‹ Extraits de l'esprit des lois et des œuvres diversesChapitre 27 sur 324 · Cf. p · texte numérisé non relu

Cf. p

5. A La Brèdo, cf. p. 312. Vcnsâe de Montesjjuieu : « Quand j'ai été dans le monde, \v, V'^v^vwv^çwsvwssi si je ne \>ov\\i\\ià^àO\x\^v\\\^\viV.\*a\V^\ quand yai ('Vè (V^^ws tîvvîs Vv;^^«5»> \'ai

ÉLOGE DE MONTESQUIEU

paraissait se plaire autant dans leur entretien que dans les sociétés les plus brillantes, surtout quand il terminait leurs différends et soulageait leurs peines par ses bienfaits*.

Rien n'honore plus sa mémoire que l'économie avec laquelle il vivait*, et qu'on a osé trouver excessive, dans un monde avare' et fastueux, peu fait pour en pénétrer les motifs, et encore moins pour les sentir. Bienfaisant, et par conséquent juste, M. de Montesquieu ne voulait rien prendre sur sa famille, ni des secours qu'il donnait aux malheureux ni des dépenses considérables auxquelles ses longs voyages, la faiblesse de sa vue et l'impression de ses ouvrages l'avaient obligé. Il a transmis à ses enfants, sans diminution ni augmentation, l'héritage qu'il avait reçu de ses pères : il n'y a rien ajouté que la gloire de son nom et l'exemple de sa vie.

Il avait épousé, en 1715, demoiselle Jeanne de Lartigue, fille de Pierre de Lartigue, lieutenant-colonel au régiment de Maulévrier : il en a eu deux filles et un fils qui, par son caractère, ses mœurs et ses ouvrages, s'est montré digne d'un tel père.

Ceux qui aiment la vérité et la patrie ne seront pas fâchés de trouver ici quelques-unes de ses maximes. — U pensait que chaque portion de l'État doit être également soumise aux lois, mais que les privilèges de chaque portion de l'État doivent être respectés, lorsque leurs effets n'ont rien de contraire au droit naturel, qui oblige tous

1. Baurein {Variétés bordelaises, t. m, p. 11) dit de Montesquieu, qu'il a connu à La Brède même :

« U cliérit toujours ses tenanciers, et je lui ai ouï dire quelquefois, qu une de ses jouissances les plus pures était de les revoir. On le devinait aisément à l'air de satisfaction qui se peignait sur son visage chaque fois qu'il revenait de Paris. Il s informait des détails de leurs affaires, de leurs besoins, de leurs querelles^ en père tendre,

et ne leur parlait jamais au'en gascon, en les appelant par leurs noms. » Cf. p. 331.

2. Pensée de Montesquieu : « Je ne sache pas encore avoir dépensé quatre louis par air, ni fait une visite par intérêt. Dans ce que j'entreprenais, je n'employais que la prudence commune, et j'agissais moins pour ne pas manquer les affaires que pour ne pas mani quer aux aittaJvces. »

les citoyens à concourir également au bien public; que la possession ancienne était, en ce genre, le premier des titres et le plus inviolable des droits, qu'il était toujours injuste et quelquefois dangereux de vouloir ébranler ;

Que les magistrats, dans quelque circonstance et pour quelque grand intérêt de corps que ce puisse être, ne doivent jamais être que magistrats, sans parti et sans passion, comme les lois, qui absolvent et punissent sans aimer ni haïr.

Il disait, enfin, à l'occasion des disputes ecclésiastiques qui ont tant occupé les empereurs et les chrétiens grecs, que les querelles théologiques, lorsqu'elles cessent d'être renfermées dans les écoles, déshonorent infailliblement une nation aux yeux des autres * : en effet, le mépris même des sages pour ces querelles ne la justifie pas, parce que les sages faisant partout le moins de bruit et le plus petit nombre, ce n'est jamais sur eux qu'une nation est jugée*.

L'importance des ouvrages dont nous avons eu à parler dans cet éloge, nous en a fait passer sous silence de moins considérables, qui servaient à l'auteur comme de délassement, et qui auraient suffi pour l'éloge d'un autre. Le plus remarquable est le Temple de Gnide^, qui suivit d'assez prés les Lettres Persanes, M. de Montesquieu, après avoir été, dans celles-ci, Horace, Théophrasle et Lucien, fut Ovide et Anacréon dans ce nouvel essai. Ce n'est plus l'amour despotique de l'Orient qu'il se propose de peindre ;

1 . Considérations y p. 257. Et Montesquieu faisait allusion aux querelles suscitées par la bulle Ùnigenitus.

2. Il disait qu'il y avait très peu de choses vraies dans le livre do l'abbé Dubos sur Y Etablissement de la Monarchie française dans les Gaules^ et qu'il en aurait fait une réfutation suivie, s'il ne lui avait fallu le relire une troisième

ou une quatrième (ois; ce qu'il

regardait comme le plus grand des supplices.] — Note de l'éd. de 1767. Cf. p. 229. Dubos était cependant un homme d'une haute valeur scientifique, très expert dans la lecture et l'analyse des textes.

3. Paru sans nom d'auteur en 172i, dans la Bibliothèque française d'Amsterdam., ^ v'^'^^ ^ ^'*'" ris on riio.Voww^^ç^^vxN. ç-cn^V^^^ pour \es sa\ot\% (i\x ^>a^^ <5iteV»^iN\\bonà C\iai\Vv\\>i.

