t: ^.xvQ%^ ^.^ \>î»kxVx«^ ^^ ''^ tesquicUf la loi fondamentale de \ caraicVteçft Vs^\i<^>s»*
vers «nos concitoyens que ce qui nous en distingue.
On n'y juge pas les actions des hommes comme bonnes, mais comme belles; comme justes, mais comme grandes; comme raisonnables, mais comme extraordinaires.
Dès que l'honneur y peut trouver quelque chose de noble, il est ou le juge qui les rend légitimes, ou le sophiste qui les justifie.
Il permet la galanterie, lorsqu'elle est unie à l'idée des sentiments du cœur, ou à l'idée de conquête : et c'est la vraie raison pour laquelle les mœurs ne sont jamais si pures dans les monarchies que dans les gouvernements républicains.
Il permet la ruse, lorsqu'elle est jointe à l'idée delà grandeur de l'esprit ou de la grandeur des aiïaires, comme dans la politique, dont les fmesses ne l'olTensent pas.
Il ne défend l'adulation que lorsqu'elle est séparée de l'idée d'une grande fortune, et n'est jointe qu'au sentiment de sa propre bassesse.
A l'égard des mœurs, j'ai dit que l'éducation des monarchies doit y mettre une certaine franchise. On y veut donc de la vérité dans les discours. Mais est-ce par amour pour elle? point du tout. On la veut, parce qu'un homme qui est accoutumé à la dire paraît être hardi et libre. En effet, un tel homme semble ne dépendre que des choses, et non pas de la manière dont un autre les reçoit.
C'est ce qui fait qu'autant qu'on y recommande cette espèce de franchise, autant on y méprise celle du peuple, qui n'a que la vérité et la simplicité pour objet.
Enfin, l'éducation dans les monarchies exige dans les manières une certaine politesse. Les hommes, nés pour vivre ensemble, sont nés aussi pour se plaire; et celui qui n'observerait pas les bienséances, choquant tous ceux avec qui il vivrait, se décréditerait au point qu'il devienârn'it incapable de faire aucun bien.
M/z/s ce u*cst pas d'une source s\ pwte i\\\^ \^^^\\Vftsse a coutume de tirer son origine. EVVc wïùV ^i<i\vivvsSfc ^^'sfc
distinguer. C'est par orgueil que nous sommes polis : nous nous sentons flattés d'avoir des manières qui prouvent que nous ne sommes pas dans la bassesse, et que nous n'avons pas vécu avec cette sorte de gens que Ton a abandonnés dans tous les âges.
Dans les monarchies, la politesse est naturalisée à la cour. Un homme excessivement grand rend tous les autres petits. De là les égards que l'on doit à tout le monde ; de là naît la politesse, qui flatte autant ceux qui sont polis que ceux à l'égard de qui ils le sont, parce qu'elle fait comprendre qu'on est de la cour, ou qu'on est digne d'en être.
L'air de la cour consiste à quitter sa grandeur propre pour une grandeur empruntée. Celle-ci flatte plus un courtisan que la sienne même. Elle donne une certaine modestie superbe qui se répand au loin, mais dont l'orgueil diminue insensiblement, à proportion de la distance où l'on est de la source de cette grandeur.
On trouve à la cour une délicatesse de goût en toutes choses, qui vient d'un usage continuel des superfluités d'une grande fortune, de la variété et surtout de la lassitude des plaisirs, de la multiplicité, de la confusion même des fantaisies, qui, lorsqu'elles sont agréables, y sont toujours reçues.
C'est sur toutes ces choses que l'éducation se porte pour faire ce qu'on appelle l'honnête homme, qui a toutes les qualités et toutes les vertus que l'on demande dans ce gouvernement.
Là l'honneur, se mêlant partout, entre dans toutes les façons de penser et toutes les manières de sentir, et dirige même les principes.
