DE L ÉDUCATION DANS LE GOUVERNEMENT DESPOTIQUE
Comme l'éducation dans les monarchies ne travaille qu'à élever le cœur, elle ne cherche qu'à l'abaisser dans les États despotiques. Il faut qu'elle y soit servile. Ce sera un bien, même dans le commandement, de l'avoir eue telle, personne n'y étant tyran sans être en même temps esclave.
L'extrême obéissance suppose de l'ignorance^ dans celui qui obéit; elle en suppose même dans celui qui commande : il n'a point à délibérer, à douter, ni à raisonner, il n'a qu'à vouloir.
Dans les Étals despotiques, chaque maison est un Empire séparé. L'éducation, qui consiste principalement à vivre avec les autres, y est donc très bornée : elle se
1. Non soiiloment rintelliponce nVst |>as ôti-anjît're iiiix despotes ([*isistrate,César,Tibèro), mais elle est souvent au contraire leurqua-
reurs monfrols cil«'s p. 128. n. 4.
Montesquieu est jri l'esclave, et peut-être l'esclave voloutaivo, de.
liti" thmiinnnif. Outre les enipo- \ Vo ÂesxHA'xsww. v\\\v^ \^ voVouVè vwVvn^ius rotiiains, voyez les eii^Hî- \ Iraire Oivvsownv.'Y'a\\\.
rôdiiit à mettre la crainte dans le cœur, et à donner à l'esprit la connaissance de quelques principes de religion fort simples. Le savoir y sera dangereux, l'émulation funeste; et pour les vertus, Aristote ne peut croire qu'il y en ait quelqu'une de propre aux esclaves* : ce qui bornerait bien l'éducation dans ce gouvernement.
L'éducation y est donc, en quelque façon, nulle. Il faut ôler tout, afin de donner quelque chose, et commencer par faire un mauvais sujet, pour faire un bon esclave*.
Eh ! pourquoi l'éducation s'attacherait-elle à y former un bon citoyen qui prît part au malheur public? S'il aimait l'État, il serait tenté de relâcher les ressorts du gouvernement : s'il ne réussissait pas, il se perdrait; s'il réussissait, il courrait risque de se perdre : lui, le prince et l'Empire. (Livre IV, chap. ni.)
Les hommes sont tous égaux dans le gouvernement républicain; ils sont égaux dans le gouvernement despotique : dans le premier, c'est parce qu'ils sont tout; dans le second, c'est parce qu'ils ne sont rien.
(Livre VI, chap. n, fragm.)
Les fleuves courent se mêler dans la mer : les monarchies vont se perdre dans le despotisme.
(Livre VllI, rhap. xvii, fragm.)