‹ Extraits de la Théodicée, avec introd.,notes, et éclairoissements sur l'histoire de l'optimismeChapitre 174 sur 205 · Timée, 29 c · texte numérisé non relu

Timée, 29 c

LES OPTIMISTES. âÔI

solution du plus difficile des problèmes métaphysiques, il faut s'élever plus haut que la puissance motrice de Tâme, à laquelle s'étaient arrêtés les premiers philosophes ; plus haut môme que Tintelligence, à laquelle s'était 'arrêté Anaxagore. Il faut s'élever jusqu'à l'idée qui brille au sommet de la doctrine platonicienne : l'idée du Bien.

Platon se représente la fécondité comme étant en raison directe de la perfection ou du bien. Tout être tend, par sa nature même, à être tout ce qu'il peut être, et à posséder le bien autant qu'il le peut. C'est ce qui produit dans les êtres périssables le désir de l'immortalité (1). Or, si l'être tend naturellement à être tout ce qu'il peut être, on peut en conclure qu'aussitôt qu'un être n'est plus empêché par rien d'étranger, il se développe dans toute la liberté de sa nature, et, devenant fécond, se répand et se communique de tout son pouvoir.

A ce point de vue, la bonté intrinsèque qui résulte de la perfection devient pour ainsi dire expansive ; le mot de bonté prend un autre sens et désigne, non plus seulement l'être bon en soi, mais l'être bon pour autrui. Ce second sens, à peine connu de l'antiquité païenne, et qui est devenu avec le christianisme le sens principal du mot bonté, on le voit poindre déjà dans le Timée : « Il était bon, et « celui est bon n'a aucune espèce d'envie. » L'absence d'envie ou d'avarice, la tendance à partager le bien qu'on possède, n'est-ce pas déjà la bienfaisance , la bonté affectueuse dans laquelle s'unissent la perfection et la fécondité ?

Selon Platon, le Monde est né le-jour où naquit l'Amour, par l'union du dieu de la suprême richesse avec la suprême pauvreté de la matière (2).

Dieu est le Bien, c'est-à dire la perfection et la suprême richesse; il conçoit son être et sa béatitude comme capables de se communiquer. Demeurera-t-il inactif et infécond ? — Celui qui est le Bien même ne peut agir que conformément à sa nature: il est nécessairement bon dans tous les sens de ce mot, bon parée qu'il possède le bien, bon parce

Page 1