‹ Extraits de la Théodicée, avec introd.,notes, et éclairoissements sur l'histoire de l'optimismeChapitre 139 sur 205 · Magnifique image dans un récit un peu obscur · texte numérisé non relu

Magnifique image dans un récit un peu obscur

méat Dieu ne se serait point déterminé à en créer aucun ; mais il n'y en a aucun qui n'en ait encore de moins parfaits au-dessous de lui : c'est pourquoi la pyramide descend à l'infini. Théodore, entrant dans cet appartement suprême, se trouva ravi en extase; il lui fallut le secours de la déesse; une goutte d'une liqueur divine mise sur sa langue le remit. Il ne se sentait pas de joie. Nous sommes dans le vrai monde actuel, dit la déesse, et vous y êtes à la source du bonheur. Voilà ce que Jupiter vous y prépare, si vous continuez de le servir fidèlement. Voici Sextus tel qu'il est et tel qu'il sera actuellement (l). Il sort du lemple tout en colère, il méprise le conseil des dieux. Vous le voyez allant à Rome, mettant tout en désordre, violant la femme de son ami Le voilà chassé avec son père, battu, malheureux. Si Jupiter avait pris un Sextus heureux à Corinlhe, ou roi en Thrace, ce ne serait plus ce monde. Et cependant il ne pouvait manquer de choisir ce monde, qui surpasse en perfection tous les autres, qui fait la pointe de la pyramide : autrement Jupiter aurait renoncé à sa sagesse ; il m'aurait bannie, moi qui suis sa fille. Vous voyez que mon père n a point fait Sextus méchant ; il Tétait de toute éternité (2), il rétait toujours librement (3) : il n'a fait que lui accorder l'existence, que sa sagesse ne pouvait refuser au monde où il est compris : il Ta fait passer de la région des possibles à celle des êlres actuels. Le crime de Sextus sert a de grandes choses ; il en naîtra un grand empire qui donnera de grands exemples (4). Mais cela n'est rien au prix du total de ce monde, dont vous admirerez la beauté, lorsqu'après un

l Pallas s'adresse ici à Tégoïsme de Théodore, et lui fait entendre qu'il serait malheureux si Sextus était heureux.

2. Quoi de plus inintelligible que ce Sextus méchant de toute éternité qui, selon Leibniz, existerait indépendamment de Dieu Darmi les possibles t , j ,• o

3. Quelle différence y a-t-il entre cette liberté et le dest n ?

4. Voilà le malheureux Sextus réduit par Leibniz au rôle d instrument et de rouage dans la machine du monde.

ESSAIS DE THÉODICÉE. ââl

heureux passage de cet état mortel à. un autre meilleur, les dieux vous auront rendu capable de la connaître.

Daos ce moment, Théodore s'éveille , il rend grâces à la déesse (l), il rend justice à Jupiter (2), et, pénétré de ce qu'il a vu et entendu, il continue la fonction de grand sacrificateur avec tout le zèle d'un vrai serviteur de son dieu, avec toute la joie dont un mortel est capable. Il me semble que cette continuation de la fiction peut éclaircir la difficulté laquelle Valla n'a point voulu toucher (3). Si Apollon a bien représenté la science divine de la vision (qui regarde les existences), j'espère que Pallas n'aura pas mal fait le personnage de ce qu'on appelle la science de simple intelligence, qui regarde tous les possibles (4), où il faut enfin chercher la source des choses.

1. Théodore est charmé de voir que le malheur de Sextus serl à son bonheur; mais Sextus sera-til charmé également?

2. Le Jupiter de cette fable tait tout ce qu'il peut, mais il ne peut pas tout ce que réclamerait une bonté infinie.

3. Le mythe de Leibniz semble, au contraire, la réfutation de Leibniz par lui-même.

4 La solution de Leibniz revient à dire que la volonté de Jupiter est excellente, mais que c'est son intelligence qui est mauvaise et renferme nécessairement le mal. — Quant au a palais des Destinées », le fatalisme y est vraiment le maître.

Sur l'optimisme de Leibniz, voyez Vebervreg {6 rundriss der Geschichie der Philosophie der Neuzeit) Drille avfl., 106, 109; Kuno Fischer {Geschichie der neuem Philosophie, Bd 11 ) ; Zel- 1er {Geschichie der Devtschen Philosophie); Bilfinger i De origine et permissione malt, 1724} : Baumeisier {Historia doclrinx de optimo mundo, 1741) ; Kant, « Ueber den optimismus », eiUeber das Misslingen aller Philosophischen Versuche in der Theodicee; Cbalmers, Nalural Théologie; Plchler, Die Théologie der Leibniz.

Page 1