Cet honneur bizarre fait que les vertus ne sont que ce qu'il veut, et comme il les veut; il met de son chef des règles à tout ce qui nous est prescrit; il étend ou il borae. nos devoirs à sa fantaisie, soil ç\\3L'A"à ^\«^V Vnxx 'y«>^^'5i. dans la religion, dans la po\il\<çûie, wsl ^^ywsX^^sNSs^*^^-
Il n*y a rien, dans la monarchie, que les lois, la religion etrhonneur prescrivent tant que robéissance aux volontés du prince; mais cet honneur nous dicte que le prince ne doit jamais nous prescrire une action qui nous déshonore, parce qu'elle nous rendrait incapables de le servir.
Grillon refusa d'assassiner le duc de Guise : mais il offrit à Henri III de se battre contre lui. Après la Saint-Barlhélemi, Charles IX ayant écrit à tous les gouverneurs de faire massacrer les huguenots, le vicomte d*Orle, qui commandait dans Bayonne, écrivit au roi * : « Sire, je n*ai trouvé parmi les habitants et les gens de guerre que de bons citoyens, de braves soldats, et pas un bourreau : ainsi, eux et moi supplions Votre Majesté d'employer nos bras et nos vies à choses faisables. » Ce grand et généreux courage regardait une lâcheté comme une chose impossible.
Il n'y a rien que l'honneur prescrive plus à la noblesse que de servir le prince à la guerre : en effet, c'est la profession distinguée, parce que ses hasards, ses succès et ses malheurs même conduisent à la grandeur. Mais en imposant cette loi, l'honneur veut en être l'arbitre; et, s'il se trouve choqué, il exige ou permet qu'on se retire chez soi.
H veut qu'on puisse indifféremment aspirer aux emplois, ouïes refuser; il tient cettfi.hberté au-dessus delà fortune même.
L'honneur a donc ses règles suprêmes, et l'éducation est obligée^de s'y conformer^-fces principales sont, qu'il nous est bien permis de faire cas de notre fortune, mais qu'il nous est souverainement d('fendu d'en faire aucun de notre vie.
La seconde est que, lorscfue nous a vons.été une fois placés dans un rang, nous ne devons rien faire ni soufffrir qui fasse voir que nous nous tenons inférieurs à ce rang même.
1. Voyez VHixtoire de d'Au- pas ce qui doit ôtre: l'honneur est bij,-^!!»'.] — Col. 560. On a atta- un nrc^jufjé, que la religion Ira- ' ' " '" ' ' ^ vaille tantôt a détruire, tantôt à
qit(^ 1 aiilhonWc'iié de ce docu
mont. \réft\eT.\ — VjcVV^ tw^V^ w'e&istai
^. On dit ici ce qui est, cl non \ pas Oi-àn?. \«i ^vT^iiovXi^ ^\>\«s^
La troisième, que les choses que l'honneur défend sont plus rigoureusement défendues lorsque les lois ne concourent point à les proscrire, et que celles qu*il exige sont plus fortement exigées lorsque les lois ne les demandent pas. (Livre IV, chap. u.)
COMBIEN IL FAUT ÊTRE ATTENTIF A NE POINT CHANGER L*ESPRIT GÉNÉRAL D*CNE NATION
S*il y avait dans le monde une nat ion qu i, eût uue humeur sociable*! une ouverture de cœur^una-joie. dans la
vifty'Ttfrgni'tf, iinp firilifftà rommuiiigiipr <;p<^ pAOJïP.ftS ; qui
fût vive, agréable, enjouée, quelquefois imprudente, souvent indiscrète, et qui eût avec ce] a du courage, de la générosité, de la franchise, un certain point d'honneur, il ne faudrait point chercher à ^èner par des lois ses TïiaTnères, pounjifi. point g^npr sp<^ vprtns. Si en géiierar le carac tère^ est bon. q irigipnrtP Ho gnolgnnc f^pTanf^ q^^i s y
trouvfînil
)n y pourrait contenir leiJemmeV faire des lois pour corriger leurs mœurs et born^ leur luxe : mais qui sait si on n'y perdrait pas un certain goût qui serait la source J des richesses de la nation, et une poHtesse qui attire chez ~ elle les étranggj»? — .
Cest au^h^ gslateyr à suivre l'esprit ^ft ^^ nafinn — lorsqu'il nVst pas contraire aux principes du gouvernement : car nous ne faisons rien de mieux que ce que nous faisons librement, et en suivant notre génie naturel».