‹ Extraits de la Théodicée, avec introd.,notes, et éclairoissements sur l'histoire de l'optimismeChapitre 143 sur 205 · MONADOLOGIE · texte numérisé non relu

MONADOLOGIE

C'est ainsi que, chez les mathématiciens, les théorèmes de spéculation et les canons de pratique sont réduits par analyse aux définitions y axiomes et demandes.

Et il y a enfin des idées simples dont on ne saurait donner la définition ; il y a aussi des axiomes et demandes, ou en un mot des principes primitifs, qui ne sauraient être prouvés et n'en ont point besoin aussi, et ce sont les énondations identiques, dont Topposé contient une contradiction expresse.

Mais la raison suffisante, se doit aussi trouver dans les vérités contingentes ou de fait, c'est-à-dire dans la suite des choses répandues par Tunivers des créatures, où la résolution en raisons particulières pourrait aller à un détail sans bornes, à cause de la variété immense des choses de la nature et de la division des corps à l'infini. Il y a une infinité de figures et de mouvements présents et passés qui entrent dans la cause efficiente de mon écriture présente, et il y a une infinité de petites inclinations et dispositions de mon âme présentes et passées qui entrent dans la cause finale.

Et comme tout ce détail n'enveloppe que d'autres contingents antérieurs ou plus détaillés, dont chacun a encore besoin d'une analyse semblable pour en rendre raison, on n'en est pas plus avancé, et il faut que la raison suffisante ou dernière soit hors de la suite ou séries de ce détail des contingences, quelque infini qu'il pourrait être.

Et c'est ainsi que la dernière raison des choses doit être dans une substance nécessaire, dans laquelle le détail des changements ne soit qu'éminemment, comme dans la source, et c'est ce que nous appelons Dieu,

Or, cette substance étant une raison suffisante de tout ce détail, lequel aussi est lié partout, il n'y a qu'un Dieu et ce Dieu suffit.

On peut juger aussi que cette substance suprême, qui est unique, universelle et nécessaire, n'ayant rien hors d'elle qui en soit indépendant, et étant une suite simple de l'être possible, doit être incapable de limites et contenir tout autant de réalités qu'il est possible.

i36 EXTRAITS Dbl LLIBHJZ.

D'od il suit que Dieu esl absolument parfait ; lap«rfeetion n'étant autre chose que la {grandeur de la réalité

positive prise précisément, en metlaot à part les limites ou bornes dans les clioses qui eu ont. Et là où il n'y a point de bornes, c'est-à-dire en Dieu, la perfection est absolument iulinie.

Il s'ensuit aussi que les créatures ont leurs perfections de l'influence de Dieu, mais quelles ont leurs iraperfeclions de leur nature propre, incapable d'ôlre sans bornes, car c'est en cela qu'elles sont distinjiuées de Dieu,

Il est vrai aussi qu'en Dieu est non -seulement la source des existences, mais encore celle des essences, en tant que réelles ou de ce qu'il y a de réel dans la possibilité : c'est parce que l'entendement de Dieu est la région des vérités éternelles ou des idées dont elles dépendent, et que sans lui i) n'y aurait rien de réel dans les possibilités, et non-seulement rien d'existant, mais encore rien de possible,

Cependant il faut bien que, s'il y a une réalité dans les essences ou possibilités, ou bien dans les vérités étemelles, cette réalité soit fondée en quelque chose d'existant et d'actuel, et par conséquent dans l'existence de l'être nécessaire, dans lequel l'essence renferme l'existence ou dans lequel il suffit d'être possible pourètre actuel.

Ainsi Dieu seul (ou l'Être nécessaire) a ce privilège qu'il faut qu'il existe, s'il est possible. Et comme rien ne peut empêcher la possibihié de ce qui n'enferme aucune ùorne, aucune négation, et par conséquent aucune contradiction, cela seul sufdt pour connaître l'existence de Dieu à priori. Nous l'avons prouvée aussi par la réalité des vérités éternelles. Mais nous venons de la prouver aussi à posteriori, puisque des êtres contingents existent, lesquels ne sauraient leur raison dernière ou suffisante que dans l'être □écessaire, qui a la raison de son existence en lui-même.

Cependact il ne faut point s'imaginer, avec quelques-uns, que les vérités éternelles, éiant dépendantes de Dieu, sont arbitraires et dépendent de sa volonté, comme Descaries parait l'avoir pris, et puis M. Poiret. Cela n'est véritable

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