AU PRÉSIDENT HÉNAULT
De La Brùdo, le 11 aoiil 1751.
Jo voudrais bien, monsieur mon illustre confrère, doii- T)or trois ou quatre livres de VEsprit des Lois pour savoir écrire une lettre couune la vôtre, et pour vos sentiiiient^ d'estime, je vous en rends bien d'admiration. Vous doimoz
1. Jardins anjjlais : \o château <le la Hrède est du xiv» siècle.
Montos(|uieu l'entoura d'un pare.
;) J'aii^i-laise, dont il fut i'ort lier et
5. .N<' à Paris en HîH"», mort m 1770, auteur d'un célèhre Ahréij-' chronoloijique de Vllistnire <h Francf, ami des philosophes v\ qui existe encore. \ eotYcsv^^wdaut do > oltaire comme
^. Cf. p. "20 et p. 52. \ »\e>\viwV«i'àv\>a:\^>\.
la vie à mon âme, qui est languissante et morte, et qui ne sait plus que se reposer. Avoir pu vous amuser à Corapiègne, c'est pour moi la vraie gloire. Mon cher président, permettez-moi de vous aimer, permettez-moi de me souvenir des charmes de votre société, comme on se souvient des lieux que Ton a vus dans sa jeunesse, et dont on dit : « J'étais heureux alors! » Vous faites des lectures sérieuses h la cour, et la cour ne perd rien de vos agréments ; et moi, qui n'ai rien à faire, je ne puis me résoudre à faire quelque chose. J'ai toujours senti cela : moins on travaille, moins on a de force pour travailler. Vous êtes dans le pays des changements : ici, autour de nous, tout est immobile. La marine, les affaires étrangères, les finances, tout nous semble la même chose : il est vrai que nous n'avons point une grande finesse dans le tact. J'apprends que nous avons eu à Bordeaux plusieurs conseillers au parlement de Paris*, qui, depuis le rappel, sont venus admirer les beautés de notre ville; outre qu'une ville où l'on n'est point exilé est plus belle qu'une autre. Mon cher président, je vous aimerai toute ma vie.
(Laboulaye, VII, p. -433.)
Lettre de commission.
A l'abbé de guasco
De la Brode, ce 5 décembre 1754.
Dans l'incertitude où je suis que vous m'attendiez, je
^ous écrirai encore ime lettre avant de partir. Vous êtes
hanoine de Tournai; et moi je fais des prairies. J'aurais
esoin de cinquante livres de graines de trèfle de Flandre,
!. Los nicmbros du parlemont primé en juillet 175i et c'est pro- Paris avai«-nl rt<' t'xilôs en mai hablement à la suite d^i caV». 13, beaucoup envoy«'>.s à Poitiers aue <\vieV<\\\es->Mi& NVsi\\teï^vN.^>««- \ ÂDgouiC'inc. L'exil fut sup- \ uea\ix.
que Ton pourrait m'envoyer par Dunkerque à Bordeaux. Je vous prie donc de charger quelqu'un de vos amis à Tournai de me faire cette commission, et je vous payerai comme un gentilhomme, ou, pour mieux dire, comme un marchand ; et quand vous viendrez à La Brède, vous verrez votre trèfle dans toute sa gloire. Considérez que mes prés sont de votre création : ce sont des enfants à qui vous devez continuer l'éducation*....
(Lettres familières,)
Lettres de recommandation.
A M«' CERATI*
De Bordeaux, le 1" décembre 1754.
Je commence par vous embrasser, bras dessus et bras dessous. J'ai l'honneur de vous présenter M. de La Condamine, de l'Académie des Sciences de Paris'. Vous connaissez sa célébrité : il vaut mieux que vous connaissiez sa personne ; et je vous la présente, parce que vous êtes loulo rilalie pour moi. Souvenez-vous, je vous prie, de celui qui vous aime, vous honore et vous estime plus que personne dans le monde.
A l'abbé, marquis niccolini*
De Bordeaux, le 1" décembre 175i.
Permcllez, mon cher abbé, que je me rappelle à votre amitié : je vous recommande M. de La Condamine. Je ne
1, Montesquieu avait un p^rand soin do SCS terres de la Brède (cf. ici, p. 17 et 340).
2. De la Conprrégation de l'Oratoiro de Saint-Philippe, né à Parme en 1I)ÎH), mort en 1701), un des sav.'ints italiens les plus inlelligcnls et Jes mieux doués de son temps, le conseiller de Muralon \ V.eç.c\\\\e\\ Ç\V. \^ connaissance lors
et /{uni do 3/ontcsquieu, qui \e\ de sowNO>i^^iVi\i ^\Qv^>w^vi.
connut lors de son voyapo à Rome.
3. 1701-1774. savant', gt'ojrraplio, voyageur, un de ceux (jui, on 173<j, firent le voyage do rAmériquo pour déterminer la grandeur et la figure de la terre.
4. Littérateur ot i)liilosophe fiorentin (1701-1769), dont Mon-
vous dirai rien, sinon qu'il est de mes amis : sa grande célébrité vous dira d'autres choses, et sa présence dira le reste. Mon cher abbé, je tous aimerai jusqu'à la mort.
(Lettres familières.)
Lettre d'excuse : dernier billet de Montesquieu.
▲ u. l'abbé de guasco
De Paris, en 1755.
Vous fûtes hier de la dispute avec M. de Mairan* sur la Chine. Je crains d'y avoir mis trop de vivacité, et je serais au désespoir d'avoir fâché cet excellent homme. Si vous allez dîner aujourd'hui chez M. de Trudaine*, vous l'y trouverez peut-être : en ce cas, je vous prie de sonder un peu s'il a mal pris ce que j'ai dit ; et sur ce que vous me rendrez, j'agirai de façon avec lui qu'il soit convaincu du cas que je fais de son mérite et de son amitié.
(Lettres familières.)
1. De l'Académie des Sciences et de l'Académie française. Montesqufeu et lui n'étaient point d'accord sur les Chinois, cnie Mairan défendait et que le prési-
dent ne regardait pas comme « de si honnêtes gens ».
2. Directeur des Ponts et Chaussées, intendant général des finances.