38 ÉLOGE DE MONTESQUIEU

c'est la délicatesse et la naïveté de Famour pastoral, tel qu'il est dans une âme neuve que le commerce des hommes n'a point encore corrompue. L'auteur, craignant peut-être qu'un tableau si étranger à nos mœurs ne parût trop languissant et trop uniforme, a cherché à l'animer par les peintures les plus riantes. Il transporte le lecteur dans des lieux enchantés, dont, à la vérité, le spectacle intéresse peu l'amant heureux, mais dont la description flatte encore l'imagination, quand les désirs sont satisfaits. Emporté par son sujet, il a répandu dans sa prose ce style animé, figuré et poétique, dont le roman de Télémaque a fourni parmi nous le premier modèle*. Nous ignorons pourquoi quelques censeurs du Temple de Gnide ont dit, à cette occasion, qu'il aurait eu besoin d'être en vers. Le style poétique, si on entend, comme on le doit, par ce mot, un style plein de chaleur et d'images, n'a pas besoin, pour être agréable, de la marche uniforme et cadencée de la versification ; mais si on ne fait consister ce style que dans une diction chargée d'épithètes oisives', dans les peintures froides et triviales des ailes et du carquois de l'Amour et de semblables objets, la versification n'ajoutera presque aucun mérite à ces ornements usés : on y cherchera toujours en vain l'âme et la vie. Quoi qu'il en soit, le Temple de Gnide étant une espèce de poème en prose, c'est à nos écrivains les plus célèbres en ce genre à fixer le rang qu'il doit occuper; il mérite de pareils juges. Nous croyons, du uioins, que les peintures de cet ouvrage souliondraioiit avec succès une des principales épreuves dos doscriptions poétiques, celle de les représenter sur h toile. Mais ce qu'on doi surtout remarquer dans le Temple de Gnide, c'est qu'An; créon même y est toujours observattnir et philosopb Dans le quatrième chant, il paraît décrire les mœurs d' Sybarites, et on s'aperçoit aisément que ces mœurs s'

f. J/oniesquieu avait pour Je Té- I lièrc; cf.ccqu'UctiOÀV,^ ^^^^^/ç//e une prédiïcciioa parlicM- \ 2. Oiseuses.

les nôtres. La préface porte surtout l'empreinte de l'auteur des Lettres Persanes, En présentant le Temple de Gnide comme la traduction d'un manuscrit grec, plaisanterie défigurée depuis par tant de mauvais copistes, il en prend occasion de peindre, d'un trait de plume, l'ineptie des critiques et le pédantisme des traducteurs, et finit par ces paroles dignes d'être rapportées* : « Si les gens graves désiraient de moi quelque ouvrage moins frivole, je suis en état de les satisfaire. Il y a trente ans que je travaille à un livre de douze pages, qui doit contenir tout ce que nous savons sur la métaphysique, la politique et la morale, et tout ce que de très grands auteurs ont oublié dans les volumes qu'ils ont donnés sur ces sciences-là*. » Nous regardons comme une des plus honorables récompenses de notre travail l'intérêt particulier que M. de Montesquieu prenait à ce Dictionnaire, dont toutes les ressources ont été jusqu'à présent dans le courage et l'émulation de ses auteurs. Tous les gens de lettres, selon lui, devaient s'empresser de concourir à l'exécution de cette

1 . Ce n'est là qu'une plaisanterie de Montesquieu. Voici le début du Temple de Gnide : « Vénus préfère le séjour de Gnide à celui de Paphos et d'Amathonte. Elle ne descend point de l'Olympe sans venir parmi les Gnidiens. Elle a tellement accoutumé ce peuple heureux à sa vue, qu'il ne sent plus cette horreur sacrée qu'inspire la présence des dieux. Quelquefois elle se couvre d'un nuage, et on la reconnaît à l'odeur divine qui sort de ses cheveux parfumés d'ambroisie.

« Li ville est au milieu d'une contrée sur laquelle les dieux ont versé leurs bienfaits à pleines mains. On y jouit d'un printemps éternel; la terre, heureusement fertile, prévient tous les souhaits; les troupeaux y paissent sans nom- Ifre; les vents semblent n'y régner que pour r<îpandre partout

l'esprit des fleurs ; les oiseaux y chantent sans cesse : vous diriez que les bois sont harmonieux ; les ruisseaux murmurent dans les plaines; une chaleur douce fait tout éclore. »

2. A ces quatre principaux ouvrages, il faut ajouter (sans parler de \ Essai sur le goût) : 1* Le Dialogue de Sylln et d Encra te, paru en 17i5 (cf. p. 307) ; 2* Lysimaque, donné en décembre 1754 par le Mercure de France (cf. Consid.., p. 15) ; 'iî'Le Voyagea Paphos, dans I e Mercu re de Fra nceûei Til { n 'est peut-être pas de Montesquieu). El, parmi les œuvres manuscrites, trouvées en assez grand nombre dans ses cartons : 4* Arsace et hménie, histoire orientale, parue en 1783; 5* La Politique des. Romains dans IttTVcWcjxon A'^'^^V^^'^-:

Page 1