‹ Extraits de l'esprit des lois et des œuvres diversesChapitre 298 sur 324 · DIALOGUE DE SYLLA ET DEUCRATE · texte numérisé non relu

DIALOGUE DE SYLLA ET DEUCRATE

maître. C'est ainsi que nous avons vu finir tant de républiques dans la Grèce et dans Tltalie.

« Pour prévenir un pareil malheur, le sénat a toujours été obligé d'occuper à la guerre ce peuple indocile*. Il a été forcé malgré lui à ravager la terre, et à soumettre tant de nations dont l'obéissance nous pèse. A présent que l'univers n'a plus d'ennemis à nous donner, quel serait le destin de la république? Et sans moi le sénat aurait-il pu empêcher que le peuple, dans sa fureur aveugle pour la liberté, ne se hvràt lui-même à Marins, ou au premier tyrsn qui lui aurait fait espérer l'indépendance?

(( Les dieux, qui ont donné à la plupart des hommes une lâche ambition, ont attaché à la liberté presque autant de malheurs qu'à la servitude. Mais quel que doive être le prix de cette noble liberté, il faut bien le payer aux dieux.

(( La mer engloutit les vaisseaux, elle submerge des pays entiers, et elle est pourtant utile aux humains.

(( La postérité jugera ce que Rome n'a pas encore osé examiner : elle trouvera peut-être que je n'ai pas versé assez de sang, et que tous les partisans de Marins n'ont pas été proscrits*. »

— (( Il faut que je l'avoue : Sylla, vous m'étonnez. Quoi ! c'est pour le bien de votre patrie que vous avez versé tant de sang! et vous avez eu de l'attachement pour elle ! »

— (( Eucrate, » me dit- il, « je n'eus jamais cet amour dominant pour la patrie, dont nous trouvons tant d'exemples dans les premiers temps de la république : et j'aime autant Coriolan, qui porte la flamme et le fer jusqu'aux murailles de sa ville ingrate, qui fait repentir chaque citoyen de l'afl^ront que lui a fait chaque citoyen, que celui qui chassa les Gaulois du Capitole'. Je ne me

1. Cela n'est vrai que des premiers temps ûv la liberté de Itome. A partir du m* siècle avant notre ère, c'est de son plein gré

que le tyran invoque toujours,

f>our justifier ses lois, le mot de iberté.

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