‹ Extraits de la Théodicée, avec introd.,notes, et éclairoissements sur l'histoire de l'optimismeChapitre 172 sur 205 · LES OPTIMISTES DANS L'ANTIQUITÉ · texte numérisé non relu

LES OPTIMISTES DANS L'ANTIQUITÉ

« refusent de les donner, semblables à ces hommes a m'éprisablesqui, sachant qu'il y a quelque chose de mieux < à faire que ce qu'ils font, ne le font pas, par amour du « plaisir et par crainte de la douleur? » Platon abandonne ici Voptimisme humain de Socrate, qui croyait que l'homme môme agit toujours pour le mieux. Peut-être est-ce parce que le dialogue des Lois est exotérique, ou parce que Platon avait fini par se rapprocher de l'opinion commune. Mais il conserve avec raison l'optimisme en Dieu, dont la volonté ne peut être imparfaite comme la nôtre, ni faire le mal en connaissant le bien.

« Ne faisons donc pas cette injure à Dieu, de le mettre • au-dessous des ouvriers mortels ; et tandis que ceux-ci, « à proportion qu'ils excellent dans leur art, s'appliquent « aussi davantage à finir et à perfectionner, par les seuls « moyens de cet art, toutes les parties de leur ouvrage, soit " grandes, soit petites, ne disons pas que Dieu, qui est « très-sage, qui veut etpeutprendre soin de tout, néglige les « petites choses auxquelles il lui est plus aisé de pourvoir, « comme pourrait faire un ouvrier indolent ou lâche, rebuté « par le travail, et qu'il ne donne son attention qu'aux a grandes. » (C'est la doctrine socratique de la Providence spéciale f de Vèirtitùita t«v Otwv). < Celui qui prend soin de toutes « choses les a disposées pour la conservation et le bien de « l'ensemble ; chaque partie n'éprouve ou ne fait que ce qu'il t lui convient de faire ou d'éprouver ; il a commis des êtres « pour veiller sans cesse sur chaque individu jusqu'à la « moindre de ses actions, et porter la perfection jusque dans « les derniers détails. » (Doctrine socratique des génies qui veillent sur nous, comme le démon de Socrate.) t Toi-même, « chétif mortel, » (Socrate, dans Xénophon, adresse de la même manière la parole à Aristodème), • tout petit que tu « es, tu entres pour quelque chose dans l'ordre général ; et a tu t'y rapportes sans cesse. Mais tu ne vois pas que toute « génération se fait en vue du tout, afin qu'il vive d'une « vie heureuse » (to ttôv, dit aussi Xénophon, qui ajoute que Dieu maintient le tout dans une éternelle jeunesse) ; « que a Tunivers n'existe pas pour toi, mais que tu existes toit même pour l'univers. » (Doctrine socratique de la subordinatîon du particulier au général.) « Tout médecin, tout « artiste habile, dirige les opérations vers un tout, et tend

290 ÉCLAIRCISSEMENTS SUR l'bISTOIRE DE l'uPTIMISUE .

• à la plus grande perfection de ce tout ; il fait la partie

• à cause du tout, et non le tout à cause de la partie ; et « si tu murmures, c'est faute de savoir comment ton bien t propre se rapporte à la fois et à toi-même et au tout^ seloQ « les lois de l'existence universelle. • On reconnaît le principe le plus cher à Socrate : l'unité de tous les biens dans le bien, Tidenlité absolue et finale de notre utilité avec Tutilité universelle.

En résumé, Socrate place Toptimisme en Dieu et môme dans Thomme. Tout le bien qui est en nous vient du bien même, et conséquemment de Dieu. Dans nos erreurs et nos vices on retrouve encore la part du divin : c'est la tendance essentielle de la volonté intelligente au bien, l'intention bonne. Quant à Terreur, à la soufiFrance et aux autres maux, ils ne viennent pas de Dieu, mais du corps. A cause de l'imperfection inhérenle à tout être borné, nous ne pouvons avoir le vrai et le bien qu'en puissance, et r « enfantement » est toujours laborieux. Dieu fait, d'ailleurs, tout ce qui est en son pouvoir pour le rendre plus facile, soit par les lois générales de l'univers, soit par les actes particuliers de sa providence. Les peines mêmes qu'il nous inflige ont pour but notre bien ; ce sont des remèdes qui ont pour fin notre guérison morale. Jamais le mal, en tant que mal, ne vient de Dieu. Dieu a donc tout fait et tout disposé pour le mieux, suivant les lois de la dialectique et de la raison ; car il est la suprême sagesse par sa pensée, et la suprême justice par ses œuvres (1).

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