‹ Extraits de l'esprit des lois et des œuvres diversesChapitre 275 sur 324 · LES MODES PARISIENNES · texte numérisé non relu

LES MODES PARISIENNES

Je trouve les caprices de la mode, chez les Français, étonnants. Ils ont oublié comment ils étaient habillés cet été ; ils ignorent encore plus comment ils le seront cet hiver : mais surtout on ne saurait croire combien il en coûte à un mari pour mettre sa femme à la mode.

Que me servirait de te faire une description exacte de leur habillement et de leurs parures? ime mode nouvelle viendrait détruire tout mon ouvrage, comme celui de leurs ouvriers; et avant que tu eusses reçu ma lettre, tout serait changé.

Une femme qui quitte Paris pour aller passer six mois à la campagne, en revient aussi antique que si elle s'y était oubliée trente ans. Le fils méconnaît le portrait de sa mère, tant Thabit avec lequel elle est peinte lui parait étranger : il s'imagine que c*est quelque Américaine qui y est représentée, ou que le peintre a voulu exprimer quelqu'une de ses fantaisies^.

Quelquefois les coiffures montent insensiblement, et une révolution les fait descendre tout à coup'. Il a été un temps que leur hauteur immense mettait le visage d'une femme au milieu d'elle-même ; dans un autre, c'étaient les pieds qui occupaient cette place : les talons faisaient

1. Allusion à l'usage du rouge^ si répandu sous Louis XV. « Américaine » désigne ici les Peaux- Rouges.

2. A la fin du règne de Louis XIV, la mode était aux fontange»^ coiTfures fort élevées, en bonnet posé

sur le haut de la tète et garni de

dentelles dont les rayons se dros- \ p. 4^.

\^ M. — £sp. DES Lois.

saient en l'air. Sous la Régence, changement brusque dans toutes les modes, masculines comme féminines. La coiffure tomba tout à coup : elle fut basse, poudrée à blanc, garnie de pierreries <i.V.

de rubans. v:A. \;ia>!cwvx-^^<i^-> ^*«^ tures KwtoTlque* V'^\xfeV^iTxoeàs.A

pense en espions, ils sont instruits des mesures qu*il prend pour humilier l'empereur des Turcs et celui des Mogols*.

A peine ont-ils épuisé le présent, qu'ils se précipitent dans l'avenir; et marchant au-devant de la Providence, ils la préviennent sur toutes les démarches des hommes. Ils conduisent un général par la main; et après l'avoir loué de mille sottises qu'il n'a pas faites, ils lui en préparent mille autres qu'il ne fera pas.

Ils font voler les armées* comme les grues, et tomber les murailles comme des cartons ; ils ont des ponts sur toutes les rivières, des routes secrètes dans toutes les montagnes, des magasins immenses dans les sables brûlants : il ne leur manque que le bon sens.

1719. (Fragment de la lettre CXXX.)

Page 1