ÉCLAIRCISSEHENTS SUR L'HISTOIRE DE L^OPTIMISME
aux croyances vulgaires), • parce qu'il y a peut-être entre leur nature et la tienne une parenté divine, qui te porte à les honorer et à les reconnaître (fAn^'x** '^^^ Ociov, dit Xénopiion). Mais tu te jettes dans Timpiété, à la vue de la prospérité qui couronne les entreprises publiques et particulières des hommes injustes et méchants, prospérité qui, dans le fond, n'a rien de réel » (doctrine socratique de ridentité du bonheur el de la vertu), ■ mais que Ton s'exagère contre toute raison, et que les poètes et mille autres ont célébrée à l'envi dans leurs ouvrages. Peutêtre encore qu'ayant vu des impies parvenir heureusement au terme de la vieillesse, laissant après eux les enfants de leurs enfants dans les postes les plus honorables, ce spectacle a jeté le trouble dans ton âme. Alors, je le vois bien, ne voulant pas, à cause de cette affinité qui t'unit aux dieux, les accuser d'être les auteurs de ces désordres, mais, poussé par des raisonnements insensés, — comme tu ne pouvais exhaler ton indignation contre les dieux, — tu en es venu à dire qu'à la vérité ils exis tent, mais qu'ils méprisent les affaires humaines, et ne daignent pas s'en occuper. » — • Je ne négligerais pas les dieux, dit aussi Aristodème dans Xénophon, si je croyais qu'ils s'intéressassent aux hommes.» — * Avouez vous», continue Platon, « que les dieux connaissent, voient, entendent tout, et que rien de ce qui tombe sous les sens ou sous l'intelligence ne peut leur échapper ? » (Doctrine socratique exprimée dans les mêmes termes par Xénophon). Avouez-vous en outre qu'ils réunissent en eux toute la puissance des êtres mortels ou immortels ?... Nous sommes d'ailleurs convenus que les dieux sont bons et parfaits de leur nature N'est-il point absurde de dire après cela qu'ils font quoi que ce soit avec indolence et mollesse?... S'il est vrai par conséquent que, dans le gouvernement de cet univers, les dieux négligent les petites choses, il faut supposer qu'ils croient qu'il n'est aucunement besoin qu'ils s'en mêlent, ou bien il faut dire qu'ils sont persuadés du contraire. Eh bien, mon cher ami, aimes-tu mieux dire que les dieux ignorent que leurs soins doivent s'étendre à tout, et que leur négligence a sa source dans cette ignorance ; ou que, connaissant que leurs soins sont nécessaires à tout, ils