‹ Extraits de l'esprit des lois et des œuvres diversesChapitre 303 sur 324 · Marius n'eut pas à trembler · texte numérisé non relu

Marius n'eut pas à trembler

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ture, vous avez donné l'exemple du crime que vous avez puni. Voilà l'exemple qui sera suivi, et non pas celui d'une modération qu'on ne fera qu'admirer.

(( Quand les dieux ont souffert que Sylla se soit impunément fait dictateur dans Rome, ils y ont proscrit la liberté pour jamais. Il faudrait qu'ils fissent trop de miracles, pour arracher à présent du cœur de tous les capitaines romains l'ambition de régner. Vous leur avez appris qu'il y avait une voie bien plus sûre pour aller à la tyrannie, et la garder sans péril. Vous avez divulgué ce fatal secret, et ôté ce qui fait seul les bons citoyens d'une république trop riche et trop grande, le désespoir de pouvoir l'opprimer*. »

Il changea de visage, et se tut un moment. « Je ne crains », me dit-il avec émotion, « qu'un homme', dans lequel je crois voir plusieurs Marins. Le hasard, ou bien un destin plus fort, me l'a fait épargner. Je le regarde sans cesse; j'étudie son âme : il y cache des desseins profonds; mais, s'il ose jamais former celui de commander à des hommes que j'ai faits mes égaux, je jure par les dieux que je punirai son insolence s. »

1 . Ceci est la conclusion de Montesquieu : tout en combattant Marins, Sylla l'a imité, et l'un et l'autre n'ont fait que frayer la voie à la tyrannie. Cf. Considéraiions, p. 108 et s.

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