CONFESSIONS DE MONTESQUIEU
L'étude a été pour moi le souverain remède contre les dégoûts de la vie, n*ayant jamais eu de chagrin qu'une heure de lecture n*ait dissipé.
Je m'éveille le matin avec une joie secrète de voir la lumière; je vois la lumière avec une espèce de ravissement; et tout le reste du jour je suis content....
J'ai eu naturellement de l'amour pour le bien et l'honneur de ma patrie, et peu pour ce qu'on appelle la gloire; j'ai toujours senti une joie secrète lorsqu'on a fait quelque règlement qui allait au bien commun....
Je n'ai jamais vu couler de larmes sans en être attendri'.
Je suis amoureux de l'amitié.
Je pardonne aisément, par la raison que je ne suis pas haineux : il me semble que la haine est douloureuse....
Pour mes amis, à l'exception d'un seul, je les ai tous conservés.
Avec mes enfants, j'ai vécu comme avec mes amis.
J'ai eu pour principe de ne jamais faire par autrui ce que je pouvais par moi-même....
1. Quelques-uns de ces fragments ont été empruntés aux différents opuscules de Montesquieu ; d'autres au journal de ses voyages ; mais le plus grand nombre sont des pcns('>es écrites par lui au jour le jour. Ces dernières ont été publiées en différents temps,
Bprèsta mort. Mais il reste en-l Z. CI. v.*iKi.
core,dans les papiers de La Brède, beaucoup de pensées inédites.
2. Ces pensées ont été écrites après 1748. Nous en avons donn«' d autres fragments, ici, p. 9. n. i ; p. 11, n.l; p. 23, n. 3; p. 52, n. 1 ; p. 34, n. 2 et ^\ ^.'5^, ^- ^ ^^"^ p. ^,11. t.
J'ai la maladie de faire des livres et d'en être honteux quand je les ai faits....
Je suis UQ bon citoyen : mais dans quelque pays que je fusse né, je l'aurais été tout de même. Je suis un bon citoyen, parce que j'ai toujours été content de Tétat où je suis, que j'ai toujours approuvé ma fortune, que je n'ai jamais rougi d'elle, ni envié celle des autres. Je suis un bon citoyen, parce que j'aime le gouvernement où je suis né, sans le craindre, et que je n'en attends d'autre faveur que ce bien inestimable que je partage avec tous mes concitoyens; et je rends grâces au ciel de ce qu'ayant mis en moi de la médiocrité en tout, il a bien voulu mettre un peu de modération dans mon âme....
Si je savais quelque chose qui me fût utile et qui fut préjudiciable à ma famille, je le rejetterais de mon esprit. Si je savais quelque chose qui fût utile à ma famille et qui ne le fût pas à ma patrie, je chercherais à l'oublier. Si je savais quelque chose utile à ma patrie et qui fût préjudiciable à l'Europe et au genre humain, je le regarderais comme un crime*.
(Œuvres posthumes, Paris, 1798.)