Elle n'y satisfait point autant que le croit Leibniz
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aucun individu^ Bans qu'il y eût une raison de cette détermination^ et cette raison mène nécessairement à quelque énonciation générale. Le sage agit toujours par principes ; il agit toujours par régies, et jamais par exceptions, que lorsque les règles concourent entre elles par des tendances contraires où la plus forte l'emporte ; autrement, ou elles s'empêcheront mutuellement, ou il en résultera quelque troisième parti ; et dans tous ces cas une règle sert d'exception à l'autre, sans qu'il y ait jamais d'exceptions originales auprès de celui qui agit toujours régulièrement.
LES QUAUTÉS SENSIBLES ET LES LOIS DU MOUVEMENT SONT- ELLES ARBITRAIRES. — CRITIQUE DU NATURAUSME.
M. Bayle est persuadé, avec les cartésiens modernes, que les idées des qualités sensibles que Dieu donne, seloh eux, à l'âme à l'occasion des mouvements du corps, n'ont rien qui représente ces mouvements ou qui leur ressemble ; de sorte qu'il était purement arbitraire que Dieu nous donnât les idées de la chaleur, du froid, de la lumière, et autres que nous expérimentons, ou qu'il nous en donnât de tout autres à cette même occasion. J'ai été étonné bien souvent que de si habiles gens aient été capables de goûter des sentiments si peu philosophiques et si contraires aux maximes fondamentales de la raison ; car rien ne marque mieux l'imperfection d'une philosophie que la nécessité où le philosophe se trouve d'avouer qu'il se passe quelque chose, suivant son système, dont il n'y a aucune raison, et cela vaut bien la déclinaison des atomes d'Épicure. Soit que Dieu ou que la nature opère, l'opération aura toujours ses raisons. Dans les opérations de la nature, ces raisons dépendront ou des vérités nécessaires, ou des lois que Dieu a trouvées les plus raisonnables ; et dans les opérations de Dieu, elles dépendront du choix de la suprême raison qui le fait agir.
M. Bayle semble croire que les idées que Tâme con-
çoit par rapport aux sentiments du corps sont arbitraires. Ainsi Dieu pouvait faire que la solution de continuité nous donnât du plaisir. Il veut même que les lois du mouvement soient entièrement arbitraires.
Je puis démontrer ces lois de plusieurs manières, mais il faut toujours supposer quelque chose qui n*est pas d'une nécessité absolument géométrique. De sorte que ces belles lois sont une preuve merveilleuse d*un être intelligent et libre, contre le système de la nécessité absolue et brute de Straton et de Spinoza.
J*ai trouvé qu'on peut rendre raison de ces lois en supposant que Teffet est égal en force à sa cause, ou^ ce qui est toujours la môme chose, que la môme force se conserve toujours ; mais cet axiome d'une philosophie supérieure ne saurait être démontré géométriquement.
J'ai encore fait voir qu'il s'y observe cette belle loi de la cmtinuitéf que j'ai peut-être mise le premier en avant, et qui est une espèce de pierre de touche dont les règles de M. Descartes et d'autres ne sauraient soutenir l'épreuve. En vertu de cette loi, il faut qu'on puisse considérer le repos comme un mouvement évanouissant après avoir été continuellement diminué ; et de môme l'égalité, comme une inégalité qui s'évanouit aussi.
Ces considérations font bien voir que les lois de la nature qui règlent les mouvements ne sont ni tout à fait nécessaires, ni entièrement arbitraires. Le milieu qu'il y a à prendre est qu'elles sont un choix de la plus parfaite sagesse. Et ce grand exemple des lois du mouvement fait voir le plus clairement du monde combien il y a de différence entre ces trois cas, savoir : premièrement, une nécessité absolue, métaphysique ou géométrique, qu'on peut appeler aveugle, et qui ne dépend que des causes efficientes ; en second lieu, une nécessité morale, qui vient du choix libre de la sagesse par rapport aux causes finales ; et enfin, en troisième lieu, quelque chose d'arbitraire absolument, dépendant d'une indifférence d'équilibre qu'on se figure, mais qui ne saurait exister où il n'y a aucune raison suffisante
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ni dans la cause efficiente ni dans la finale. Et par conséquent on a tort de confondre ou ce qui est absolument né" cessaire avec ce qui est déterminé par la raison du meilleur, ou la liberté qui se détermine par la raison avec une indiffé^ renée vague.
