Esprits animaux
ESSAIS DE THÉODIGÉE. 185
rôle qu'il avait déjà joué, 8*11 eût été nouveau comme il semble que M. Bayle le prend.
Les plaisirs de l'esprit sont les plus purs et les plus utiles pour faire durer la joie. Cardan, déjà vieillard, était si content de son état, qu'il protesta avec serment qu'il ne le changerait pas avec celui d'un jeune homme des plus riches, mais ignorant. M. de La Mothe Le Vayer le rapporte lui-même sans le critiquer. Il parait "que le savoir a des charmes qui ne sauraient être conçus par ceux qui ne les ont point goûtés. Je n'entends pas un simple savoir des faits sans celui des raisons; mais tel que celui de Cardan, qui était effectivement un grand homme avec tous ses défauts, et aurait été incomparable sans ces défauts :
Félix qui potultrerum cognoscere causas, Atque melus omnes et inexorabile factum Subjecit pedibus...
Ce n'est pas peu de chose d'être content de Dieu et de l'univers ; de ne point craindre ce qui nous est destiné, ni se plaindre de ce qui nous arrive, La connaissance des vrais principes nous donne cet avantage, tout, autre que celui que les stoïciens et les épicuriens tiraient de leur philosophie. 11 y a autant de différence entre la véritable morale et la leur qu'il y en a entre la joie et la patience : car leur tranquillité n'était fondée que sur la nécessité ; la nôtre le doit être sur la perfection et sur la beauté des choses, sur notre propre félicité (1).