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ÉLOGE DE MONTESQUIEU
préférable à un discours faible ou à un mauvais poème; et Bordeaux eut une Académie des sciences^.
M. de Montesquieu, nullement empressé de se montrer au public, semblait attendre, selon Texpression d*ua grand génie, un âge mûr pour écrire. Ce ne fut qu'en 172', c'est-à-dire âgé de trente-deux ans, qu'il mit au jour 1^ Lettres Persanes*. Le Siamois des Amusements sérieux et comiques' pouvait lui en avoir fourni l'idée, mais il surpassa son modèle* La peinture des mœurs orientales, réelles ou supposées, de l'orgueil et du flegme de l'amour asiatique, n'est que le moindre objet de ces lettres 5; elle n'y sert, pour ainsi dire, que de prétexte à une satire fine de nos mœurs, et à des matières importantes que l'auteur approfondit en paraissant glisser sur elles. Dans cette espèce de tableau mouvant, Usbek expose surtout, avec autant de légèreté que d'énergie, ce qui a le plus frappé. parmi nous ses yeux pénétrants: notre habitude de traiter sérieusement les choses les plus futiles, et de tourner les plus importantes en plaisanterie; nos conversations si bruyantes et si frivoles^; notre ennui
1. En 1717, Montesquieu fonda à l'Académie un prix d'anatomie.
2. Les Lettres Persanes parurent sans nom d'auteur et sans indication de date, mais certainement en 1721, à Cologne, chez P. Marteau, à Amsterdam, chez Brunel (ces deux noms d'éditeurs semblent des pseudonymes), en 2 vol. in-12, avec ce seul titre :
LETTRES PERSANES. Il y en eut une seconde édition, sous le même nom de Marteau, à la fin de 1721, revue, corrigée, diminuée, et augmentée par fauteur.
3. (hivrape de Dufn*sny (1618- 1721) dans lequel le Siamois joue un rôle analo^^ue à celui du Per-
sa/i dans les Le/ 1res Persanes;
2'éclit. 1707; cf. ici, p. 259, n. 1 ;
/'- ^i}&, n. 2; p. 271, n. 2. Il faut
ajouter V Espion dans les cours des princes chrétiens (1684 et suiv.}, série de lettres sur la cour de Louis XIV, publiées par Marana (16i2-92).
4. La principale source < orientale » des Lettres Persan» est le Voyage en Perse de Chardin : ce dernier (mort en 1713) séjourna longtemps ù la cour do Perse ; il étudia avec soin les mœurs et les lois du pays, et la description qu'il en a donnée est aujourd'hui encore fort estimée par la précision et ralK)ndance des détails.
5. Et de fait la couleur locale est assez terne dans les Lettres Persanes, l'sbek, Rica et leurs correspondants sont « plus gascons
auc persans «^ suivant le mut de L Sore\(,p.'»V