C'est ce qui satisfait aussi justement à la difficulté de M. Bayle, qui craint que si Dieu est toujours déterminé, la nature se pourrait passer de lui et faire le même effet qui lui est attribué par la nécessité de l'ordre des choses. Gela serait vrai si, par exemple, les lois du mouvement et tout le reste avait sa source dans une nécessité géométrique de causes efficientes ; mais il se trouve que, dans la dernière analyse, on est obligé de recourir à quelque chose qui dé* pend des causes finales ou de la convenance. C'est aussi ce qui ruine le fondement le plus spécieux des naturalistes. Le docteur Jean-Joacbim Becherus , médecin allemand , connu par des livres de chimie, avait fait une prière qui pensa lui faire des affaires. Elle commençait : sancta ma" ter natura, aeteme rerum ordo. Et elle aboutissait à dire que cette nature lui devait pardonner ses défauts, puisqu'elle en était cause elle-même. Mais la nature des choses prises sans intelligence et sans choix n'a rien d'assez déterminant. M. Bêcher ne considérait pas assez qu'il faut que l'auteur des choses {natura naturans) soit bon et sage, et que nous pouvons être mauvais sans qu'il soit complice de nos méchancetés. Lorsqu'un méchant existe, il faut que Dieu ait trouvé dans la région des possibles l'idée d'un tel homme entrant dans la suite des choses, de laquelle le choix était demandé par la plus grande perfection de l'univers, et où les défauts et les péchés ne sont pas 'seulement châtiés, mais encore réparés avec avantage et contribuent au plus grand bien.
NOS PERCEPTIONS SENSIBLES REPRÉSENTENT CE QUI SE PASSE DANS LES OBJETS. — THÉORIE DE LA SENSATION.
Il ne suffit pas que Dieu ordonne simplement qu'une blessure excite un sentiment agréable, il faut trouver des
moyens naturels pour cela. Le vrai moyen par lequel Dieu fait que l'âme a des sentiments de ce qui passe dans le corps vient de la nature de l'âme, qui est représentative des corps, et faite en sorte par avance que les représentations qui naîtront en elle les unes des autres, par une suite naturelle de pensées, répondent au changement des corps.
La représentation a un rapport naturel à ce qui doit être représenté. Si Dieu faisait représenter la figure ronde d'un corps par l'idée d'un carré, ce serait une représentation peu convenable, car il y aurait des angles ou éminences dans la représentation, pendant que tout serait égal et uni dans ToriginaL La représentation supprime souvent quelque chose dans les objets quand elle est imparfaite, mais elle ne saurait rien ajouter, cela la rendrait non pas plus que parfaite, mais fausse ; outre que ia suppression n'est jamais entière dans nos perceptions, et qu'il y a dans la représentation, en tantque confuse, plusquenousn'y voyons. Ainsi il y a lieu de juger que les idées de la chaleur, du froid, des couleurs, etc., ne font aussi que représenter les petits mouvements excités dans les organes lorsqu'on sent ces qualités, quoique la multitude et la petitesse de ces mouvements en empêche la représentation distincte (1). A peu près comme il arrive que nous ne discernons pas le bleu et le jaune qui entrent dans la représentation aussi bien que dans la composition du vert, lorsque le microscope fait voir que ce qui parait vert est composé de parties jaunes et bleues.
Il est vrai que la môme chose peut être représentée différemment, mais il doit toujours y avoir un rapport exact entre la représentation et la chose, et par conséquent entre les différentes représentations d'une même chose. Les projections de perspective, qui reviennent dans le cercle aux sections coniques, font voir qu'un môme cercle peut être représenté par une ellipse, par une parabole et par une hyperbole, et même par un autre cercle et par une ligne
1. Ici Leibniz, sortant des discussions scolastiques, retrouve toute la puissance de sa pensée. '
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droite et par un point. Rien ne parait si diflféror.t ni si dissemblable que ces figures, et cependant il y a un rapport exact de chaque point à chaque point. Aussi faut-il avouer que chaque âme se représente l'univers suivant son point de vue, et par un rapport qui lui est propre ; mais une parfaite harmonie y subsiste toujours. Et Dieu, voulant faire représenter la solution de continuité du corps par un sentiment agréable dans Tâme^ n'aurait point manqué de faire que cette solution môme eût servi à quelque perfection dans le corps, en lui donnant quelque dégagement nouveau, comme lorsqu'on est déchargé de quelque fardeau ou détaché de quelque lien. Mais ces sortes de corps organisés, quoique possibles, ne se trouvent point sur notre globe, qui manque sans doute d'une intinité d'inventions que Dieu peut avoir pratiquées ailleurs.