‹ Extraits de l'esprit des lois et des œuvres diversesChapitre 63 sur 324 · Il s'agit surtout de Law · texte numérisé non relu

Il s'agit surtout de Law

mais voyez comme ces pbrases rappellent Platon. « Montesquieu ne soupçonnait point que ces manufactures, ce commerce, ces richesses, ce luxe même qu'il jugeait incompatibles avec les démocraties, en deviendraient l'élément fondamental ; que cette révolution s'opérerait dans soa, v\v«v.

cœurs qui peuvent la recevoir, et l'avarice entre dans tous. Les désirs changent d'objets : ce qu'on aimait, on ne l'aime plus; on était libre avec les lois, on veut être libre contre elles; chaque citoyen est comme un esclave échappé de la maison de son maître ; ce qui était maxime, on l'appelle rigueur; ce qui était règle, on l'appelle gène; ce qui était attention, on l'appelle crainte. C'est la frugalité qui y est l'avarice, et non pas le désir d'avoir. Autrefois le bien des particuliers faisait le trésor public; mais pour lors le trésor public devient le patrimoine des particuliers. La république est une dépouille ; et sa force n'est plus que le pouvoir de quelques citoyens et la licence de tous*.

Athènes eut dans son sein les mêmes forces pendant qu'elle domina avec tant de gloire, et pendant qu'elle servit avec tant de honte. Elle avait vingt mille citoyens*, lorsqu'elle défendit les Grecs contre les Perses, qu'elle disputa l'empire à Lacédémone, et qu'elle attaqua la Sicile. Elle en avait vingt mille lorsque Démétrius de Phalère les dénombra', conmie dans un marché l'on compte les esclaves. Quand Philippe osa dominer dans la Grèce, quand il parut aux portes d'Athènes*, elle n'avait encore perdu que le temps. On peut voir dans Démosthène quelle peine il fallut pour la réveiller^: on y craignait

1. On devine, en lisant ce passaj^e, toute une suite de ivuiiniscences dos dëclaniations antiques; cf. Salluste, jMf/wrf/ia, XXXI ; Ùntilina, XX, etc.

2. Piutanjuo, in Pericle; Platon, in Critia.] — Plularque, l*ericli^s, XXXVll: Platon, Critias, 1».^1I2.

3. 11 s'y trouva vinjîtet un mille citoyens, dix mille étrangers, quatre cent mille esclaves. Voyez Athrnée, liv. VM — Cf. Consilê-

/y///û/iSf p. 20, où ce ]»assage est

d. Elle avait vinf^t mille citoyen

Voyez Démosthène, in Aristogitonem.] — I, 51.

5. « Démosthène », a écrit Lucien {Eloge de Démosthène, XXXV), « réveille malgré eux ses concitoyens assoupis connue par la mandragore. Peu soucieux de leur être agréable, sa franchise est le fer qui coupe et brûle leur indo lence. Si les Athéniens n'avaient pas chez eux Démosthène, Philippe prendrait leur ville plus facilement qu'il n'a vaincu Thèhes et les Thessaliens : la ruse, la v\o\eucc, W suvvvvs^i^ l'argent en \ auraient bon \n^.tç,\iè,»

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Philippe, non pas comme rennomi de la liljci té, mais des plaisirs*. Celle ville, qui avait résisté à tant de défaites, qu'on avait vue renaître après ses destructions, fut vaincue à Chéronée, et le fut pour toujours. Qu'importe que Philippe renvoie tous les prisonniers? il ne renvoie pas des hommes. Il était toujours aussi aisé de triompher des forces d'Athènes qu'il était difficile de triompher de sa vertu. Comment Carthage aurait-elle pu se soutenir? Lorsque Aniiibal, devenu préteur, voulut empêcher les magistrats de piller la république, n'allèrent-ils pas l'accuser devant les Romains ? Malheureux, qui voulaient être citoyens sans qu'il y eût de ci!é, et tenir leurs richesses de la main de leurs destructeurs! Bientôt Rome leur demanda pour otages trois cents de leurs principaux citoyens; elle se fit livrer les armes et les vaisseaux, et ensuite leur déclara la guerre. Par les choses que fit le désespoir dans Carthage désarmée*, on peut juger de ce qu'elle aurait pu faire avec sa vertu lorsqu'elle avait ses forces.

(Livre 111, ch. m.)

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