PEINTRES D*ITALIE
Nous admirons la majesté des draperies de Paul Yéroiiése ; mais nous sommes touchés de la simplicité de Raphaël et de la pureté du Corrège. Paul Véronèse promet beaucoup» et paye ce qu'il promet. Raphaël et le Corrège promettent peu, et payent beaucoup ; et cela nous plaît davantage....
Michel-Ange est le maître pour donner de la noblesse à tous ses sujets. Dans son fameux Bacchiis^, il ne fait point comme les peintres de Flandre, qui nous montrent une figure tombante, et qui est, pour ainsi dire, en l'air : cela serait indigne de la majesté d'un dieu. Il le peint ferme sur ses jambes ; mais il lui donne si bien la gaieté de l'ivresse, et le plaisir à voir couler la liqueur qu'il verse dans sa coupe, qu'il n'y a rien de si admirable.
Dans la Passion qui est dans la galerie de Florence*, il a peint la Vierge debout, qui regarde son Fils crucifié, sans douleur, sans pitié, sans regret, sans larmes. U la suppose instruite de ce grand mystère, et par là lui fait soutenir avec grandeur le spectacle de celte mort.
Il n'y a point d'ouvrage de Michel-Ange où il n'ait mis quelque chose de noble : on trouve du grand dans ses ébauches même, comme dans ces vers que Virgile n'a point unis. (Essai sur le goût,)