XV. DE l'origine RADICALE DES CHOSES
Supposons qu'il y ait eu un livre éternel des éléments de géométrie, et que les autres aient été successivement copiés sur lui, il est évident que, bien qu'on puisse rendre compte du livre présent par le livre qui en a été le modèle, on ne pourra cependant jamais, en remontant en arrière à autant de livres qu'on voudra, en venir à une raison parfaite ; car on a toujours à se demander pourquoi de tels livres ont existé de tout temps, c'est-à-dire pourquoi ces livres, et pourquoi ^ils sont ainsi écrits. Ce qui est vrai des livres, l'est aussi des divers états du monde ; car, malgré certaines lois de transformation, l'état suivant n'est en quelque sorte que la copie du précédent, et, à quelque état antérieur que que vous remontiez, vous n'y trouvez jamais la raison parfaite, c'est-à-dire, pourquoi il existe certain monde, et pourquoi ce monde plutôt que tel autre. Car vous avez beau supposer un monde éternel, comme vous ne supposez qu'une succession d'états ; et que dans aucun d'eux vous ne trouvez la raison suffisante, et même qu'un nombre quelconque de mondes ne vous aide en rien à en rendre compte, il est évident qu'il faut chercher la raison ailleurs.
Mais pour expliquer un peu plus clairement comment